APOCALYPSE NOW : EDITION LIMITÉE

Etats-Unis – 1979
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Guerre
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Acteurs : Martin Sheen, Dennis Hopper, Laurence Fishburne, Robert Duvall, Marlon Brando…
Musique : Francis Ford Coppola, Carmine Coppola
Durée : 183 min
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais Dolby Atmos et Dolby Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Pathé
Date de sortie : 25 septembre 2019
LE PITCH
Lors de la guerre du Viêt Nam, les services secrets militaires américains confient au capitaine Willard la mission de trouver et d’exécuter le colonel Kurtz dont les méthodes sont jugées « malsaines ». Celui-ci, établi au-delà de la frontière avec le Cambodge, a pris la tête d’un groupe d’indigènes et mène des opérations contre l’ennemi avec une sauvagerie terrifiante. Au moyen d’un patrouilleur mis à sa disposition, ainsi que de son équipage, Willard doit remonter le fleuve jusqu’au plus profond de la jungle pour éliminer l’officier. Au cours de ce voyage, il découvre, en étudiant le dossier de Kurtz, un homme très différent de l’idée qu’il s’en faisait. Comment cet officier au parcours exemplaire a-t-il pu devenir le fou sanguinaire qu’on lui décrit ?
« All the children are insane »
Palme d’or de la cuvée 1979, la première superproduction American Zoetrope fondée par un Francis Ford Coppola tout juste canonisé par ses deux premiers Parrain dépasse aujourd’hui encore ses camarades Platoon ou Full Metal Jacket (pour ne citer que les plus réussis) par sa porté universelle et sa puissance visuelle. Que ce soit dans son montage d’origine, sa version Redux (presque une heure de rab) et désormais le Final Cut, Apocalypse Now est une référence, une date.
Tournage catastrophe risquant de mettre en banqueroute son producteur / réalisateur Francis Ford Coppola, Apocalypse Now porte admirablement son titre. Dépeint à l’époque dans la presse comme un pari désespéré, marqué par un typhon ayant fait des milliers de victimes, la crise cardiaque de Martin Sheen, les stupéfiants ingurgités par une grande partie de l’équipe (dont Dennis Hopper, forcément), les délires mégalomaniaques de Coppola et de Marlon Brandon, l’aventure aurait pu aboutir à un amas pompeux et informe. Mais il faut croire que c’est justement ce chaos sans nom (on passe sur les hélicoptères envoyés au front d’une guerre civile locale en plein milieu d’une séquence coûteuse), cette succession d’infortunes et d’improvisations (malgré le dirigisme poussif du cinéaste) qui confèrent au long-métrage cette sensation d’urgence fiévreuse, mêlée à une déliquescence contemplative proche d’un bad trip. Celui des personnages certes, mais surtout celui d’un pays entier, embourbé dans un conflit lointain. Car comme l’a souvent répété présomptueusement Coppola : « Apocalypse Now n’est pas un film sur la guerre du Vietnam, c’est LA guerre du Vietnam ». D’où une volonté de décrire avec surréalisme la présence de la culture de l’entertainment et de la gloire patriotique dans une Asie qui semble la rejeter comme un virus.
« ride the snake »
La crédibilité des situations, aussi ridicules ou choquantes soient-elles, est apportée par le talent et les souvenirs du scénariste John Milius (Conan le Barbare, L’Aube rouge, Big Wednesday), mais reste constamment contrebalancée par une mise en scène aussi spectaculaire, voire déplacée (l’arrivées des hélicoptères sur fond de Chevauchée des valkyries, les tonnes de napalm déversées…) que décalée s’attardant sur des images fantomatiques, curieuses et dérangeantes. Construite autour d’une adaptation libre du classique de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, la quête intime de Willard (incroyable Martin Sheen) adopte finalement les atours d’une Odyssée (certaines images évoquent volontairement les écrits d’Homère) ; odyssée destructrice bien sûr, la remontée le long de la rivière se transformant peu à peu en remontée du temps, les personnages allant toujours plus loin vers la sauvagerie et l’instinct primitif. Peu à peu transporté par un montage de plus en plus lâche, aux fondus enchaînés ou au noir angoissants, cette lente et muette apocalypse culmine dans une ultime confrontation entre le soldat en pleine crise post-traumatique et le général-gourou régnant sur ses ouailles zombifiées. Entre les monologues speedés de Dennis Hopper (aussi barré à l’époque que son personnage de journaliste allumé) et les phrases poético-métaphysiques d’un Brando en roue libre, sans oublier la reprise du The End de Jim Morrison, Apocalypse Now réussit à susciter un niveau de fascination rarement atteint au cinéma.
Un miracle total, la preuve du génie pictural de Coppola… Une expérience inoubliable.
Image
Pour le 40ème anniversaire du film Apocalypse Now est de nouveau passé par la case restauration avec, améliorations technologiques obliges, un regard plus poussé encore. Ce sont ainsi bel et bien les trois montages du film qui ont été retravaillés des mois durant à partir d’un scan 4K inédit du négatif original, redonnant tout sa puissance et sa richesse de dégradés à la palette colorimétrique, tout en appuyant une définition 2160p renversante de détails et de naturel. La matière pellicule est constamment présente mais admirablement maitrisée, les variations de contrastes, les ambiances tranchées retrouvent des nuances inédites qui creusent plus encore cette étrange ultra-réalité surréaliste du film. Noirs impériaux, verts éclatants, rouge obsédants : « gorgeous » comme disent les américains. Ce sont les mêmes sources qui ont été utilisées pour les transferts disposés sur les Bluray classiques. La différence avec l’édition précédente n’est pas toujours frappante mais la compression semble parfois batailler avec la masse d’informations présente à l’écran.
Son
Historiquement Apocalypse Now a toujours eu un lien naturel avec les standards 5.1. Cette nouvelle sortie s’accompagne donc assez naturellement d’une nouvelle piste restaurée et présentée cette fois-ci en Dolby Atmos. Encore une fois ces pistes démontrent de la supériorité totale du dispositif sur les autres modes de compression et de mix, mariant harmonieusement la puissance des déflagrations, les explosions musicales, avec les bruits sourds lointains et une dynamique à la fois ample, riche, fluide et subtilement dynamique. Précis, équilibré, réaliste, planant et immersif en diable.
Interactivité
Proposé assez sobrement sous la forme d’un pack boitier Bluray 4K ou d’un Steelbook au design plus stylisé, cette sortie 40eme anniversaire propose pourtant pas moins de six disques. Deux UHD proposant le Final Cut pour l’un et les deux montages précédents pour l’autre (cinéma et Redux), leurs équivalents Bluray et deux disques HD supplémentaires regroupant l’intégralité des suppléments. On retrouve assez naturellement tous les suppléments déjà présents sur l’édition de 2011 avec une pléthore de document d’archives, d’interviews, de featurettes techniques, des scènes coupées et bien entendu l’indispensable et fabuleux Hearts of Darkness, making of guérilla tourné par l’épouse de Coppola. A lui tout seul il vaut les six étoiles de cette édition. Ce nouveau package contient tout de même quelques bonus produit pour l’occasion avec essentiellement des regards portés sur la restauration et une vision transversale, assez amusante, de l’exploitation du film en vidéo. On y ajoute aussi une discussion plutôt agréable mais sans nouvelles informations entre Francis Ford Coppola et Steven Soderbergh pour la projection au Festival de Tribeca.
Il y a aussi bien entendu une présentation de Francis Ford Coppola du nouveau montage dans laquelle il clarifie la raison d’être de ce troisième, et définitif montage. Le premier fut conçu pour satisfaire les producteurs en le rendant le plus accessible possible, le second permit de réintégrer toutes les scènes étranges et digressives pour constituer une vaste version longue. Le Final Cut lui est présenté comme la version voulue par le cinéaste, préservant la tonalité glauque et hypnotique du Redux tout en retirant quelques segments (la coucherie avec les playmates…) mais préservant, par exemple, l’aparté décrite dans la vieille plantation française. Pourtant avec ses airs de trip à la Visconti et sa description presque érotique des traces d’un monde disparu, il reflète émerveillement ce sentiment de fin de civilisation. Plus équilibré, mieux maitrisé, plus clean diront certain, le Final Cut n’est cependant pas un alibi pour gogo mais bien une ultime proposition.
Liste des bonus
Introduction du réalisateur sur le Final Cut, l’Ultra HD Blu-ray 4K du film en versions Redux (2001, 202’) et cinéma (1979, 153’), le Blu-ray du film en version Final Cut (inédit, 2019, 183’), le Blu-ray du film en versions Redux (2001, 202’) et cinéma (1979, 153’), Interview de John Milius et Francis Ford Coppola (50’), Conversation avec Martin Sheen et Francis Ford Coppola (60’), Fred Roos : le casting d’Apocalypse Now (16’), « Hollow Men » de TS Eliot par Marlon Brando (17’), « L’Embarcation aux singes » (3’), 13 scènes coupées et additionnelles (26’), La destruction du camp de Kurtz (6’), 300 kilomètres de pellicule : le montage d’Apocalypse Now (18’), Conférence de presse Cannes 2001 en intégralité (39’), Extrait de la conférence de presse de 1979 (4’), Interview de Claude Berri : sa position face au film en tant que distributeur (4’), La naissance du 5.1 (6’), L’hélicoptère fantôme (4’), La musique d’Apocalypse Now (15’), Vous avez entendu de bons films récemment ? Le son d’Apocalypse Now (15’), Le mixage final (3’), Apocalypse Now hier et aujourd’hui (4’), L’équipage du patrouilleur (Streetgang) (4’), La palette de couleurs d’Apocalypse Now (4’), « Hearts of Darkness : L’Apocalypse d’un metteur en scène » : documentaire making of (1991, 96’, VOST), Commentaire audio de Francis Ford et Eleanor Coppola Sur « Hearts of Darkness », Discussion entre Francis Ford Coppola et Steven Soderbergh au Festival du Film de Tribeca (inédit, 35’), Les coulisses du film : images d’archives inédites en Super 8 (inédit, 22’), L’œil de Chas Gerretsen : photographies de tournage (inédit, 30’), Apocalypse Now : remasteriser la légende, en Dolby Vision® et Dolby Atmos® (inédit, 3’), Apocalypse Now : quarante ans d’évolution (inédit, 2’), La technologie Sensual Sound, par Meyer Sound (inédit, 4’).







