BANDITS, BANDITS

Time Bandits – Royaume-Unis – 1981
Support : UHD & Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Terry Gilliam
Acteurs : John Cleese, Sean Connery, Shelley Duvall, Katherine Helmond, Ian Holm, Michael Palin, David Warner, Ralph Richardson, Peter Vaughan, David Rappaport, Kenny Baker…
Musique : Mike Moran
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0 mono, Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 116 minutes
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 19 novembre 2025
LE PITCH
Pendant la nuit, Kevin, un petit garçon anglais, est visité par six nains qui ont dérobé à l’Être Suprême la carte du Temps. L’enfant s’engage alors dans un voyage à travers l’histoire : il croisera sur son chemin Napoléon à la bataille de Castiglione, Robin des Bois dans la forêt de Sherwood, ou encore le majestueux Titanic…
A la recherche du temps perdu
Ce n’est pas E.T. qui a lancé la grande mode des films d’aventures pour enfants au début des années 80, mais bien Time Bandits, second long métrage solo de l’ex Monty Python Terry Gilliam. Un conte bien secoué qui traverse les âges et les imaginaires avec une énergie toujours aussi folle.
Gros carton au box-office anglais et surtout américain, rappelant que l’aventure et la fantasy pouvaient tout à fait être apportées à hauteur d’enfants, Time bandits était au départ un projet imaginé par dépit. Celui en l’occurrence de ne pouvoir porter à l’écran ce concept totalement dément qui deviendra le chef d’œuvre de Terry Gilliam : Brazil. Trop sombre, trop compliqué, trop ambitieux et segmentant, celui qui n’a alors signé sous son propre nom que le très attachant, mais curieux pour le plus grand nombre, Jabberwocky n’arrive pas à convaincre la société Handmade Films (qui permis la sortie de La Vie de Brian) de l’épauler dans son épopée bureaucratique. Lui vient donc, en partie fondée sur un rêve (logique), l’idée de leur fournir un concept de divertissement familial : un gamin se voit entrainé par une bande de nains filous et très mal avisés, dans une fuite à travers le temps et une succession de larcins plus ou moins réussis. Un combat du bien contre le mal, le créateur (le vétéran Ralph Richardson) tentant de rattraper les fuyards pour récupérer sa carte de l’univers et stopper la catastrophe tandis que le diable (David Warner s’amusant comme jamais) manipule les forbans pour qu’ils atteignent sa tanière. Il ne faudrait tout de même pas oublier de louer la présence du casting des gens de petits tailles, emballant par leur énergie et leur frénésie, où l’on reconnait David Rappaport (Le Magicien), Kenny Baker (R2D2 dans Star Wars) et Jack Purvis qui sera justement dans les suivants Brazil et Münchhausen.
Le coffre à jouets
Comme dans Jabberwocky, et sans doute aussi parce que le camarade Michael Palin est toujours de la partie à l’écriture, Time Bandits passé son extraordinaire introduction, ressemble dans un premier temps encore beaucoup à l’esprit des trublions de la BBC, enchainant les épisodes et les sketchs avec un sens de la parodie et de l’ironie absolument irrésistible. La rencontre avec un Napoléon (monsieur Ian Holm) maladivement obsédé par sa taille, celle avec un Robin des bois (John Cleese hilarant comme toujours) des plus posh et condescendants, les apparitions récurrentes du couple malheureux formé par Michael Palin et l’inattendue Shelley Duvall, misent tous énormément sur le décalage. Jusqu’à la rencontre entre le jeune Kevin et le roi Agamemnon, incarné avec prestance et chaleur par le grand Sean Connery, où le métrage se découvre une nouvelle poésie, plus tendre, plus complexe, plus apaisée, comme si Gilliam prenait peu à peu la mesure de son propre univers et de son propre cinéma. Débordant vers les royaumes purement imaginaires où les ogres souffrent de rhumatisme et où le château du maitre du mal est construit de pièces empruntées à une chambre d’enfants, Times Bandits s’engouffre alors totalement dans le monde rêve et affirme des concepts et des notions qui deviendront la force de ses films suivants comme Brazil (l’abrutissement de l’individu adulte) ou Les Aventures du Baron de Münchhausen (la fine barrière entre l’imagination et la folie libératrice).
Le style propre de Gilliam est encore plus ou moins en gestation et pourtant déjà le spectacle est constamment traversé d’idées géniales et baroques, où l’aspect presque puzzle, collage fait de bric-et-de-broc, fonctionne à merveille. On est très loin de l’aspect plus policé des productions Amblin (et copies) à venir et c’est aussi tout ce qui fait le charme de cette grande et belle aventure.
Image
Déjà proposée aux USA par Criterion et en Angleterre par Arrow, cette superbe restauration datant de 2023 a été produite à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm, et suivie d’un nettoyage consciencieux et d’une upgrade Dolby Vision / HDR10 pour muscler le tout. Il est évident que le film n’a jamais affiché une telle santé, appuyant comme jamais la profondeur de ses cadres, soulignant le moindre détail, la richesse des décors et des costumes. Un piqué particulièrement intense qui sied à merveille avec la mise en scène maniaque de Gilliam (qui a bien entendu validé la restauration) tout comme la rehausse admirable de la palette de couleurs plus chaudes et riches que jamais. Mais comme le procédé se veut très respectueux de la source pellicule, préservant argentique et grain très marqué, ce dernier se montre assez fluctuant, en particulier très logiquement sur les plans à trucages optiques, mais pas que. Certains bords sont alors légèrement neigeux, presque tremblotants. Ça ne gênera certainement pas les puristes.
Son
Toujours aussi charmant, le doublage français reste fidèle à son mono d’origine avec un DTS HD Master Audio 2.0 qui en clarifie les contours et assure une restitution certes un peu plate mais claire et ferme. La version originale dans le même mixage fait preuve d’un équilibre plus naturel et relevé, avec des effets sonores bien plus présents. L’édition propose aussi une version anglaise en DTS HD Master Audio 5.1 qui ajoute quelques petits effets de spatialisation et d’ambiances. Pas désagréable, sans doute aussi parce que cela reste finalement assez discret.
Interactivité
ESC Films propose une édition bien fournie pour Bandits Bandits avec en premier lieu un livret inédit d’une trentaine de page sur le film et les univers de Gilliam. Une approche que l’on retrouve assez proche dans la présentation vidéo du film enregistré par Emmanuel Raspiengeas qui résume assez efficacement des informations évoquées dans les différentes interviews disponibles et surtout dans l’excellent commentaire audio qui regroupe des interventions du réalisateur (le plus présent et le plus loquace, voir hilare) mais aussi de Michael Palin, John Cleese, David Warner et Craig Warnock qui viennent agrémenter le visionnage de leur propres souvenirs et réflexions, souvent pleines d’humour. Un vrai bon moment qui fait forcément un peu doublon avec l’interview croisée de Gilliam et Palin récupérée sur une ancienne édition DVD, ou celles plus récentes du réalisateur, du coscénariste, de David Warner, du responsable des effets spéciaux ou de celui des costumes. Reste que l’ensemble est toujours très plaisant à suivre et intéressant.
Liste des bonus
Le livret « Les Rêves et les enfants d’abord » (32 pages), Commentaire audio de Terry Gilliam, Michael Palin, John Cleese, David Warner et Craig Warnock, Bandits Bandits Aujourd’hui par Emmanuel Raspiengeas (30’), Entretiens avec Terry Gilliam (20’), Michael Palin (16’), Kent Houston (15’), David Warner (9’), James Acheson (13’) et Milly Burns (8’), Sur le tournage (11’), Entretien d’archives avec Terry Gilliam et Michael Palin (27’), Bande-annonce.







