2000 MANIACS !

Two-Thousand Maniacs ! – Etats-Unis – 1964
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Herschell Gordon Lewis
Acteurs : Connie Mason, William Kerwin, Jeffrey Allen, Shelby Livingston, Ben Moore, Gary Bakeman, …
Musique : Larry Wellington
Durée : 87 minutes
Image : 1.77 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 2 juillet 2025
LE PITCH
Déviés de leur route, trois jeunes couples débarquent en plein milieu du centenaire de la petite bourgade sudiste de Pleasant Valley. Qualifiés par leurs hôtes « d’invités d’honneur », ils ne devinent pas encore le sort funeste qui leur est réservé…
Jour de fête
Tourné quasiment dans la foulée du succès de Blood Feast, 2000 Maniacs ! témoigne des ambitions artistiques insoupçonnées d’Herschell Gordon Lewis et de son goût pour la farce macabre. Entre film d’exploitation tendance redneck, satire de la rivalité éternelle du Nord et du Sud et pastiche sanglant des comédies romantiques et musicales hollywoodienne, ce remake sous le manteau du Brigadoon de Vicente Minelli est indiscutablement le film le plus réussi de son auteur.
Scénariste, réalisateur, compositeur, chanteur, Herschell Gordon Lewis ne s’amuse pas à jouer les hommes orchestres sur le plateau de 2000 Maniacs ! dans le simple but d’économiser sur la facture et de maximiser ses profits. Pas cette fois-ci. Véritablement amoureux de cette histoire de ville fantôme et martyre de la Guerre de Sécession et dont les habitants ne cachent pas leur soif de vengeance en étripant quelques pauvres yankees de passage, le complice du producteur David F. Friedman entend prouver à ceux qui ne le prennent pas au sérieux qu’il n’est pas un simple faiseur et qu’il en a sous le capot.
Bien que toujours plombé par un sens du rythme et de la direction d’acteurs tout de même vachement aléatoires, Lewis parvient in extremis à soustraire son « bébé » aux canons pas toujours bien reluisants de la série Z et du film d’exploitation pour nous pondre une série B plus qu’honorable, drôle et sanglante juste ce qu’il faut et doublée d’un ricanement féroce sur la folie meurtrière et insatiable qui irrigue l’histoire des États-Unis. Tandis que les gens « civilisés » souffrent d’une amnésie collective quant à leurs crimes, les gars de la campagne (même ceux ayant cassé leur pipe un siècle plus tôt) semblent tout à fait incapables d’échapper au cycle de la violence. Un constat sinistre mais posé dans une ambiance aussi festive que malsaine pour un film dont on peut ressentir l’influence jusque dans le Delivrance de John Boorman ou le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper.
Libérés !!! Démembrés !!!!
La grande force de 2000 Maniacs !, plus de soixante ans après sa sortie, demeure son aptitude à naviguer avec insolence entre le rire et l’horreur, entre le trivial et le subtil. Herschell Gordon Lewis place les bourreaux un peu bas de plafond de Pleasant Valley et les citadins coincés du fion qui leur serviront d’agneaux sacrificiels sur le même plan, celui de la bigoterie. Quand les assassins choisissent leurs victimes en fonction de leur plaque d’immatriculation, les victimes agissent avant tout par égoïsme et instinct de supériorité, suspectant ces hôtes exubérants d’êtres des dégénérés avant même de comprendre leurs intentions. Bien avant le Tea Party, Trump, MAGA et compagnie, Lewis acte la réalité d’une Amérique scindée en deux camps irréconciliables.
Qu’il ait fait le choix d’illustrer le tout avec des rires gras, des demoiselles peu farouches, des chansons, des banjos et des couleurs bien vives, tout en se basant sur une comédie musicale célébrant la rencontre féerique et éphémère du passé et du présent (Brigadoon, donc) peut autant faire sourire que grincer des dents et là est tout l’objectif de 2000 Maniacs !, coincer le spectateur dans un entre-deux inconfortable. Un bel exploit que ne parviendra pas vraiment à reproduire le sympathique remake de 2005 produit (entres autres) par Eli Roth. Malgré sa facture technique impeccable, 2001 Maniacs ! est loin d’avoir le mordant et la poésie morbide et bricolée de son aîné.
Image
ESC dégaine une copie satisfaisante, globalement très propre et colorée avec une définition de choix. Ce qui n’empêche pas la présence de plans flous, de rayures, de tâches, de grain et de brefs passages ternes ou surexposés. Effet « grindhouse » assuré même si on était en droit d’espérer une restauration plus cohérente et soignée de bout en bout. Impossible d’en vouloir à l’éditeur qui renvoie le DVD de 2007 aux oubliettes mais toute petite déception quand même.
Son
Toujours ce même problème de version française caverneuse, faiblarde, étouffée, comme issue d’une mauvaise copie de copie passée au réducteur de souffle. Du souffle, il en reste d’ailleurs un petit peu dans la version originale, relevée par une belle dynamique musicale et des cris de starlettes qui ne saturent pas. Les voisins et les amateurs apprécieront.
Interactivité
Tout comme Blood Feast, 2000 Maniacs ! profite d’un traitement de choix avec un zoli digipack, une affiche et un livret de Mr Toullec. Et tout comme Blood Feast, l’interactivité est construite autour des mêmes suppléments. Toujours aussi volubiles et généreux en anecdotes et mots d’esprits, Willis et Friedman assurent le service après-vente du film dans un commentaire audio généreux. Yal Sadat et Philippe Rouyer s’emploient à relever pour le commun des mortels (et des cinéphiles) les subtilités inespérées d’un tout petit film qui en a inspiré tant d’autres. La deuxième partie du documentaire « The Gore Gore Guys » redonnent la parole à Herschell Gordon Lewis et n’évite pas les redites avec le commentaire audio évoqué plus haut. Et le programme se referme sur des chutes de montage un peu abusivement présentées comme des scènes coupées ainsi que sur une bande annonce d’époque truculente.
Liste des bonus
Commentaire audio de Herschell Gordon Lewis et David Friedman (VOST), Conversation autour du film avec Philippe Rouyer, Positif, et Yal Sadat, Les Cahiers du cinéma (29’), « Le Roi des rois du gore – Partie 2 » : Entretien avec Herschell Gordon Lewis (10’), Scènes coupées (16’), Bandes-annonces d’époque.





