ZACH SNYDER’S JUSTICE LEAGUE

Etats-Unis – 2021
Genre : Fantastique, Super-héros
Réalisateur : Zack Snyder
Acteurs : Henry Cavill, Gal Gadot, Ben Affleck, Ezra Miller, Ray Fisher, Amy Adams, Amber Heard, Connie Nielsen, Joe Morton, …
Musique : Junkie XL
Durée : 242 minutes
Distributeur : HBO MAX
Date de sortie : 18 mars 2021
LE PITCH
La mort de Superman ouvre la voie à la conquête de la Terre pour les troupes de Darkseid, seigneur d’Apokolips. Conscient du danger, Batman tente de mettre sur place une équipe de super-héros…
Hallelujah
Annoncée par une campagne de communication intensive et inédite dans l’histoire des director’s cut, cette nouvelle version de la Justice League, plus conforme aux intentions initiales de Zack Snyder, s’acquitte sans peine de ses trois objectifs avoués : booster le lancement à la traîne de la chaîne de streaming HBO Max, faire oublier le montage hybride et largement moqué de 2017 et permettre à un cinéaste meurtri de faire son deuil.
Les pressions d’un studio durement touché par les critiques des fans vis-à-vis d’un Batman V Superman jugé bien trop sombre, le suicide d’Autumn Snyder (fille adoptive de Zack) en pleine post-production, l’abandon d’un réalisateur inconsolable et aux portes du burn-out, la reprise en main du projet par un Joss Whedon entre amertume et je-m’en-foutisme, des reshoots bâclés, une date de sortie impossible à tenir, la moustache d’Henry Cavill, la rancune de Ray Fisher et le désengagement visible de Ben Aflleck. Les raisons du fiasco derrière Justice League sont nombreuses et connues. Quatre ans plus tard, entre flops et succès inespérés, la Warner ne sait visiblement toujours pas quoi faire de son DCEU (D.C. Expanded Universe) mais on peut tout de même la remercier d’avoir laissé une seconde chance de Zack Snyder, quand bien même cette décision serait la conséquence d’une campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux et d’un opportunisme commercial très hasardeux.
Cette seconde chance, Snyder la saisit sans se faire prier. Pendant un temps, le réalisateur de 300 a bien tenté de nous faire croire qu’il souhaitait avant tout aller de l’avant, se concentrer sur Army of the Dead (produit par Netflix) et ne plus penser à la Justice League, à la Warner et à DC. Pendant un temps, seulement. Très vite, Snyder s’est amusé à diffuser des échantillons de son montage sur le réseau social Vero. Trois fois rien. Mais ces amuse-gueules ont fini par faire boule de neige pour donner naissance au célèbre hastag #releasethesnydercut. Et le studio d’allonger la caillasse (on parle quand même de 70 millions de dollars) pour que le fils prodigue de jadis puisse enfin terminer le travail et repartir sur des bases saines. Car ne vous y trompez pas, le film qui nous arrive aujourd’hui n’a sûrement rien à voir avec celui que Zack Snyder nous réservait en 2017. Les enjeux commerciaux ne sont pas les mêmes. Zack Snyder n’est plus le même. Ce Justice League nouvelle cuvée ne porte plus en lui les espoirs d’une franchise fragile et naissante. Sa durée colossale de 4h et des poussières, sa violence parfois surprenante, son découpage en plusieurs chapitres et l’emploi d’un format d’image en 1.33 témoignent de la liberté totale d’un cinéaste cherchant à se libérer d’un poids immense et à réaffirmer sa vision. C’est aussi et surtout l’hommage d’un père à la mémoire de sa fille décédée.
Au nom du père
Man of Steel et Batman V Superman étaient déjà des œuvres hantés par le besoin de filiation, le premier explorant la thématique du père et le second celui de la mère (« Martha !!! »). Zack Snyder’s Justice of League approfondit encore davantage le sujet, chaque scène inédite étant l’occasion de souligner les liens familiaux pour le moins tendus et traumatiques de chaque personnage. Quoique gentiment ironique, la relation père (adoptif)-fils entre Alfred et Batman/Bruce Wayne est renouvelée par l’ajout de nouveaux échanges. Revenu à la vie, Superman prend son envol en se remémorant les paroles de Jor-El et de Pa’ Kent. Wonder Woman/Diana Prince reprend le flambeau de sa mère, la reine Hyppolite de Themyscira et son attitude protectrice envers les écolières qu’elle sauve de terroristes anarchistes n’est rien moins que maternelle. Le refus d’Aquaman/Arthur Curry à se joindre à la Ligue fait écho à son refus de réintégrer la famille de sa mère et à assumer son héritage royal. Barry Allen ne devient réellement The Flash qu’en intégrant et en faisant sienne l’invitation de son père incarcéré à concilier le passé et le futur. Plus évident encore est l’arc narratif de Victor Stone/Cyborg, désormais le pilier de ce film choral. Très secondaire et purement accessoire dans le montage de Joss Whedon, le jeune héros a droit à une histoire bien à lui, de l’absence de son père à la mort de sa mère, de sa résurrection à sa douleur et sa solitude, de ses doutes profonds au sacrifice du père et jusqu’à la compréhension de sa place dans un monde en perte de repères et d’idéal collectif.
Tout le sens et l’intérêt de ce Zack Snyder’s Justice League se niche dans ce rapport complexe à la cellule familial, ces demi-dieux sur lesquels repose l’avenir de la planète et de l’univers tout entier ne trouvant leur salut qu’en faisant la paix avec un passé douloureux. Le combat de ces super-héros n’est pas seulement physique et ne se limite pas à leurs exploits contre des menaces extraordinaires, il est aussi intérieur et émotionnel. Comme il l’a déjà fait par le passé, Snyder conjugue l’icône, le titan, le guerrier (et la guerrière), le freak et le vigilante avec sa part d’humanité. Le nombre encore une fois spectaculaire de ralentis met autant en valeur les poses héroïques qu’il nous offre le temps d’une respiration bienvenue lors de scènes d’action au découpage impeccable.
S’il n’était aussi frustrant de par un épilogue laissant entrevoir une trilogie (pour l’instant ?) avortée et de méchants pas forcément mémorables, Zack Snyder’s Justice League mériterait assurément sa place au panthéon des plus grandes adaptations de comics. En l’état, il démontre l’immense erreur de la Warner de ne pas avoir accordé une confiance suffisante à Zack Snyder et nous rappelle l’importance et la valeur inestimable d’une vision d’auteur, aussi singulière soit-elle, de plus en plus rare dans le domaine du blockbuster.