ADIEU MA JOLIE & LE GRAND SOMMEIL

Farewell, My Lovely, The Big Sleep – Etats-Unis / Royaume Uni, Etats-Unis – 1975, 1978
Support : Bluray & DVD
Genre : Film noir, Polar
Réalisateur : Dick Richards, Michael Winner
Acteurs : Robert Mitchum, Charlotte Rampling, John Ireland, Sylvia Miles, Jack O’Halloran, Anthony Zerbe, Harry Dean Stanton, Sarah Miles, Candy Clark, Joan Collins, Richard Boone, Edward Fox, Oliver Reed, James Stewart…
Musique : David Shire, Jerry Fielding
Image : 1.78 16/9
Son : DTS-HD Master Audio mono 2.0 Anglais et Français
Sous-titres : Français
Durée : 95 et 99 minutes
Éditeur : Eléphant Films
Date de sortie : 26 août 2025
LE PITCH
Adieu ma jolie : Los Angeles, 1941. Le détective privé Philip Marlowe est pris dans les filets de la police, soupçonné d’être lié à plusieurs meurtres. Tout avait pourtant commencé de façon plus simple : Moose Malloy, colosse fraîchement sorti de prison, lui avait demandé de retrouver Velma, chanteuse de cabaret disparue depuis sept ans.
Le Grand Sommeil : Installé en Angleterre après la guerre, Philip Marlowe est engagé par le général Sternwood pour résoudre une affaire a priori banale : faire cesser le chantage dont est victime sa fantasque fille Camilla, ciblée par un libraire.
Marlowe voit double
Après Le Privé (The Long Goodbye) de Robert Altman, relecture ironique et désenchantée du hard-boiled detective Philip Marlowe, Hollywood ne pouvait pas en rester là avec l’œuvre de Raymond Chandler. Aussi l’occasion fut donnée à Robert Mitchum, monument du film noir, d’endosser le trench du détective privé. Deux adaptations suivirent coup sur coup : Adieu, ma jolie en 1975 et Le Grand Sommeil en 1978. Deux films qui offrent à Mitchum le luxe d’incarner, à lui seul, toute une mémoire de la culture populaire américaine.
Avec Adieu ma jolie (Farewell, My Lovely), Dick Richards aborde Chandler par le versant le plus classique. Sa volonté est claire : restituer le Los Angeles des années 40, ses néons vacillants, ses volutes de fumée, ses clubs noyés dans un “crime jazz” lancinant. Pas de mise à distance ironique ici, mais le plaisir franc de cocher les codes du hard-boiled. La parenté est à chercher du côté de Chinatown, en moins virtuose certes, mais animé de la même nostalgie pour un âge d’or révolu. Le récit file à toute allure, refusant l’introspection. Dommage : Chandler n’était pas avare en respirations, notamment grâce au personnage d’Anne Riordan. Dans le roman, elle apporte à Marlowe un contrepoint lumineux, un appui féminin intelligent et vif, presque une promesse d’avenir plus apaisé. Le film l’évacue complètement, réduisant l’entourage de Marlowe à des figures plus sombres, plus fatales. Ce choix accentue la sécheresse du récit mais prive l’histoire de nuances. Reste un casting de luxe : Robert Mitchum, flegmatique et fatigué, retrouve ici les échos de La Griffe du passé et semble se glisser dans la peau de Marlowe comme dans un vieux costume familier. Charlotte Rampling, glaciale et magnétique, évoque irrésistiblement l’ombre de Lauren Bacall, à la fois élégante et distante. Jack O’Halloran (Superman II), colosse en quête d’une amour perdu, incarne un Moose Malloy d’une présence saisissante, à la fois menaçant et vulnérable. On remarque également Joe Spinell et un jeune Sylvester Stallone, déjà côte à côte un an avant Rocky. Leur apparition est brève, mais leur charisme naissant retient immédiatement l’attention.
Adieu, ma jolie n’est pas une œuvre flamboyante ni un hommage maniériste comme celui de Polanski. C’est un film noir tourné dans les années 70 comme s’il appartenait encore aux années 40. Un cinéma populaire, modeste, pas toujours passionnant, mais sincère jusque dans ses maladresses.
British, my sweet!
Adapter à nouveau Le Grand Sommeil après le film mythique de Howard Hawks relevait de la gageure. Michael Winner choisit de déplacer l’intrigue : adieu Los Angeles, bonjour l’Angleterre des seventies. L’idée pouvait sembler audacieuse : en s’éloignant de l’ombre de Bogart et Bacall, il devenait possible d’assumer une nouvelle lecture, libérée du code Hays, réintégrant les zones sexuelles et pornographiques éludées en 1946. Sur le papier, l’entreprise a des atouts. Mitchum, sexagénaire (loin des 33 ans du héros du roman) mais toujours flegmatique, campe un Marlowe en “vieux beau” qui joue de son âge avec ironie. Le casting est royal : James Stewart (épuisé mais prestigieux), Sarah Miles, Joan Collins, Edward Fox, Oliver Reed… et surtout Candy Clark (American Graffiti, L’Homme qui venait d’ailleurs), dont la folie douce illumine le rôle de Camilla Sternwood.
Mais la greffe ne prend pas. Car chez Chandler, Los Angeles n’est pas un simple décor : c’est un organisme corrompu qui use et salit ceux qui l’habitent. Hawks l’avait compris, Altman aussi. Même Dick Richards savait restituer des décors atmosphériques, évoquant l’âge d’or du film noir. Transposer l’intrigue en Angleterre, aussi charmante et lumineuse soit-elle, crée une dissonance : la campagne bucolique remplace l’ambiance électrique et nocturne qui fait tout le sel du roman. C’est un peu comme imaginer Miss Marple enquêtant à New York dans les années 70 : le cadre ne correspond pas à l’esprit du personnage. Michael Winner, cinéaste racoleur connu pour ses provocations plus que pour son élégance, signe une mise en scène molle, sans énergie. Même les séquences d’action manquent de nerf. L’idée de réinterprétation reste intéressante, mais l’exécution demeure bancale et le film finit par s’écraser dans l’ombre du chef-d’œuvre de 1946.
Deux films, un même acteur, mais deux regards totalement divergents sur Raymond Chandler. Si Adieu ma jolie ressuscite le film noir des années 40 avec une humilité sincère, Le Grand Sommeil tente une audace britannique qui s’effondre faute d’atmosphère. Reste Robert Mitchum, trait d’union magistral, Marlowe crépusculaire dont chaque incarnation éclaire à sa manière les multiples visages du détective. Pour les amateurs du genre, ces films constituent moins des réussites éclatantes que des jalons précieux dans l’histoire des métamorphoses de Philip Marlowe au cinéma.
Image
Elephant Films propose chaque film dans une édition combo DVD/Blu-ray. Les films sont proposés au format 1.78:1, un cadrage un peu plus ouvert que le 1.85:1 d’origine, choisi pour correspondre aux écrans 16/9. Ce procédé, de moins en moins utilisé aujourd’hui, trahit l’ancienneté des masters mis à disposition. L’image d’Adieu ma jolie conserve l’esthétique des années 40, avec un grain prononcé – parfois trop, diront certains – qui renforce la patte neo-Noir du film. La palette privilégie les tons bruns, gris et un jaune verdâtre, typiques du Fuji Color de l’époque. Le transfert rend bien l’ambiance feutrée et légèrement patinée des décors, donnant à Los Angeles un aspect à la fois réaliste et nostalgique. La copie du Grand Sommeil est plus nette et précise, avec un transfert globalement propre. Quelques défauts ponctuels apparaissent au début du film, mais ils restent très discrets et n’affectent pas la suite. Les couleurs sont vives mais naturelles, particulièrement dans les scènes en extérieur et les décors londoniens ou de campagne anglaise. Le Technicolor est mis en valeur sans excès, conservant la clarté et la profondeur des images.
Son
Elephant Films nous offre des pistes audio en DTS-HD Master Audio Dual Mono, ainsi qu’une version française sur le même encodage. Sur Adieu, ma jolie, le mixage original met en valeur la voix grave de Robert Mitchum et la précision des dialogues, tandis que le score jazzy de David Shire enveloppe le film d’une atmosphère feutrée et mélancolique. Pour Le Grand Sommeil, les dialogues sont nets et naturels, sans aucune distorsion. Le mixage souligne efficacement la partition de Jerry Fielding, pleine de rythmes et d’élan, qui apporte du relief à l’ensemble. Les ambiances comme la texture monophonique sont restituées avec soin. Au final, les deux mixages originaux restituent avec fidélité la couleur sonore de leur époque. Dans les deux cas, la version française, propre et lisible, constitue une option correcte, mais reste en retrait face à la subtilité des pistes anglaises.
Interactivité
Adieu ma jolie bénéficie d’une présentation érudite de Nachiketas Wignesan, qui revient face caméra sur la genèse du film, ainsi que d’un module signé Eddy Moine, intitulé Marlowe et son créateur, consacré à la vie et la carrière du grand Raymond Chandler et à la création de son détective fétiche. Des bonus « à la française » — érudition et passion cinéphile au rendez-vous — complétées par une bande-annonce d’époque.
Le Grand sommeil propose également une présentation du film par Eddy Moine, qui n’est autre que le fils d’Eddy Mitchell, preuve que l’amour du cinéma se transmet parfois de génération en génération. L’éditeur ajoute également un making of qui est en réalité un épisode de la série On Location, présentée par Robert Powell. L’acteur y parcourt les lieux de tournage emblématiques et donne la parole à Michael Winner, jamais avare en anecdotes. Plus accessoire, la featurette d’époque tient surtout du matériel promotionnel : un court sujet composé en grande majorité d’images du film et où les partenaires de plateau répètent à quel point Robert Mitchum est un acteur sensationnel. S’ils le disent, c’est que ça doit être vrai !
Liste des bonus
Adieu ma jolie : Le film par Nachiketas Wignesan (22’), « Marlowe et son créateur » par Eddy Moine (16’), Bande-annonce d’époque (2’).
Le Grand Sommeil : Le film par Eddy Moine (9’), Making of (14’), Featurette d’époque (6’), Bande-annonce d’époque (2’).






