AMERICAN PSYCHO

Etats-Unis – 2000
Support : UHDK & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Mary Harron
Acteurs : Christian Bale, Justin Theroux, Josh Lucas, Bill Sage, Chloë Sevigny, Reese Witherspoon, Samantha Mathis, Matt Ross, Jared Leto, Willem Dafoe…
Musique : John Cale
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais Dolby Atmos et Français Dolby Audio TrueHD 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 102 minutes
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 4 novembre 2025
LE PITCH
Patrick Bateman est un pur produit de la réussite américaine. Jeune, riche, il est un de ces golden boys qui triomphent à la Bourse et accumule, avec une obsession maladive, les vêtements de marque, les adresses sélectes, les relations enviables… Mais plus il s’efforce de ressembler aux jeunes loups ambitieux de Wall Street, plus il perd son identité et le contrôle de ses pulsions effroyables. Car sous ses apparences dorées, Patrick Bateman cache quelque chose d’innommable…
Vulgaris Monstrus
Source de nombreux débats lors de sa sortie en salle, entre les défenseurs du roman et les autres, les féministes et les autres, les cinéphiles et les autres… American Psycho dans sa version cinématographique ne méritait sans doute pas toute cette hargne transformée curieusement depuis en fascination souvent mal placée. Un film essai attirant, souvent très drôle, mais qui ne parvient sans doute pas totalement à illustre le néant hypnotique de Patrick Bateman.
Chaque époque à son roman témoin, et en l’occurrence au début des années 90 c’est le American Psycho de Bret Easton Ellis qui reflète au mieux les dérives de la décennie précédente, explorant les tréfonds malades d’un golden boy parmi tant d’autre, d’un agent de Wall Streets bouffi d’orgueil, portant les costumes Armani comme une second peau et vouant un culte effrayant à sa propre personne… en plus d’avoir des pulsions sadique et meurtrière de belle envergure. L’écriture extrêmement clinique et malsaine de l’auteur, la description à la fois lente et frénétique, mais surtout impliqué du roman se montrait pourtant comme un tour de force à adapter au cinéma. Mais aux vues des chiffres de ventes, inévitable qu’une société de production, en l’occurrence Lions Gate, finisse par s’y coller, et après être passé de main en mains (dont celles d’Oliver Stone et Leonardo Di Caprio) c’est finalement la réalisatrice Mary Harron (peut-être pour esquiver les futurs attaques pour misogynie) qui s’y colla, elle qui n’avait alors comme titre de gloire qu’un très arty I Shot Andy Warhol au palmarès. Elle semble pourtant avoir totalement compris le roman, tant dans sa reprise mot pour mot de certains monologues masturbatoires de Patrick Bateman (le rituel du matin) que dans le choix de certaines infidélité nécessaires (le twist final souvent reproché car trop clair). C’est surtout la précision de son portrait du psychotique bourgeois et sociabilisé qui fait froid dans le dos, démontrant l’absolue perfection de l’apparence qui ne répond en échos qu’au monstre intérieur qui l’habite. Une vision glaciale, carnassière et volontairement poussive de ces petits cons de Wall Street, considérés (en ces temps-là) comme de véritables Rock Star et dont les pulsions les plus primaires n’en étaient alors que plus encouragées.
Prédateur alpha
Le culte du corps, de l’apparence, du ça (en l’absence du surmoi pour être précis psychanalytiquement parlant), le sociopathe d’Alfred Hitchcock n’a plus à se cacher, il est le héros du jour, le sex-symbol qui baise tout ce qui bouge. Jusqu’alors connu comme le gamin génial de L’Empire du Soleil, Christian Bale est la révélation du film, montrant un magnétisme sidérant, et une facilité incroyable pour passer des aspects les plus contenus aux plus délirants de Bateman. Car si le personnage fait peur, le film lui, préfère surtout mettre en avant l’aspect farce grotesque du roman. Bateman est aussi flippant qu’affligeant, sophistiqué que beauf lorsqu’il déclame une analyse pompeuse d’une chanson de Whitney Houston juste avant prendre sauvagement deux femmes (une ex et une prostitué blasées par la démonstration) comme préliminaire à une course poursuite à la tronçonneuse. Grand guignol, American Psycho le film aurait dû l’être s’il ne s’était pas borné finalement à tenter de rester dans les flux du cinéma acceptable. Plus propre que le roman, trop propre sans doute, la mise en scène posée de Mary Harron peine justement à suivre cette frénésie sordide, laissant les détails gore hors champs et donc l’horreur du personnage dans toute sa splendeur. La caméra prend d’ailleurs une légère distance avec la narration subjective voulu par le livre, multipliant, discrètement les regards extérieurs, féminins en particulier, qui soulignent constamment la vacuité du personnage.
En résulte à l’écran une version incomplète, pathétique souvent dans ses fantasmes au demeurant basiques, presque coutumier de ce type de malade, et dont la philosophie individualiste trouble beaucoup moins que sous la plume de Bret Easton Ellis. Une approche intéressante, mais à laquelle il manque tout de même une bonne pointe d’acidité et une brutalité plus rentre-dedans.
Image
Belle remise en forme pour American Psycho avec cette nouvelle copie entièrement produite grâce à un scan 4K des négatifs originaux et un nettoyage professionnel de la moindre image. Limpide, intact, impeccable, le résultat est éclatant et au-delà de la finesse discrète du grain et des apports suaves du combo HDR10 / Dolby Vision, assure surtout une précision totalement inédite, scrutant la profondeur des cadres autant que les petits détails des matières et des visages avec ferveur. Le plus parlant étant certainement le fameux concours de cartes de visite où les variations (si subtiles pour les connaisseurs) de textures, de fibres et de teintes sont enfin parfaitement visibles à l’écran.
Son
La piste sonore anglais Dolby Atmos vient parfaire encore l’élégance de cette nouvelle prestation technique, appuyant très efficacement la moindre ambiance urbaine (rue, restaurant, soirée mondaine…) avec naturel, tandis que les divers tubes so 80’s résonnent avec un bel enveloppement. La voix de Patrick, franche et claire, se rapprocherait presque parfois un peu trop près de nos oreilles… Une proposition plus que convaincante et efficace.
La version doublée française est quant à elle disposée dans un Doby Audio TrueHD 5.1 certes forcément un peu moins ample mais très satisfaisant.
Interactivité
Dans ce steelbook particulièrement classe, les sections bonus sont identiques sur le Bluray et l’UHD et reprennent une bonne partie des suppléments déjà proposés par Metropolitan lors de son édition Bluray de 2012. Soit le commentaire audio de la réalisatrice, assez intéressant mais malheureusement non sous-titré, un sujet dispensable sur les quartiers huppés à la mode des 80’s, les scènes coupées en qualité aléatoire (pour moitié sur la sexualité brutale et pathétique de Bateman, pour moitié sur l’étiolement de cette « société parfaite »), la courte featurette promo d’époque (mais au propos intéressant et au montage efficace) et son pendant étendu « Le journal d’un tueur » compilant en version longues les différentes interviews de l’équipe du film et des images de tournages. On y discute du roman original, du ton du film, de la création des personnages mais aussi de la polémique qui entourait le projet bien avant le tournage.
Ici L’Atelier d’image ajoute tout de même une présentation inédite signée par la journaliste Judith Beauvallet. Une intervention très complète et pertinente entre rappel des origines du métrage, travail d’adaptation et analyse bien sentie de la mise en scène.
Liste des bonus
Commentaire audio de Mary Harron (VO), « American Psycho : Un tour de force assez fascinant » : Présentation du film par Judith Beauvallet, Demoiselles d’Horreur / Écran Large (23’), Autour du film : Featurette originale (5’), 5 scènes coupées (7’), « Le Journal d’un tueur » : Interviews de l’équipe (26’), « Le Downtown des années 80 » (32’), Bande-annonce (2’).







