AENIGMA

Italie, Yougoslavie – 1987
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Lucio Fulci
Acteurs : Jared Martin, Lara Naszinsky, Milijana Zirojevic, Ulli Reinthaler, Sophie d’Aulan, Jennifer Naud…
Musique : Carlo Maria Cordio
Image : 1.66 16/9
Son : Italien et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 90 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 11 avril 2025
LE PITCH
Boston, années 1980 – Au sein du collège Saint Mary’s, Kathy subit les moqueries de la part d’un groupe d’élèves et d’un professeur de gymnastique. À la suite d’une mauvaise plaisanterie, l’adolescente est renversée par une voiture et tombe dans un coma profond. À l’hôpital, victime d’un arrêt cardiaque, elle se décorpore. Un peu plus tard, une nouvelle élève, Eva, arrive dans l’établissement. L’esprit de Kathy la possède. Elle deviendra l’instrument de sa vengeance.
(dé)possédé
Pas franchement le rejeton le plus louable de la très longue carrière de Lucio Fulci, Aenigma marquait nettement le glissement certain du cinéaste vers des productions de plus en plus pauvres et une inspiration de plus en plus défaillante. Toujours quelques curieuses images et une ou deux idées intéressantes à piocher de-ci de-là mais clairement ces années 80 laissent Fulci dubitatif.
Un réalisateur que l’on savait de plus en plus fatigué, sorti d’une longue maladie (il apparait ici d’ailleurs très amaigri dans le rôle rapide d’un policier blasé) et prenant de plein fouet l’effondrement de l’industrie cinématographique italienne. Adieux les belles heures de l’horreur baroque, la photographie léchée, les casting solides et les compositions obsédantes de quelques grands noms de la musique de film, il faut se satisfaire désormais de co-productions avec la Yougoslavie et très bientôt de téléfilms et de DTV. Si une proposition comme celle du Miel du diable lui avait permis en variant les genres de retrouver une bonne part de sa superbe dérangeante, un film comme Aenigma compilant finalement ni plus ni moins que quelques éléments repiqués sur Patrick, Carrie ou La Grande menace et une tripotée de slasher bas-de-gamme, n’avait effectivement pas grand-chose pour raviver la flamme. Le scénario, lacunaire et placide, se contente ainsi d’enchainer les longues scènes d’expositions et de semi-romances adolescentes entre deux exécutions venues de l’au-delà comme un Vendredi 13 surnaturel, mais avec en difficulté supplémentaire un casting absolument catastrophique. Vaguement connu pour avoir jouée dans La Maison de la terreur et Kalidor, Lara Naszinski (nièce de Klaus Kinski) amène une absence de charisme et un non-jeu embarrassant, là où tous ses collègues hésitent entre la sitcom AB et le vieux soap du dimanche matin.
En avant mauvaise troupe
Ajoutons à cela une esthétique générale doucereuse et assez impersonnelle qui peine à instaurer une quelconque atmosphère dans ce grand établissement scolaire pour étudiantes américaines très, très loin du baroque flamboyant d’un Suspiria. Fulci a beau se moquer ouvertement de certaines valeurs de la décennie en cours en rejouant le cours d’aérobic avec son prof débile, en soulignant la vacuité et la cruauté des adolescentes, en abusant d’une chanson titre horripilante et en détournant les posters de Rocky et Top Gun, il n’arrive jamais à les contourner et accouche d’un métrage à l’esthétique tristement proprette et sans envergure. Assez mou, jamais effrayant ou dérangeant, Aenigma est cependant heureusement sauvé par quelques sursauts d’inspiration comme seul Lucio Fulci pouvait nous en offrir. Il y a bien entendu cette séquence cauchemardesque où une jeune fille est dévorée vivante par une marée d’escargots et de limaces qui recouvre son corps nu (la scène la plus connue du film), mais aussi une visite hallucinée d’un musée dans lequel les œuvres d’art se prennent vie et laissent échapper des flots de sang. La plus élégante cependant se situe durant l’exposition du film et accompagne l’âme de la pauvre Kathy, mourante dans son lit d’hôpital, qui s’extraie de son corps, traverse le plafond, s’élève au-dessus du bâtiment et survole la ville pour venir se loger dans le corps de la nouvelle venue, Eva, désormais possédée par l’esprit de la vengeance. La fluidité du mouvement, le maquillage craspec, l’utilisation désuète mais séduisante de maquettes, l’effet de montage final et même la musique lugubre de Carlo Maria Cordio font mouche. Un beau sursaut avant l’encéphalogramme, presque, plat.
Certainement pas un grand classique de la carrière de Lucio Fulci, penchant même franchement du mauvais coté qualitatif du cinéaste, Aenigma ouvrait la voie aux cinq dernières années chaotiques et laborieuses de sa carrière. Mais malgré les défauts omniprésents, il y a toujours quelque chose à piocher dans son cinéma, comme une image persistante, hantée.
Image
Restauré par Severin en 2020 à partir d’un scan 4K des négatifs, Aenigma se sépare enfin des curieux filtres verdâtres et autres traitement grisâtres qui ne l’avaient pas arrangé au cours des années. Le film retrouve sa photographie plutôt sobre, assez réaliste mais tempérée par des intérieurs feutrés et des effets vaporeux. Les cadres sont très propres et franchement stables, même si forcément, production modeste oblige, on dénote rapidement des fluctuations du grain de pellicule et quelques bords ou noirs qui glissent vers le bleuté. On sent clairement que les techniciens ont fait le mieux possible avec ce qu’ils avaient.
Son
Versions italienne et française sont glissées dans leur mono d’origine retranscrit sur des DTS HD Master Audio 2.0 plutôt sobres. Pas de grandes prouesses, cela reste une production italienne, mais les sources sont assez stables. Le doublage français n’est pas bien folichon mais comme même les acteurs originaux jouent mal cela ne dénote pas trop. Le doublage italien est un peu plus concerné mais est accompagné de quelques petits chuintements.
Interactivité
Présenté dans son boitier scanavo avec fourreau cartonné, Aenigma est accompagné en guise de suppléments des interviews du scénariste Giorgio Mariuzzo et de l’assistant Fabio Leoni. Le premier évoque largement ses fructueuses collaborations avec Lucio Fulci, et la personnalité particulière du cinéaste, érudit mais crado et instable à priori, et ne passe finalement que trois petites minutes sur le film en présence. Ayant justement véritablement entamé sa carrière professionnelle avec Aenigma, le caméraman Fabio Leoni est lui beaucoup plus enthousiaste vis-à-vis du film et vis-à-vis du maestro qu’il voit comme un auteur et un mentor qui lui aura beaucoup appris. Il se souvient aussi manifestement autant de la mise en place des plans que du casting de jolies jeunes femmes.
Liste des bonus
Interview de Giorgio Mariuzzo (14’), Interview de l’assistant caméra Fabio Leoni (13’), Bande-annonce.






