BARBARIAN INVASION + STONE TURTLE

野蛮人入侵 + Stone Turtle –Malaisie – 2021, 2022
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateurs : Chui Mui Tan, Ming Jin-Woo
Acteurs : Chui Mui Tan, Pete Teo, Bront Palarae, Asmara Abigail, Amerul Affendi…
Musique : Chapavich Temnitikul, Kamal Sabran
Durée : 105 et 91 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Malais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Spectrum Films
Date de sortie : 18 décembre 2025
LE PITCH
Stone Turtle : Zahara, une réfugiée apatride, vit de la vente d’oeufs de tortue sur une petite île isolée de Malaisie. Un jour, Samad, qui se prétend chercheur dans une université, lui demande de jouer les guides afin qu’il puisse découvrir l’île.
Barbarian Invasions : Roger, un réalisateur travaillant sur son prochain film, invite sa collaboratrice de longue date, Moon, à une retraite d’écriture dans une ville en bord de mer. Actrice multi-récompensée, Moon n’a cependant pas joué depuis 10 ans. Son récent divorce la pousse à accepter l’offre de Roger, un rôle principal dans une version sud-est asiatique de La Mémoire dans la peau.
Where is my mind ?
L’invitation du jour est un voyage en Malaisie. Ce pays plus ou moins oublié du continent asiatique, collé à l’Indonésie, possède une industrie cinématographique particulièrement portée sur le cinéma indépendant. Barbarian Invasions et Stone Turtle nous montrent deux faces de cette culture.
Le nom de Chui Mui Tan est une belle représentation de ce cinéma.
Après avoir œuvré plusieurs années dans le milieu, elle fait le choix difficile de mettre sa carrière en pause pour s’occuper de sa vie privée et de son enfant. Parenthèse aussi légitime que risquée. Après dix ans d’absence, elle revient sur le devant de la scène, suite à un programme de production initié par Heaven Pictures qui propose à plusieurs cinéastes de réaliser un film à budget limité (un million de RMB, soit 122 000 €). Courageusement, elle prend le projet à bras-le-corps, tel un nouveau défi. À 41 ans, elle va investir son corps et son talent pour réaliser Barbarian Invasion. Réalisatrice, scénariste et productrice, elle s’offre de surcroît le rôle principal. Pour les besoins du film et comme pour se prouver son droit d’exister, elle met son corps à rude épreuve en prenant des cours d’arts martiaux à l’instar de son personnage. Une façon de crier au monde entier que les actrices de son âge ne sont pas obsolètes ; qu’il n’y a pas à choisir entre son rôle de mère ou celui de femme. La réalisatrice fait de son film une véritable mise en abîme, une sorte d’expérience méta où les pistes se brouillent. Elle brise les frontières du réel en offrant un film dans le film. Si le scénario est celui d’une équipe de tournage qui s’apprête à filmer un Jason Bourne féminin et chinois, celui-ci devient vite hors sujet en flirtant avec le réel et la fiction. Barbarian invasion traite de la société malaisienne, du besoin d’y trouver sa place, son identité. Il n’y a plus de séparation entre la réalité et la vie de la cinéaste ; entre son rôle d’actrice et les événements de sa vie. Elle a beau avoir quitté la profession pendant des années, son besoin de se sentir exister reste primordial. Elle ne peut s’empêcher de le confesser : elle veut « faire des films par besoin d’amour, même si le spectateur est un inconnu ». Un appel vibrant de sincérité.
The Wicker Woman
L’approche de Stone Turtle est une autre facette de cette société. Dans un milieu où la religion patriarcale dominante est musulmane, les droits des femmes sont secondaires. Dès l’introduction de son film, Ming Jin-Woo le cinéaste, montre tout ce malaise. Sa première séquence commence par une femme servant le thé. Consciente que ses invités vont la tuer à coups de pierre au nom de la religion et de l’honneur. Nous sommes ici dans une société confrontée à un obscurantisme qu’il n’est pas permis de transgresser. Stone Turtle est le nom de l’île où se déroule le récit. Lieu isolé presque irréel, des femmes y vivent loin d’une masculinité oppressante. Comme dans le film Marlina : la tueuse en quatre actes (édité également chez Spectrum Films), il est question de vengeance féminine envers l’homme alpha. Celui-ci s’autorise tous les vices sans être frappé des mêmes foudres religieuses que la gent féminine. Il est intéressant de rappeler que Marlina vient du voisin Indonésien de la Malaisie, patrie de Stone Turtle. La frontière n’est qu’une ligne politique tracée par l’homme. Film expérimental ou trip viscéral, le long-métrage pourrait lorgner du côté du russe Andrei Tarkovski par son laconisme et son onirisme. Le travail sur l’image est tout simplement incroyable. Ming Jin Woo expérimente en mélangeant les genres, agrémentés de séquences d’animation totalement justifiées. C’est à peine s’il y fait une distinction. Les couleurs ont beaucoup à dire selon la façon dont elles sont éclairées. Aux frontières du fantastique et du culte tribal, le film joue sur les focales et la composition du cadre pour isoler ses personnages ou les perdre dans la nature environnante et sauvage de l’île. Paradisiaque dans les offices de tourisme, elle prend ici des airs menaçants, à l’image de la détresse psychologique de ses personnages.
Ce voyage en deux films est loin des clichés de carte postale que l’on nous présente. Loin du cinéma-vérité, ces catharsis visuelles contournent les règles pour mieux se libérer des dogmes établis depuis trop longtemps dans son pays.
Image
On a beau être sur des budgets serrés, l’ère du numérique sied bien au support HD. D’une limpidité à toute épreuve, l’image joue différemment sur les deux films. Sur Barbarian Invasion, la lumière se veut réaliste, frontal dans sa première partie pour mieux jouer sur les ombres dans sa seconde. Une définition irréprochable.
Le travail visuel transcende celui de Stone Turtle, qui joue davantage sur les contrastes et les couleurs. Les nombreux plans de l’actrice en robe rouge dans le vert de la forêt, ou les lumières tamisées des grottes, offrent un aspect visuel aux confins du rêve. Magistral.
Son
Même constat que pour l’image, et c’est un compliment. Deux films, deux atmosphères. L’un se veut réaliste, avec des ambiances faisant partie prenante du réel, quand le second joue davantage sur les effets de la nature.
Le vent, la mer, les incantations : nous sommes clairement dans l’onirisme et cette mélodie sonore devient vite prenante.
Interactivité
Maxime Bauer, transfuge d’East Asia, s’occupe de la présentation des deux films. Le cinéma malaisien n’étant pas des plus connus, ses clés de compréhension du cinéma indépendant local sont les bienvenues.
Barbarian Invasion s’agrémente en plus d’une présentation de la réalisatrice qui revient sur la genèse de son film, influencé par les films chinois de son enfance. Un making-of intime l’accompagne, tourné logiquement autour de son actrice-réalisatrice et de son enfant, difficilement gérable qui lui a inspiré la trame du film.
Liste des bonus
Présentations de Maxime Bauer (10’ et 11’), Making of de Barbarian invasions (37’), Présentation de la réalisatrice (16’), Bandes annonces (1’).







