BABY, IT’S YOU

Etats-Unis – 1983
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : John Sayles
Acteurs : Rosanna Arquette, Vincent Spano, Matthew Modine, Joanna Merlin, Jack Davidson, Nick Ferrari, Dolores Messina…
Musique : Mason Daring
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 2.0, Français DYS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 105 minutes
Editeur : Intersections Films
Date de sortie : 31 octobre 2025
LE PITCH
En 1966 à Trenton, New Jersey, Jill rencontre Sheik dans les couloirs du lycée. Étudiante talentueuse issue d’une famille bourgeoise, elle rêve d’un avenir sur les planches à Broadway. Lui, italo-américain qui vivote et dont l’avenir semble compromis, ne fait que passer. Et pourtant, c’est le coup de foudre. Mais les réalités du monde extérieur vont venir mettre à mal et tester leur relation.
She’s (not) the one
Après avoir remis le formidable Matewan dans la lumière, Intersections poursuit son exploration du cinéma, discret mais éclatante, de John Sayles (Lone Star) avec Baby It’s You. Une chronique romantique presque adolescente sortie aux débuts des années 80 mais qui préfère un regard nostalgique, mais aussi très lucide, sur le tournant de l’âge adulte… et celui du début des 70’s.
Jeune réalisateur (après avoir été scénariste et romancier) ayant déjà signé Return of the Secaucus Seven et Lianna, John Sayles déambule encore en ces temps-là dans les couloirs des studios, et ici en l’occurrence de la Paramount. Une firme qui imagine tenir avec Baby It’s You une comédie romantique teen dans l’air du temps, s’efforçant de glisser dans les papiers du cinéaste tous les jeunes talents (et belles gueules) de l’époque, puis plus tard d’impacter un montage qu’ils ne trouvent pas assez resserré et un ton trop dramatique. N’arrivant pas à reprendre la main, la Paramount abandonnera plus ou moins le film, sans promo. Ce sera le dernier film de studio de John Sayles qui préfèrera par la suite assez logiquement le milieu du cinéma indépendant. Car Baby It’s You n’a jamais eu de vocation d’être un film « à la mode » mais bien un témoignage finalement plutôt intime et personnel compilant avec véracité les souvenirs de jeunesse du cinéaste et de ceux d’Amy Robinson, co-scénariste et productrice du film. De la même façon, l’abondance de vieux tubes, de vieux standards, ne joue pas simplement la carte de la pastille musicale, de la simple nostalgie idéalisée, mais participe à solidement ancrer le film dans son époque tout autant qu’à accompagner les bouleversements psychologiques de ses personnages. La preuve la plus éclatante étant l’apparition de quatre chansons totalement anachroniques de Bruce Springteen donnant littéralement corps à la colère et la solitude du jeune homme.
Ainsi va la vie
Enfin, inutile de chercher ici une balade simple et enjouée, naïve, d’un bel amour adolescent frais et purs, tant Baby It’s You esquive admirablement toutes les attentes au profit d’une approche réaliste, simple mais troublante. Une histoire d’amour impossible donc, comme tant d’autres, entre Jill (Rosanna Arquette délicate et touchante), jeune fille très sérieuse et aspirante actrice, et l’électron libre « Sheik » (Vincent Spano, nerveux et charismatique), grand gaillard toujours tiré à quatre épingles et à deux doigts de dégoupiller. L’élève parfaite et le vilain garçon, couple que l’on imagine facilement fasciner tout le lycée, mais qui déjà marque des signes de tension, d’incompréhensions et d’un dialogue particulièrement difficile. Le fameux fossé de classe est déjà presque infranchissable, érigé comme un mur et la situation va forcément s’aggraver lorsqu’elle partira pour la fac, le laissant plus ou moins seul avec une tendance à glisser vers la délinquance et des rêves de crooner qui ne peuvent aboutir. Une lente mais irrémédiable déliquescence du couple fondé sur un malentendu et constamment confronté à un de déterminisme social terrible et définitif. Si John Sayles a une évidente grande tendresse pour ses personnages, il ne les ménage pas les dirigeant vers un passage à l’âge adulte douloureux mais nécessaire. En amorce se joue d’ailleurs tout autant cette friction entre le rêve des années 60, et ses certitudes, et l’amorce beaucoup plus troublée d’une décennie suivante remettant littéralement tout en cause.
Le cinéaste capture à merveille cette double fracture, psychologique et historique, en proposant une variation inédite autour de la fameuse comédie romantique adolescente en évacuant tous ses clichés habituels (pas une once d’humour à l’horizon) et en l’éreintant sur une certaine réalité de la vie, et plus particulièrement sociale donc. Les talents des deux jeunes interprètes et la justesse d’une réalisation sobre, discrète, mais néanmoins admirablement pensée, font de Baby It’s You un film poignant et marquant.
Image
Présentée en avril dernier aux USA par l’éditeur Fun City, la copie proposée par Intersection a été produite à partir d’un scan 4K des négatifs originaux. Un important travail de restauration a été effectué avec une stabilisation des cadres et un gommage des plus efficaces de toutes les traces des années. Les cadres sont parfaitement propres et le film retrouve au passage toute sa palette de couleurs, essentiellement doucereuses, entre le pastel et le fané, qui évoque inévitablement une certaine nostalgie. Supervisé par le réalisateur, l’opération a été faite avec un grand respect pour la photographie initiale, préservant d’ailleurs les sensations veloutées de l’image ainsi que son grain organique et légèrement neigeux.
Son
Même si quelques petites scories sont encore présentes parfois sur la version originale, elle profite d’un excellent rendu DTS HD Master Audio 2.0 toujours clair et constamment balancé par les nombreux tubes rétros qui l’habite. La version doublée française produite pour l’unique sortie vidéo mais avec quelques voix bien connues des nostalgiques, s’avère de plutôt bonne qualité même si là le mixage a vite tendance à écraser les ambiances et que quelques saturations s’échappent.
Interactivité
Après Matewan et avant un troisième titre non précisé pour l’instant, Intersections nous propose un second film rare de John Sayles en Bluray. Si l’édition ne reprend pas les segments produits aux USA (dommage pour la rencontre avec Rosanna Arquette), elle propose une très longue discussion entre John Sayles et la productrice Amy Robinson, rejoints en seconde partie par le coproducteur (mais aussi acteur et réalisateur) Griffin Dune. Dans un premier temps il s’agit surtout de revenir sur l’inspiration initiale du film, la recherche des acteurs, la volonté de raconter sans effet une période charnière de la vie et les difficultés rencontrées avec la Paramount. On y évoque de nombreuses anecdotes et certains collaborateurs comme Michael Balhaus. Dans la seconde, même si on y revient sur les tensions autour du montage, le choix des morceaux musicaux, l’absence de promotion autour de la sortie et la carrière « décevante » de Vincent Spano, la présence de Dune fait bifurquer le propos vers des réflexions plus générales sur la jeune génération d’acteurs de l’époque (dont Tom Cruise). Cela n’en reste pas moins tout aussi intéressant.
Le boitier contient aussi un livret d’une vingtaine de pages signé Damien Bonelli (Cahiers du cinéma) qui s’efforce de souligner l’importance du cinéma de John Sayles et souligne la comédie sociale qui se joue derrière cette fausse comédie romantique. Mise en scène, utilisation des chansons, photographie, jeux des acteurs… le texte ne manque certainement pas de pertinence.
Liste des bonus
Un livret contenant un essai de Damien Bonelli sur le film et son contexte historique (20 pages), John Sayles, Amy Robinson et Griffin Dunne en conversation (90’), Bande-annonce.






