ARC DE TRIOMPHE

Arch of Triumph – Etats-Unis – 1948
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Lewis Melestone
Acteurs : Ingrid Bergman, Charles Boyer, Charles Laughton, Louis Calhern, Ruth Warrick…
Musique : Louis Gruenberg
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 123 minutes
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 1 juillet 2025
LE PITCH
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, traqué et torturé par von Haake, un agent de la Gestapo également coupable du meurtre de sa femme, le chirurgien de renom Ravic, quitte l’Allemagne pour se réfugier à Paris où il exerce illégalement son métier. Il y fait la connaissance de Joan Madou, une veuve à la dérive qu’il sauve du suicide. Amoureux l’un de l’autre, ils se réfugient sur la Côte d’Azur. Extradé, Ravic revient à Paris à l’issue de plusieurs mois, désagréablement surpris d’y reconnaître von Haake au moment où la Wehrmacht se prépare à envahir la Pologne…
Dernières danses à Paris
Retrouvailles attendues entre le duo star de Hantise de George Cukor, Ingrid Bergman et Charles Boyer, mais aussi des créateurs de A l’Ouest rien de nouveau, Arc de Triomphe et sa description d’un Paris à l’orée de la Seconde Guerre Mondiale aura pourtant longtemps été éclipsé des mémoires. Une disparition injuste pour une œuvre complexe et abimée mais assurément intriguante.
Si le film connu son petit succès lors de sa sortie française, il fut cependant un échec commercial à peu près partout ailleurs et en particulier aux USA. Pourtant la coproductrice et tête d’affiche Ingrid Bergman était alors au pic de sa notoriété, mais la structure clairement mal balancée de ce film oscillant entre film noir et grand mélodrame ne fut pas vraiment compris. Il faut reconnaitre que de toute façon adapter l’imposant roman d’Eric Maria Remarque (auteur de A l’Ouest rien de nouveau donc) était plus que risqué tant sa structure foisonnante, son mélange des genres et surtout la dureté des sujets abordés (tortures, prostitution, avortements, conditions de vie des expatriés…) ne faisait clairement pas bon ménage avec les diktats hollywoodiens. Déjà bien édulcoré dans sa version scénario, Arc de Triomphe fut qui plus est sévèrement raboté par la United Artist et la MGM (pour l’international) réduisant drastiquement sa durée de 4 heures environ à un peu moins de deux heures. Ce n’est que bien plus tard que quelques passionnés réussirent à retrouver quelques scènes coupées pour reconstituer le montage connu aujourd’hui. Impossible dès lors dans ces conditions de réussir à maintenir un film parfaitement cohérent et équilibré, et surtout une approche qui embrasse totalement la noirceur profonde du propos initial.
L’amour avant le nazisme
Celui d’une histoire d’amour, forcément tragique car condamnée par l’arrivée prochaine du conflit en Europe, entre une jeune femme fragile et trouble, constamment en quête de sécurité amoureuse (le livre explicite ses glissements vers la prostitution de luxe) et un médecin allemand, cachant son identité car ayant fuit la persécution du régime Nazi après le décès de sa femme durant une longue séance de torture. Des éléments encore présents ici, mais souvent minimisée, car s’il y est bien constamment question des conditions de vie précaires et menacés de ces réfugiés venus de tous les pays voisins, le long métrage met surtout largement en avant sa romance passionnée mais toujours bouleversée par son époque, les arrestations et la nécessité de survie. Ingrid Bergman est comme toujours d’une beauté folle dans son portrait d’une femme moins fatale que perdue, tandis que Charles Boyer (seul français du casting qui joue donc un Allemand se faisant passer pour un Tchèque…) ancre le métrage dans une certaine pudeur. Quel dommage cependant que le fascinant Ivon Haake, tortionnaire de la Gestapo en vacances à Paris et bourreau du héros, ne soit pas plus présent et développé à l’écran. Enjeux d’une vengeance attendu et d’un passage obligé pour que le personnage de Boyer puisse reprendre le chemin de sa vie, ce monstre mielleux, que l’on devine aisément pervers et sadique, est merveilleusement interprété par le génial Charles Laughton, toujours brillant dans ce type de figures détestables. Son ultime séquence, plus portée vers la suggestion que la violence libératoire, manque ainsi cruellement d’intensité.
Là où le métrage réussit à préserver son identité c’est dans l’illustration d’une capitale française hésitant encore entre l’insouciance des années folles (les soirées, les cabarets, les terrasses de café bondées…) et une inquiétude grandissante quant à la menace de plus en plus évidente des nations fascistes (l’Allemagne forcément, mais l’Italie et l’Espagne sont aussi directement évoqués). Là la superbe esthétique de film noir, brossée avec de forts contrastes et une rare élégance par le directeur photo Russell Metty (Le Criminel, La Soif du mal, Spartacus…), et un angle constamment humaniste par Lewis Milestone (Les Révoltés du Bounty, L’Inconnu de Las Vegas) trouve parfaitement sa place, véhicule admirable d’un crépuscule romantique… mais surtout civilisationnel. Les derniers espoirs avant l’apocalypse.
Image
Victime de divers remontages à sa sortie, Arc de triomphe est présenté ici dans son montage le plus long connu. Les sources cependant sont donc disparates avec des séquences réinsérées présentées dans des conditions plus faibles (grain important, scories divers, noirs tremblotants, contrastes fatigués…) et le plus gros du film profitant d’une restauration bien plus efficace et soutenue. L’essentiel du film assure donc des noirs et blanc très bien tenus, des cadres franchement propres et au piqué solide où seuls quelques zones de noirs sur les bords, glissant vers le grisâtre, peuvent faire défauts. Imparfait donc, mais c’est le prix à payer sans doute pour redécouvrir le film dans une version plus proche de celle voulu par Lewis Melestone.
Son
Les presque vingt minutes ajoutées par rapport à la première sortie salle n’ont donc tout logiquement pas été doublées en français et passent donc régulièrement à la vost. Le doublage de toute façon souffre d’une qualité sonore très modeste (souffle, écrasements…) poussant clairement à privilégier une version originale bien plus naturelle et fluide même si là encore quelques saturations et crissements peuvent se faire entendre.
Interactivité
Déjà présent lors de la précédente édition DVD de Sidonis Calysta, le sympathique documentaire de presque une heure sur la vie et la carrière d’Ingrid Bergman narré par Jean-Claude Brialy est de nouveau présent. Un document agiographique plein d’informations et d’émotions mais qui effectivement ne parle pas vraiment du film en présence. C’est pour cela que l’éditeur a ajouté à son programme deux interviews inédites de qualité : Olivier Père et Noël Simsolo. Le premier explore le rapport au livre original et le travail d’adaptation, fait quelques liens avec Casablanca et l’œuvre de Lewis Melestone, là où le second revient sur son attachement personnel au métrage et ses discussions avec Alain Resnais à ce sujet avant de signer une analyse complète du film et une mise en avant de ses qualités.
Liste des bonus
Présentation du film par Olivier Père (25’), Présentation du film par Noël Simsolo (15’), « Ingrid » : Documentaire de Gene Feldman, narration française par Jean-Claude Brialy (1984, 52’).





