APOCALYPSE 2024

A Boy and His Dog – Etats-Unis – 1975
Support : Bluray & DVD
Genre : Science-Fiction
Réalisateur : L.Q. Jones
Acteurs : Don Johnson, Susanne Benton, Jason Robards, Tim McIntire, Alvy Moore, Helene Winston…
Musique : Tim McIntire
Durée : 90 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 04 mai 2021
LE PITCH
Sept ans après la guerre mondiale de 2017, la Terre est ravagée. Les quelques survivants errent dans des déserts, se battant pour les restes de l’ancien monde. Vic tente de survivre en compagnie de son chien, Prof, qui a le don de télépathie avec son maître. Toujours en quête de nourriture, armes, ou carburant, ils vont découvrir le monde souterrain qui abrite encore une civilisation. En fait, une oligarchie richissime qui profite du monde extérieur.
C’était demain
Selon la légende, George Miller aurait conçu Mad Max comme une version commerciale d’Apocalypse 2024. C’est dire à quel point, malgré sa relative discrétion dans les mémoires, cette étrange virée post-apocalyptique en compagnie d’un ado en pleine puberté et d’un chien télépathe, a su marquer les esprits curieux.
Même si de nombreux classiques de la science-fiction dite « adulte », du niveau de Soleil Vert ou Silent Running, ont précédé la sortie d’un film comme Apocalypse 2024, ce dernier garde une place très à part dans la production de l’époque. Une approche sérieuse certes, et assez nihiliste, des grands problèmes de l’humanité comme la guerre atomique ou la préservation des ressources naturelles, mais déjà produite totalement en dehors des circuits des grands studio. Plus connu pour être l’un des acteurs fétiches de Sam Peckinpah, L.Q. Jones n’avait ainsi réalisé qu’un petit western en 1966, The Devil’s Bedroom, avant de jeter son dévolu sur la novella A Boy and His Dog signée Harlan Ellison. Un auteur peu connu en France mais pourtant incroyablement prolifique, bardé de prix (dont le Prix Nebula pour le texte en question) et adulé par les amateurs pour ses scripts d’Au-delà du réel, Star Tek et sa participation à Babylon 5. A eux deux, et même si le romancier devra prendre de la distance à cause d’un bon vieux burnout, ils dépassent largement le cadre d’une série B un peu fauchée, forcément très économique, pour emmener le film vers des rives visionnaires, mais aussi totalement improbables.
Les nourritures terrestres
Dans ce monde futur où une quatrième Guerre Mondiale éclair de cinq jours à réduit la civilisation humaine à sa plus simple expression, les hommes ne courent plus qu’après trois choses : la nourriture, les armes et les femmes. Adolescent en pleine explosion hormonale Vic traverse ces terres décharnées et peuplées de hordes féroces en compagnie de son chien… avec qui il partage un lien télépathique ! Prof, à la fois renifleur de présence féminine et véritable mémoire d’une humanité en pleines extinction. Un détail avec lequel les auteurs savent parfaitement jouer par quelques touches d’humour (Prof a un regard très acéré sur les humaines), embrassant sans sourciller le ridicule de la situation, non sans le crédibiliser par le naturel de l’excellent Don Johnson (alors presque débutant) et de la voix de Tim McIntire (accessoirement aussi compositeur du film). Une amitié hors norme mais sensiblement sincère, point d’ancrage pour un film où tout le monde, avec différents degrés de sauvagerie, se révèle être un salopard, un monstre, un amoral. C’est bien simple, le plus humain dans Apocalypse 2024 c’est le chien. Une boutade soit, mais le métrage de L.Q. Jones cache sous son apparence presque souriante, la description d’un univers chaotique, inquiétant où les bribes de background laissées dans le bouquin affleurent efficacement pour offrir une sacrément belle dimension à l’ensemble. Un décor cramé de classique australien, et un survival qui tel un épisode de La Quatrième dimension va s’échapper dans son dernier tiers vers un voyage sous-terrain totalement délirant. Version candide des survivants du Secret de la Planète des singes, les habitants de Topeka menés par Jason Robards, viennent réveiller les fantômes d’une Amérique évangéliste, fondamentaliste et maladivement WASP dissimulant derrières des maquillages outranciers, une monstruosité moins excusable encore que celle de la surface.
La cerise sur le gâteau d’un film de SF qui fascine par sa liberté de ton et son nihilisme goguenard, culminant dans un épilogue particulièrement hardi et appétissant.
Image
Invisible en France depuis des lustres (en fait la VHS…), Apocalypse 2024 n’a jamais vraiment profité de conditions optimales. Le master HD proposé ici par Artus Films ne peut alors pas forcément faire de miracles, surtout sans passer sans des opérations ultras coûteuses et à condition de posséder les négatifs originaux. Bref. Un travail de restauration a bel et bien été effectué ici, mais laisse encore passer quelques points et griffures, tout autant que certaines matières très granuleuses ou un poil scintillantes. Même si cela reste dommage, on note quand même une nette amélioration du côté de la palette de couleur, plus riche, vive et contrastée, et une définition très solide.
Son
Les deux pistes DTS HD Master Audio 2.0 mono proposent une restitution au plus près de la frontalité d’origine. La version doublée se montre un peu plate mais profite d’un jeu réussi. La version originale n’arrive pas toujours à parfaitement marier les dialogues « mentaux », enregistrés en post-prod dans une cabine peu performante manifestement, mais gagne comme toujours en qualité d’interprétation et en équilibre entre les voix, les ambiances et la bande originale.
Interactivité
Artus déroge à sa dernière vague de Mediabook, et propose les disques Bluray et DVD dans un fourreau digipack cartonné plus sobre mais non moins réussi. Pas de livret d’Alain Petit donc, mais une présentation du film par deux passionnés de science-fiction qui retracent autant les particularités du film et quelques anecdotes attachées, que la maturation du genre permise par la découverte de 2001 L’odyssée de l’espace et La Planète des singes.
Hérité de l’édition US de Shout Factory, la discussion animée entre le réalisateur et l’auteur vaut largement le détour. Si les deux camarades ont l’air calmes et posés, leurs échanges n’esquivent pas le difficile travail d’adaptation, les longues disputes qui trainent depuis la production du film (certains dialogues, la fin…), et leur regard sur le petit monde du cinéma n’est pas tendre non plus. Un peu long, mais souvent aussi drôle qu’intéressant.