A CAUSE D’UN ASSASSINAT

The Parallax View – Etats-Unis – 1974
Support : Bluray & DVD & Livre
Genre : Thriller
Réalisateur : Alan J. Pakula
Acteurs : Warren Beatty, Hume Cronyn, Paula Prentiss, William Daniels, Kenneth Mars, Walter McGinn…
Musique : Michael Small
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 102 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 17 juin 2025
LE PITCH
Le 4 juillet 1971, jour anniversaire de l’Indépendance des États-Unis, le sénateur Carroll est abattu au cours d’une réception à Seattle. L’enquête conclut à un acte isolé perpétré par un individu déséquilibré. Trois ans plus tard, les témoins de la scène trouvent la mort les uns après les autres. Présent lors de l’assassinat du sénateur Carroll, le journaliste Joseph Frady décide de mener l’enquête et découvre l’existence d’une machination de grande ampleur…
L’art du complot
Modèle du thriller politique américain, versant totalement paranoïaque, A Cause d’un assassinat ouvre la voie à une révision des motifs du polar contemporain mais aussi à l’exploration des symboles d’une Amérique qui n’a plus rien du refuge à préserver. Reflet d’une génération marquée par les troubles de l’Histoire, Warren Beatty erre dans un récit qui le prend peu à peu en étaux. Implacable.
Très vaguement adapté d’un roman de Loren Singer, The Parallax View dont à cause de nombreuses réécritures et réinterprétations il ne reste plus que quelques scènes et décors dans le scénario final (le final est même l’antithèse de celui du livre), A Cause d’un assassinat est surtout un film totalement habité par la vague de désillusions sans pareil qui frappait l’Amérique depuis maintenant 10 ans. Les fantômes de la Guerre du Vietnam, la répression des contestations, les nombreux scandales politiques, l’avènement catastrophique de Nixon à la Maison Blanche et ses mensonges rapidement établis, les assassinats politiques à répétitions et bien entendu celui de JFK… Le trauma initial, obsédant par sa brutalité, sa brisure avec le rêve américain, mais aussi par son opacité rendue possible par une volonté d’état. Le premier grand complot en somme auquel, sans jamais le nommé à l’instar du futur I comme Icare de Verneuil, A Cause d’un assassinant ne cesse de se référer : le premier meurtre d’un politique en campagne en haut d’une tour panoramique, l’obsession pour une photo qui détiendrait déjà une partie de la clef, les disparitions à répétitions des témoins, la double apparition d’une commission d’enquête verrouillée et un test « psychologique » en forme de film monté où l’image trompe autant que dans les versions longtemps tronquée du fameux film de Zapruder, le spectateur n’est jamais dupe et reconnait tous les signes.
Le grand secret
Le film d’Alan J. Pakula, parfaitement placé entre le film noir tortueux Klute et le film dossier Les Hommes du président (justement sur le Watergate), baigne jusqu’au menton dans toutes ces références et une période extrêmement troublée, perdue, inquiète… et donc en pleine crise d’identité. D’ailleurs si ce dernier ne cache jamais sa parenté avec les modèles des 60’s, Un Crime dans la tête et Sept Jour en mai de John Frankenheimer, il en esquive les résolutions, la possibilité d’identifier et de combattre la menace, au profit d’un monde où plus rien n’est décelable. La politique devient presque secondaire devant un système plus obscur encore prenant l’apparence d’une entreprise, Parallax, qui aurait pignon sur rue mais aucune identité propre, vendant ses services au plus offrant, d’un bord comme de l’autre, manipulant les uns éliminant les autres avec une efficacité déshumanisée impitoyable, reconstruisant de toute pièce de futurs boucs émissaires idéaux. L’investigation que mène alors le journaliste Joseph Frady prend progressivement les allures d’un piège dans lequel le « héros » de la vérité semble perdre pied au fur et à mesure qu’il pense se rapprocher de la vérité.
Labyrinthe
Le jeu très changeant de Beatty, tour à tour froid, passionné, cabot, séducteur, héroïque ou hagard, illustre parfaitement la déconstruction totale d’une enquête désarticulée (le scénario ne cessa d’être réécris jusque sur le tournage) et d’un espace, l’Amérique, désormais entièrement cloisonné entre les lointains souvenirs d’idéaux transformés en clichés (tout le segments dans le patelin paumé façon Shériff fais-moi peur), une intimité plongée dans le noir et l’indéfini et une modernité éclatante, aux géographies lumineuses et vides. La collaboration entre le réalisateur et son directeur photo Gordon Willis (Le Parrain, Annie Hall) fait des merveilles en variant constamment les valeurs et les palettes de teintes, plaçant un Beatty de plus en plus isolé et réduit au sein de décors écrasant et aveuglant, plaçant des ombres omniprésentes, envahissantes et insondables. Une esthétique et une atmosphère générale, concrétisée par l’espèce d’hymne patriotique dévoyé et inquiétant composé par Michael Small, qui tend dès lors vers l’abstraction, le fantastique ou la science-fiction (la fameuse expérimentation vidéo centrale y est aussi pour quelque chose) en tous cas vers des frontières qui ne cessent, elles aussi, de nous filer entre les doigts.
Construit comme un suspens hitchcockien (on pense beaucoup à La Mort au trousse) mais déconstruit comme une expérimentation délirante à grande échelle, A Cause d’un assassinat est un véritable sommet du thriller paranoïaque, à la fois impénétrable et éclairant, révélateur mais pour mieux épaissir un décorum basé sur le secret et le contrôle. Il illustre à la perfection l’état mental désagrégé d’une nation et l’avènement d’une société contemporaine des plus terrifiante… la nôtre.
Image
Carlotta reprend ici le nouveau master produit par Criterion en 2021. Une restauration exemplaire effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm avec un nettoyage éprouvé de l’image la débarrassant de nombreux taches, griffures, points et autres légers tremblements. Une remise à neuf soit, mais extrêmement fidèle à la source puisque le film préserve son grain, parfois très marqué dans les scènes les plus sombres, et ses argentiques, délicats et élégants. Le film gagne aussi beaucoup dans la restitution de la colorimétrie avec un rehausse considérable des teintes et des contrastes, enfin à même d’accompagner les multiples changements d’ambiance et de valeurs de la photographie. Superbe.
Son
Se sont les monos d’origine qui sont rapportés ici, avec des DTS HD Master Audio qui en assure surtout la clarté constante. Pas de perdition et un bel équilibre (en particulier en VO) où naturellement toute la dynamique est centrée. Les dialogues sont bien nets, mais l’inoubliable bande originale de Michael Small laisse aussi pleinement son empreinte.
Interactivité
Nouveau volume de la collection Ultra Collector de Carlotta avec comme toujours l’imposant coffret cartonné dans lequel vient se ranger le livre exclusif qui sert aussi de contenant pour les deux disques, ici Bluray et DVD. L’ouvrage a été confié tout à fait logiquement au critique Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma américain des 70’s, du nouvel Hollywood et des thrillers paranoïaques qui signe un ouvrage de 160 pages absolument passionnant qui resitue le film dans son époque et les trajectoires respectives d’Alan J. Pakula et Warren Beaty, l’inscrit dans le contexte politique et stylistique de l’époque, et en souligne constamment la grande profondeur esthétique, la mise en scène et la photographie venant révéler une Amérique en perdition. La lecture s’achève ici par deux interviews du cinéaste, dont l’une signée Steven Soderbergh, qui permettent de revenir sur un scénario en grande partie improvisé et achevé dans l’urgence, la collaboration éclatante avec Gordon Willis, les thèmes du film et sa réception.
On se tourne ensuite vers les suppléments vidéo avec une présentation du film par Alex Cox (réalisateur de Repo Man) qui revient sur certains détails de la gestation du film et sur ses motifs les plus importants, les mettant surtout en perspective avec l’état du monde d’aujourd’hui. Ce qui était alors de la science-fiction est devenu notre quotidien. Il y a un peu de ça aussi dans l’intervention du cinéaste français Nicolas Pariser (Le Grand Jeu, Le Parfum vert…) qui discute justement le parallélisme entre l’Amérique post-JFK et celle post-11 septembre, évoque les dangers du cinéma parano et n’hésite pas à aborder A Cause d’un Assassinat avec une petite distance, soulignant pour lui ce qui peut s’apparenter à des défauts de structure ou de maitrise du jeu de Beatty. Une vraie discussion de cinéma, d’autant plus intéressante par ces points de vue personnels. Le dernier item laisse la parole à Jon Boorstin, assistant réalisateur sur A Cause d’un Assassinat et producteur sur Les Hommes du président qui entre deux souvenirs de production insiste sur la synergie entre Pakula et Gordon Willis, s’attarde longuement sur la confection de la fameuse séquence du test pour laquelle il fut chargé de trouver les documents photographiques et revient sur la vision d’une société du contrôle aujourd’hui terriblement d’actualité.
Liste des bonus
Un livre écrit par Jean-Baptiste Thoret (160 pages), Alex Cox à propos de « A Cause d’un Assassinat » (15′), Mise au point : La Genèse de « A cause d’un assassinat »(15′), Révisions (27′).







