AEON FLUX

États-Unis – 2005
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Science-Fiction
Réalisateur : Karyn Kusama
Acteurs : Charlize Theron, Marton Csokas, Jonny Lee Miller, Sophie Okonedo, Frances McDormand, Pete Postlethwaite…
Musique : Graeme Revell
Durée : 93 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, Dolby Audio 5.1 Français, Allemand, Espagnol …
Sous-titres : Français, Allemand, Néerlandais, Norvégien, Espagnol…
Editeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
En 2415, 400 ans après une épidémie apocalyptique, les survivants vivent dans une cité fortifiée, Bregna, dirigé par un gouvernement totalitaire. Membre d’un mouvement de résistance appélé Monican, la guerrière Aeon Flux se voit confier la mission d’assassiner le président Goodchild, l’homme qu’elle tient pour responsable du meurtre de sa sœur. Mais au moment d’appuyer sur la détente, Aeon commence à avoir des doutes …
Les fils de l’homme
Adaptation d’une série animée diffusée sur MTV entre 1991 et 1995 et ayant rencontrée un joli succès d’estime auprès des amateurs de SF et de bizarreries en tous genres, Aeon Flux version cinéma s’inscrit sans détour dans la mouvance des blockbusters dystopiques produits en nombre entre la fin des années 90 et le début des années 2000. En dépit de belles intentions de départ, le film de Karyn Kusama s’essouffle très vite dans une relecture fade et embarrassante de la création anticonformiste de Peter Chung.
C’est l’histoire d’un ratage sur (presque) toute la ligne. Initialement proposée sous la forme de « pastilles » d’une durée d’à peu près 2 minutes, la série Aeon Flux détourne dès le départ les attentes des spectateurs en tuant son héroïne à la fin de chaque épisode et en brisant à peu près tous les codes narratifs en vigueur. Programme d’avant-garde devenu culte au bout de ses trois saisons où se mêlent cyberpunk, espionnage, symbolisme et post-modernisme, le tout dans une esthétique combinant expressionnisme et animation japonaise, Aeon Flux est un authentique OVNI animé, au carrefour de The Wall des Pink Floyd, de Metropolis de Fritz Lang et des envolées cinétiques dignes du Yoshiaki Kawajiri de Cyber City Oedo 808. Bon courage, donc, à quiconque tenterait de l’adapter sur grand écran à grand renfort de millions de dollars. Pas du genre à se laisser intimider, la productrice Gale Ann Hurd (Terminator, Aliens, Abyss, on continue ?) s’associe à MTV et Paramount pour relever le défi.
Nouvelle sensation du cinéma indépendant US après le succès de Girlfight, Karyn Kusama signe pour la réalisation et s’apprête alors à vivre désillusion sur désillusion. Embaucher Michelle Rodriguez (qu’elle vient de révéler) pour le rôle-titre ? Niet, puisque le studio lui préfère la plus longiligne et athlétique Charlize Theron, très courtisée depuis son oscar pour Monster. Tourner à Brasilia pour son architecture et sa lumière ? Deux fois niet et la solution de repli se nomme Berlin, pour une ambiance pas franchement comparable. Laisser participer Peter Chung à l’adaptation de son œuvre phare ? Le créateur d’Aeon Flux devra se contenter d’une visite des décors et d’une note d’intention qui n’engage personne. Après un tournage compliqué par une blessure de Charlize Theron, la cinéaste se voit déposséder de son film par ses producteurs qui le remonte drastiquement, jetant à la poubelle plus de 30 minutes de métrage. À l’arrivée, renié à bas bruit par ses instigateurs, Aeon Flux échoue auprès du public et de la critique. Un sort tristement compréhensible.
L’Attaque des Clones
Avant tout marqué par la banalité affligeante de ses enjeux et de sa narration, Aeon Flux lorgne (sans le vouloir ?) du côté de Zardoz, Flash Gordon ou encore Battlefield Earth, le charme bis et déviant en moins. Entre deux bâillements, il sera donc permis au spectateur de s’amuser de la coupe de cheveux WTF de Frances McDormand, du costume de Pete Postlethwaite faisant ressembler l’acteur à une capote géante ou de la traversée d’un jardin piégé proposant notamment une pelouse tueuse (!). Des idées bien Z qui viennent ponctuer un actionner surdécoupé et pourtant bien mou du genou et qui abuse des acrobaties ridicules d’une Charlize Theron imperturbable dans sa tenue de lycra noir. Et pour ce qui est de la direction artistique, la chose s’avère à peu près aussi excitante que de feuilleter un catalogue IKEA.
Là est indiscutablement le plus grand crime d’Aeon Flux version live: la normalisation à l’extrême d’un matériau qui osait tout avec un esprit punk revendiqué et un sens du mouvement et du rythme sidérant. Malgré les clins d’œil à la série (dont celui, littéral, du plan où l’héroïne attrape une mouche avec ses cils), le film de Karyn Kusama n’a de cesse d’en nier la folie et l’inventivité, avec une intrigue qui sent le réchauffé à tous les étages et qui se repose sur une révélation dont on se contrefout. Il faut dire qu’entre léthargie et constipation, la direction d’acteurs ne facilite pas l’émotion, la palme revenant à un Marton Csokas qui semble toujours à deux doigts de s’endormir au milieu d’une réplique. Autant dire que l’histoire d’amour qui est supposé le lier à Charlize Theron au travers des siècles en prend un sacré coup, flirtant avec un ridicule cosmique. Faute d’idées, Aeon Flux s’achève dans le crash le moins spectaculaire de l’histoire des effets spéciaux, une scène sans nul doute improvisée à quelques semaines de la sortie du film, tant le je m’en foutisme et la résignation dominent.
Avec des thèmes tels que le totalitarisme, l’eugénisme et le contrôle des masses par le clonage, Aeon Flux avait sans doute matière à divertir et à faire un tant soi peu réfléchir. Las, le film s’efface au fil des minutes et s’oublie avant le générique de fin. Le futur ne fait décidément plus rêver.
Image
Oublié le « vieux » bluray encodé en MPEG-2 et place à un transfert HDR qui profite pleinement du Dolby Vision pour une définition tranchante. En témoigne des intérieurs chaleureux avec une belle profondeur de champ, ainsi que de très gros plans au réalisme parfois saisissant. Revers de la médaille, cette nouvelle copie souligne davantage une photographie globalement assez fade (les extérieurs de Bregna, les flashbacks) et se révèle sans pitié pour des SFX à la finition douteuse.
Son
Peu ou pas de différences à relever entre le mixage original en DTS-HD et les versions doublées en Dolby Audio. Le DTS offre certes des basses un peu plus profondes et davantage de relief mais la pétarade est partout au rendez-vous avec une spatialisation ad hoc et des effets d’une précision chirurgicale.
Interactivité
Les suppléments qui datent de la sortie DVD, soit une paire de commentaires audio malheureusement non sous-titrés ainsi qu’une poignée de featurettes détaillant décors, cascades et tutti quanti, ne sont disponibles que dans le blu-ray inclus en combo avec la galette 4K. Un manque d’effort qui ne mérite guère plus qu’une note moyenne. Il n’y a donc ni documentaire rétrospectif, ni entretien avec la réalisatrice Karyn Kusama (laquelle aurait sûrement des choses à dire sur cette occasion manquée), ni scènes coupées. Quant au 4K sans interactivité, cela est en train de devenir une bien mauvaise habitude chez certains éditeurs. Et on en a gros !
Liste des bonus
Commentaires audio de Charlize Theron et Gale Ann Hurd (VO), Commentaires audio des scénaristes Phil Hay et Matt Manfredi (VO), « Création d’un univers : Aeon Flux » (20’), Les lieux de tournage de Aeon flux (14’), Les cascades de Aeon Flux (9’), L’atelier de conception des costumes de Aeon Flux (13’), Le travail du photographe de plateau de Aeon Flux (3’), Bande-annonce.







