BERTHA BOXCAR

Boxcar Bertha – Etats-Unis – 1972
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure
Réalisateur : Martin Scorsese
Acteurs : Barbara Hershey, David Carradine, Barry Primus, Bernie Casey, John Carradine…
Musique : Gib Guilbeau, Thad Maxwell
Durée : 88 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 17 février 2021
LE PITCH
En Arkansas, pendant la Grande Dépression, Bertha Thompson assiste à la mort de sn père. Seule, sans travail ni domicile, elle se déplace d’un coin à l’autre en utilisant les wagons de trains de marchandises. Elle fait la connaissance d’un syndicaliste révolté avec lequel elle va former un couple de pilleurs de trains.
Film bis
Pas franchement le film le plus reconnu de la filmographie de Martin Scorsese, Boxcar Bertha est certes son unique vraie incursion dans le cinéma d’exploitation et l’œuvre de commande, mais reste une véritable œuvre. Une seconde réalisation sous l’égide Corman où la personnalité du jeune new-yorkais ne demande qu’à éclore.
Comme quelques-uns de ses collègues cinéastes (Coppola, Peter Bogdanovich, Monte Hellman…), la route de Martin Scorsese aura croisé celle du célèbre producteur Roger Corman, maître des drive-in et de l’exploitation américaine, au tout début des années 70. Au moment idéal puisque son premier long métrage, le très « Nouvelle vague » Who’s The Knocking at My Door (déjà avec le copain Harvey Keitel) avait naturellement connu un échec cuisant et qu’il venait de se faire virer du plateau de Les Tueurs de la lune de miel pour sa maniaquerie. Il faut donc en repasser par la petite porte, se faire monteur au cœur de l’American International Picture, avant de se voir confier un projet clef en main : Boxcar Bertha. Un pur film d’exploitation sur le papier puisque censé faire suite au succès maison de Bloody Mama (avec Shelley Winters), lui-même déjà bien dans les clous du Bonnie & Clyde d’Arthur Penn. Le portrait en l’occurrence de Bertha Thompson (magnifique Barbara Hershey, tout en sensualité naturelle), jeune femme qui traverse le Sud des États-Unis frappés par la crise de 29. De sa grande histoire d’amour avec un beau et convaincu syndicaliste (David Carradine), ses infidélités avec un joueur de carte (Barry Primus), de son amitié avec un vagabond noir (Bernie Casey), et de leur glissement forcé dans la petite délinquance puis les attaques à main armée de la société des chemin de fer, le film dresse le portrait de cette Amérique de l’injustice, du racisme et de la phallocratie ordinaire, où la violence du système, l’oppression des riches capitalistes (ici personnifiés par un John Carradine émacié et sec) ne peut que donner naissance à une violence plus physique…
Mean Country
Les personnages sont, il est vrai, souvent assez caricaturaux ou en tout cas conditionnés par leurs figurations initiales (la femme-enfant, l’arnaqueur, le « nègre »…), la trame manque clairement de structure et enchaîne les épisodes et les scénettes au gré des décors disponibles, et se voit constamment rattrapé par sa nature de projet prévu pour être exploité dans les réseaux de salles secondaires. Mais l’école Corman, permettant de cacher très efficacement la misère et surtout l’implication de Martin Scorsese lui donne une toute autre ampleur. Le producteur lui ayant donné carte blanche pour peu qu’il y ait la teneur honorable en sexe et violence (les deux mamelles des succès en drive-in), Scorsese ne va pas se faire prier. On ne s’éternisera pas sur les allusions constantes et ironiques au Magicien d’Oz, mais plutôt sur les expérimentations et trouvailles faites par un le cinéaste sur un cadre pourtant relativement classique, celui du film d’époque. Un film entièrement monté par ses soins ou se multiplient les jumpcut, les zooms alambiqués, qui soulignent par leur modernité étonnante la finesse de nombreuses constructions de plan et les efforts photographiques. Et Scorsese ne se montre jamais aussi « lui-même » que lorsqu’il remplit justement docilement les cases de la commande. Les deux scènes érotiques du film deviennent deux magnifiques tableaux sensibles accompagnant l’éveil de l’héroïne à sa féminité, tandis que la violence attendue consiste en une explosion finale aussi inattendue que dévastatrice. Alors que David Carradine est littéralement crucifié sur un wagon de locomotive, supplicié sous le regard impuissant de son amante, Bernie Casey apparaît en vigilante implacable, massacrant avec sa carabine à bout portant la milice ennemie avec une virtuosité formelle entre Sam Peckinpah et le futur cinéma de Hong-Kong.
Si pour beaucoup le vrai cinéma de Martin Scorsese n’a vraiment existé qu’à partir du suivant, et effectivement beaucoup plus personnel, Mean Street, impossible ici de ne pas reconnaître un virtuose en plein tour de chauffe.
Image
Il est manifeste qu’un réel effort a été fourni quant à la restauration de Betha Boxcar. Pas en retravaillant le master à partir d’un nouveau scan du négatif, mais bien en creusant, nettoyant, peaufinant un master vidéo désormais débarrassé de la moindre imperfection à l’image sans trop être marqué par ce petit « lissage » numérique si reconnaissable. Le grain des arrières plans en rappelle l’origine et la méthode, mais dans l’ensemble le résultat est plus que convaincant avec des couleurs bien mieux définies qu’autrefois et un piqué très agréable.
Son
Comme souvent le doublage français semble un peu trop distancé pour convaincre, alors que la version originale, DTS HD Master Audio 2.0, délivre un mono beaucoup plus équilibré, vif et naturel. Quelques petites saturations de-ci de-là rappellent forcément que l’on est toujours face à un petit film d’exploitation.
Interactivité
Toujours pas de bonus conséquents produits pour accompagner le métrage, là où on pourrait toujours espérer un regain d’intérêt de la part de Martin Scorsese et son actrice Barbara Hershey. Rimini nous a tout de même dégotté une sympathique interview de Julie Corman, productrice associée sur le film et plus ou moins à l’origine du projet, qui délivre quelques belles anecdotes sur la méthode Corman et la rencontre avec le jeune metteur en scène.
Production maison, la rencontre avec Alexis Trosset, co-auteur d’un ouvrage sur le cinéaste édité en 2004 chez Dark Star, se montre plus versatile avec des analyses du film parfois un peu libres, mais avec des pistes et des informations jamais inintéressantes.
Liste des bonus
Interview de Alexis Trosset (26’), Interview de Julie Corman (6’).