3 FILMS DE TANG CHIA : SHAOLIN PRINCE + SHAOLIN INTRUDERS + OPIUM AND THE KUNG-FU MASTER

少林传人, 三闯少林 , 洪拳大師 – Hong-Kong – 1982, 1983, 1984
Support : Bluray
Genre : Action, Arts Martiaux
Réalisateur : Tang Chia
Acteurs : Ti Leung, Derek Yee Tung Sing, Jason Piao Pai, Ku Feng, Ai Fei, Ku Kuan-Chung, Lau Yuk Pok, Cheng Wai Ho, Chen Kuan Tai, Tong Gaai, Robert Mak Tal Law…
Musique : Shing Gam Wing, So Jan Hau,
Image : 2.35 16/9
Son : Cantonais et mandarin DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 89, 95 et 90 minutes
Éditeur : Spectrum Films
Date de sortie : 03 novembre 2023
LE PITCH
Shaolin Prince (1982) : Le 9ème Seigneur usurpe le trône de l’Empereur, qu’il assassine. Les deux enfants héritiers sont alors cachés. Le plus jeune devient un brillant épéiste tandis que le plus âgé est instruit par trois moines shaolin un peu fous.
Shaolin Intruders (1983) : Des chefs de clans sont assassinés un à un. Les soupçons se portent bien vite sur la fille d’une sorcière. Associée à deux amis, l’enquête va les conduire à quatre mystérieux assassins…
Opium and the Kung-fu Master (1984) : Maître Tie, un des dix Tigres de Kwantung, occupe une place importante au sein de la ville mais il va se laisser petit à petit gagner par l’opium. Dès lors, ses ennemis vont pouvoir étendre leur pouvoir sur la cité… Un maître aveugle le prend alors en main pour le guérir de son vice.
Le Maitre des armes
Véritable légende de l’âge d’or du cinéma HK et de la grande époque du mythique studio Shaw Brothers, Tang Chia, ou Tong Gai selon les orthographes, est l’un des très grands noms de la chorégraphie d’arts martiaux. Il fut aussi le réalisateur de trois long métrages tournés coups sur coups au milieu des années 80, réunis ici dans un seul coffret par Septrum Films. Et on les remercie.
Pour les aficionados du cinéma asiatique, Tang Chia est une référence absolue, une assurance de scènes de combats vives, relevées, élégantes et terriblement efficaces. Une carrière qui a débuté du coté de l’opéra cantonais (et il en gardera une grande légèreté des mouvements) avant de faire ses premières armes de cascadeur sur la grande série des Wong Fei-Hong jusqu’à une rencontre fondatrice avec le collègue et ami Liu Chia-Liang, lui véritable maitre des arts martiaux et donc attaché à la précision des techniques, avec qui il va former un duo pointu et équilibré. Ils seront ainsi très vite des piliers de la Shaw Brothers et, entre autres, les chorégraphes privilégiés du grands Chang Che sur des classiques comme One-Armed Swordsman, The Heroic Ones ou The Boxer From Shantung. Mais peu à peu les attentes du public changent et l’honorable maison connait de nombreux bouleversement cherchant de nouveau réalisateurs pour redynamiser la production. Et comme Liu Chia-Liang s’est affirmé comme un réalisateur de haute qualité depuis une petite dizaine d’années avec des réussites comme Le Combat des maitres, ou la 36eme chambre de Shaolin, on se tourne alors assez logiquement vers Tang Chia en ce début des années 80, alors que la firme connait un authentique déclin qui l’amènera à fermer sa structure historique en 1986.
Au cœur du chaos
Pas forcément le meilleur contexte pour faire ses premiers pas, surtout qu’il doit composer pour son premier essai avec un scénario patchwork signé (déjà) par l’inénarrable Wong Jing. Une nouvelle histoire de frère royaux séparés à la naissance (mais qui bien entendu deviendront frère d’armes) auxquels le futur producteur au nez creux ajoute quelques éléments de films de cours, un passage entier avec exorcisme d’une vampire féminine échappée de l’au-delà et de nombreuses scènes de comédies lourdingues et peu concluantes. Shaolin Prince est ainsi clairement une production conçue pour coller aux modes du moments et moderniser, un peu, l’image du studio même s’il reste inévitablement attaché à sa période historique, ses costumes chamarrés et ses décors immédiatement reconnaissables. Une production lambda, mais que Tang Chia, aidé par le charisme constant de Ti Lung en tête d’affiche, réussit à raffermir par une mise en scène très solide et surtout par des séquences de combats admirablement composées, utilisant les câbles et envolées improbables sans jamais en abuser, mais surtout en y distillant une fantaisie bienvenue. On reconnait immédiatement l’amour du chorégraphe pour les armes exotiques (les doigts de fer de Jason Pai Piao, une épée rutilante avec des pics sur la lame…) et les concepts beaucoup plus délirants comme les moines shaolin qui s’assemblent pour former une sorte de tank / scorpion humain ou le grand final contre un méchant dont le siège à porteur ne cesse de se transformer aux cours du combat. Divertissant certainement.
Dans le secret des plus grands
Tourné dès l’année suivante et avec une grande partie de la même bande (tous les seconds rôles sont d’ailleurs les mêmes… et quasiment dans les mêmes rôles), Shaolin Intruders se montre certainement beaucoup plus ambitieux et bien plus malin dans sa manière de moderniser l’école Shaw. Le scénario par lui-même renoue d’ailleurs avec les grands feuilletons « policiers » du studio mêlant crimes insolubles, manipulations de l’ombre, complots de clans et double jeu en pagaille le tout essentiellement dans les arrière-cours du célébrissime temple Shaolin. Plutôt avisée, l’histoire ne ménage pas ses effets de surprise et distille une trame franchement cruelle mais où le manichéisme habituel se fait beaucoup plus trouble. Le jeune premier Derek Yee, fier et courageux bien entendu, est d’ailleurs accompagné d’un camarade aussi espiègle et irrévérencieux que Jacky Chan, interprété avec malice par Jason Piao Pai. Les questions d’honneur ne sont plus ici forcément là où on les attendait. Un film solide et une enquête prenante, sublimé là encore par de nombreuses et spectaculaires scènes d’arts martiaux, plus violentes que pour Shaolin Prince d’ailleurs, mais tout aussi ludiques et inventives. Les épreuves concoctées par les membres du temple shaolin (dont un mur humain), un duel à trois sur une tour faite de bancs instables, la multiplicité des armes déployés, l’élégance constante des mouvements et des compositions en font une des grandes réussites de la Shaw Brothers.
Un dernier shoot pour la route
On sent certainement le réalisateur bien moins à l’aise sur le suivant et dernier Opium and the Kung-Fu Master tourné l’année suivante. Exit le décorum inspirant du wu-xia, Tang Chia doit ici se plier au monde beaucoup plus terre-à-terre, et dans une certaine limite réaliste, du kung-fu. En dehors que quelques prouesses finales bien plus extraordinaires ou les combattants s’arment de lances et de bâtons, tout se joue aux poings avec des échanges plus rigoureux et secs. Le travail est effectivement bien fait et tout à fait solide, mais il manque souvent ce petit grain d’inventivité qui fait la force attendue des chorégraphies de Tang Chia. Un peu en sous-régime donc (mais toujours au-dessus du tout venant du studio), le film affichait pourtant un potentiel énorme avec son portrait du célèbre maitre des arts-martiaux, membre des dix tigres du Guangdong, Tieh Chiao-San, ici incarné par un Ti Leung on ne peut plus convaincu, aussi connu pour son invincibilité légendaire que pour son addiction à l’opium. Un penchant au centre du récit puisqu’il y est opposé justement à un gang criminel qui assoit son pouvoir sur la ville grâce à son opiumerie et l’indolence qu’elle provoque au sein de la population… et du héros. On se passionne moins pour la romance de l’un de ses élèves (joué par Robert Mak) pour la sœur de l’un des trafiquants, mais la passivité affichée du protagoniste puis son chemin de croix pour reconquérir ses capacités et rétablir la justice rappellent quelques bons souvenirs d’un cinéma de kungfu traditionnel.
Si Shaolin Intruders reste la grande réussite de Tang Chia, ses deux autres réalisations, moins équilibrées et plus éloignées sans doute de sa propre vision du cinéma d’arts martiaux, n’en restent pas moins des spectacles tout à fait satisfaisants. Trois films seulement mais terriblement prometteurs qui vont malheureusement se heurter à la fin d’une époque avec un désistement total du public pour les films en costumes et les productions estampillées Shaw Brothers. Après l’échec commercial d’Opium and the Kung-Fu Master, le maitre chorégraphe ralentira d’ailleurs drastiquement ses apparitions, faisant un peu l’acteur pour les copains ou filant un coup de main en passant sur le très beau Green Snake de Tsui Hark, mais c’est tout. Quel dommage.
Image
Comme pour tous les Bluray de la Shaw Brothers, les masters HD semblent toujours être directement hérités de la grande opération de restaurations qu’avait effectué Celestial Pictures au moment de la ressortie du catalogue en DVD. Le travail fourni avait alors été assez faramineux avec comme ici des cadres admirablement stabilisés et fermement nettoyés et une richesse colorimétrique retrouvée. C’est vif, lumineux, assez pimpant, mais l’âge des sources se perçoit tout de même dans une définition certes honorable et la plupart du temps assez satisfaisante, mais qui peut montrer ses limites dans les plans plus larges ou les séquences plus sombres.
Son
Les films sont proposés au choix en mandarin ou en cantonnais, reflétant la mouvance du studio qui s’efforçait de séduire le double public. Dans les deux cas, les pistes DTS HD Master Audio 2.0 mono sont assez solides, toujours claires et frontalement concentrées, sans défauts notables.
Interactivité
Nouveau programme Shaw Brothers pour Spectrum Films qui réunit donc cette fois-ci les trois réalisations de Tang Chia. Dans le boitier cartonné on retrouve un classique boitier scanavo triple disques. Les nombreux suppléments de l’édition sont d’ailleurs répartis sur les trois galettes Bluray avec naturellement les indispensables introductions d’Arnaud Lanuque qui revient sur la carrière mémorable de Tang Chia, ses collaborations avec Liu-Chia Liang et ses performances, entre autres pour Chang Che, avant de venir éclairer les arguments, les qualités et les petits défauts de chaque film. Le propos est toujours aussi éclairant et intéressant.
Bonne surprise, on trouve dès le disque de Shaolin Prince une passionnante rencontre avec Tang Chia en personne qui évoque tour à tour ses débuts comme figurant puis cascadeur, sa lente ascension dans le métier jusqu’à son passage derrière la caméra, le tout agrémenté d’extraits de films et de programmes parfois rarissimes. Intitulé « 1er partie », ce document laisse espérer un prochain coffret du même acabit à venir.
Le reste est composé d’une bonne poignée d’interviews de collaborateurs du réalisateur / chorégraphe et d’habitués de la Shaw Brothers qui reviennent à chaque fois sur leurs premières années dans le métier, leurs souvenirs de l’école Shaw et des dernières années du grands studio et bien entendu quelques anecdotes autour des films présentés ici. Il y a donc l’acteur / cascadeur Jackie Yeung (par deux fois), le jeune héros de Shaolin Prince et Shaolin Intruders devenu depuis un solide réalisateur Derek Yee (People’s Hero, The Shinjuku Incident…), l’excellent Jason Papi Piao tour à tour méchant et sidekick et l’acteur Robert Mak habituellement membre de l’équipe de Liu-Chia Liang et qui lui faisait ici une petite infidélité. Un programme solide en somme.
Liste des bonus
Shaolin Prince : Présentation du film par Arnaud Lanuque, Interviews de Jackie Yeung, Interview de Jason Pai Piao, « Le Maître des Arts Martiaux » : entretien avec Tang Chia par Frédéric Ambroisine (1ère partie), Bande-annonce.
Shaolin Intruders : Présentation du film par Arnaud Lanuque, Interview de Jacky Yeung, « Les Années Shaw » : entretien avec Derek Yee par Frédéric Ambroisine (1ère partie), Bande-annonce.
Opium and the Kung-fu Master : Présentation du film par Arnaud Lanuque, Interview de Robert Mak, Bande-annonce.