A BOUT PORTANT

The Killers – Etats-Unis – 1964
Support : Bluray
Genre : Policier, Thriller
Réalisateur : Don Siegel
Acteurs : Lee Marvin, John Cassavetes, Angie Dickinson, Ronald Reagan…
Musique : John Williams
Durée : 93 minutes
Image : 4.3 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : français
Editeur : BQHL éditions
Date de sortie : 24 mars 2021
LE PITCH
Tueurs à gages, Charlie Strom et son partenaire exécutent froidement Johnny North. Intrigué par le comportement de sa cible qui, plutôt que de tenter de fuir, se laisse abattre, Strom reconstitue son parcours…
Quand Don Siegel réinvente le polar
Avant de révolutionner le genre du film policier avec l’iconique Dirty Harry en 1971, Don Siegel amorça le mouvement dès 1964 avec The Killers. Un polar sombre et implacable porté par de grands acteurs comme Lee Marvin, John Cassavetes, ou encore un certain Ronald Reagan.
Ecrite en 1926 par Ernest Hemingway, la courte nouvelle (une dizaine de pages) The killers est reprise une première fois en 1946 par l’un des maîtres du film noir d’alors, Robert Siodmak, avec le concours d’acteurs comme Burt Lancaster et Ava Gardner. Ainsi que par un autre grand réalisateur, Andrei Tarkovski, en 1956. Pressenti pour réaliser la version de 1946, Siegel reprend ainsi le sujet en 1963 avec un traitement différent, car ici il s’agit plus d’un « remake » du film de Siodmak qu’une adaptation de la nouvelle de Hemingway. Également producteur du film, Siegel apporte sa propre touche à cette œuvre d’abord créée pour la télévision mais finalement sortie au cinéma en raison de la violence montrée à l’écran…. Délaissant le noir & blanc et l’ambiance nocturne de l’original, lorgnant avec le film d’enquête et de casse, le maître à penser de Clint Eastwood tourne ici en diurne. La violence prend ainsi une autre dimension, plus visible, plus marquante, plus caustique aussi avec notamment ce duo de tueurs (Lee Marvin et Clu Gulager) aux lunettes noires, volontiers indolent et insolent comme lors de la scène d’ouverture avec le passage à tabac d’une secrétaire aveugle… Le cinéaste anticipe ici la métamorphose du cinéma hollywoodien avec ce film à la croisée des chemins, les grandes productions de western, film noir, péplum, laissant peu à peu la place au Nouvel Hollywood plus critique et plus réaliste.
Ainsi, ici pas de héros empli d’honneur et d’idéalisme, le seul personnage positif, Johnny North (joué par John Cassavetes) s’avérant être la victime déclenchant l’enquête intéressée (un million de dollars à la clé) et quasi-philosophique (Lee Marvin veut comprendre pourquoi sa victime semblait attendre son exécution) de nos deux tueurs. Les destins de North et d’un Lee Marvin désenchanté et proche de la retraite finiront par se rejoindre : « Un homme qui n’a pas peur de mourir est un homme qui est déjà mort. » Marvin et Cassavetes : même combat ! Malgré la modernité du film pour son époque, différents éléments désuets nous feront sourire comme ces scènes de voitures, dont une hilarante séance de karting, où les écrans défilent derrière les acteurs ou encore l’énorme silencieux du pistolet des tueurs.
Le dernier mandat de Ronald Reagan
Outre notre duo de tueurs et leur victime expiatoire, signalons les performances du reste du casting avec la ravissante Angie Dickinson, alors madame Burt Bacharach, célèbre pour son rôle dans Rio Bravo. A la fois femme fatale et fragile, elle est ici parfaite dans un rôle ambigu parvenant à manipuler aussi bien les spectateurs que les protagonistes de l’histoire…qui n’hésiteront pas à lui balancer quelques claques en retour ! Signalons aussi des excellents seconds couteaux comme Claude Akins, en ami de Johnny North, et de Norman Fell, en gangster.
The killers est également une parfaite opportunité de redécouvrir une personnalité que l’on connaît bien mieux, notamment en France, pour sa carrière politique que pour ses performances d’acteur : Ronald Reagan, le 40ème président des Etats-Unis d’Amérique de 1981 à 1989. Habitué à jouer des rôles positifs voire de narrateur, il interprète ici pour l’unique fois de sa carrière un personnage pour le moins violent et criminel. Une sorte de parrain en col blanc, organisant des casses, engageant des tueurs pour régler ses comptes, frappant sans pitié les femmes… La légende dit que Siegel avait réussi à le convaincre de l’opportunité de jouer un rôle plus sombre que d’habitude, mais Reagan regrettera amèrement d’avoir joué dans ce film alors qu’il se lançait dans la politique peu après, The killers étant son dernier long-métrage.
Cette édition Bluray de BQHL s’avère donc être un excellent moyen de redécouvrir une œuvre de qualité, portée par un casting de haute volée et une musique particulièrement efficace de John Williams, inspiré d’un thème de La soif du mal du grand Henry Mancini.
Image
Joli travail de restauration de l’image tout en conservant un piqué et un grain propre à l’époque de réalisation. Cela contribue à donner une certaine classe à ce film noir, par ailleurs très coloré comme lors des scènes de courses automobiles.
Son
Un master DTS 2.0 de qualité, qui dès l’introduction nous immerge dans le film. La parfaite ritournelle de John Williams, reprise à volonté, est parfaitement rendue, et les dialogues aussi. Comme d’habitude, nous ne pouvons que vous conseiller la version originale, peut-être un peu plus feutrée que la version française, mais bien plus sympathique avec notamment les accents et les débits singuliers d’acteurs comme John Cassavetes et Lee Marvin.
Interactivité
Outre un livret de 20 pages, cette belle édition de compose de deux bonus avec l’intervention de Jean-Baptiste Thoret, qui revient sur la carrière de Don Siegel et sur son influence décisive sur le cinéma américain. Bien que présent à Hollywood depuis les années 1940, il sera l’un des plus dignes représentants du Nouvel Hollywood.
De son côté, Serge Chauvin propose une analyse du film instructive et intéressante. Ainsi qu’un parallèle avec la nouvelle de Hemingway et le film de Siodmak. Parmi de nombreuses anecdotes, on apprend entre autres que le titre du film devait être à la base Johnny North, ou que l’assassinat de JFK eut lieu pendant le tournage…
Liste des bonus
Don Siegel, le dernier des géants – Jean-Baptiste Thoret (18’) ; Compte à rebours : à bout portant ou la dernière vie des tueurs – Serge Chauvin (16’).