WAKE UP DEAD MAN : UNE HISTOIRE À COUTEAUX TIRÉS

Wake Up Dead Man : A Knives Out Mystery – Etats-Unis – 2025
Genre : Policier
Réalisateur : Rian Johnson
Acteurs : Daniel Craig, Josh O’Connor, Glenn Close, Josh Brolin, Mila Kunis, Jeremy Renner, Kerry Washington, Andrew Scott, Cailee Spaeny, Daryl McCormack, Thomas Haden Chruch, Jeffrey Wright…
Musique : Nathan Johnson
Durée : 144 minutes
Distributeur : Netflix
Date de sortie : 12 décembre 2025
LE PITCH
Le détective Benoit Blanc collabore avec un jeune prêtre pour enquêter sur un crime totalement inexplicable perpétré dans l’église d’une petite ville au sombre passé…
La Grand-Messe
Déjà le troisième volet pour les enquêtes de Benoit Blanc, véritable Hercule Poirot du nouveau millénaire, après les réussites de A couteaux tirés et Glass Onion, et certainement pas une once de baisse de régime à l’horizon. Toujours épaulé par un casting de haute volée, Rian Johnson (Looper, Les Derniers Jedi…) délivre un nouveau whoodunit jubilatoire et continue son exploration des nouveaux travers américains.
Forcément encore et toujours nourri par les écritures d’Agatha Christie (mais pas que) et les codes rigoureux d’un genre, le Murder Mystery surexploité depuis des lustres, Rian Johnson a rapidement montré que pour lui le récit policier ne reposait pas uniquement sur cette notion unique de mystère. Le fil tendu du film en présence ici est bien comme il se doit la découverte de l’identité d’un meurtrier, voir plutôt la découverte de la culpabilité ou de l’innocence d’un jeune prêtre, mais les nombreuses circonvolutions, les réseaux d’indices, de fausses pistes et de tromperies en tous genres, sont essentiellement un alibi pour amener le spectateur là où le cinéaste en avait envie depuis le départ. Si le premier opus, se montrait effectivement plutôt fidèle au lourd héritage avec sa famille d’allumés prêts à s’étriper pour un simple héritage et quelques infidélités cachées, le second Glass Onion avait déjà démontré une nette propension du réalisateur à s’intéresser nettement plus à la satire et en particulier à une charge quasi-anarchiste contre la caste des méga-riches. Dans la même veine, mais presque en voyant plus large, Wake Up Dead Man étend le propos à l’ensemble de la société américaine, constamment attirée au bord du gouffre par une culture renaissante de la haine et de la paranoïa.
Le théâtre des vérités
Subjugué par le charisme incroyable du prêtre Jefferson Wicks (Josh Brolin incroyablement flippant en Raspoutine de la côte Est), toute la petite communauté se précipite dans le repli, la crainte et l’obéissance aveugle. Le script ne fait volontairement pas toujours dans la délicatesse lorsqu’il frappe sur la politique républicaine et ses leaders actuels, lorsqu’il se moque des complotistes, machistes et traditionalistes divers où lorsqu’il illustre le détournement de la foi vers la radicalisation. Un film anticlérical, mais certainement pas anti-croyant puisqu’il met constamment en avant le contre-point incarné par le Frère Jud (Josh O’Connor toujours aussi excellent après The Crown ou Challengers), accusé par tous mais seul à faire preuve d’un semblant d’empathie là-dedans. A ce titre l’une des plus belles scènes du film montre justement comment son besoin d’entendre et de comprendre l’autre le fait dévier totalement de l’enquête, et donc du nerf du film, lors d’une conversation téléphonique totalement anodine avec une secrétaire au bord du rouleaux. Autour de cet instant là et de l’épiphanie finale où tout, enfin, ne redevient que pardon, bienveillance et tolérance, le petit théâtre de Rian Johnson s’agite avec ardeur, humour, ironie et un sens de la démesure théâtrale particulièrement réjouissant. Et la mise en scène joue plus que jamais sur cette ambiance légèrement gothique entre enfermement et illumination (ce travail révélateur sur les éclairages dans l’église est juste brillant), sur le rythme de la farce et la comédie humaine se laissant entrainer avec bonheur dans les multiples détours de ce meurtre « impossible » façon Le Mystère de la chambre jaune.
Menée par un Daniel Craig décidément particulièrement à son aise dans le rôle du super-détective un brin guindé, la troupe de luxe fonctionne une fois encore à merveille (mention spéciale, forcément, à la grande Glenn Close en grenouille de bénitier) et multiplie les grands moments de mauvaise fois et les coups de théâtres jusqu’aux lisières même du fantastique. Un régal. Rian Johnson se dit prêt à « continuer à en réaliser pour le restant de mes jours ». Pour notre part on est prêt à le suivre pour un bon bout de temps.







