SILENT NIGHT

Etats-Unis – 2023
Genre : Action
Réalisateur : John Woo
Acteurs : Joel Kinnaman, Scott Mescudi, Harold Torres, Catalina Sandino Moreno, Valeria Santaella, …
Musique : Marco Beltrami
Durée : 103 minutes
Distribution : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 29 décembre 2023
LE PITCH
La veille de Noël, un père de famille voit son jeune fils mourir, victime collatérale d’une fusillade entre deux gangs rivaux. Alors qu’il se remet progressivement de la blessure qui l’a rendu muet, il se lance dans un programme d’entraînement intensif afin de venger sa mort. Maniement des armes à feu et des armes blanche, dextérité au combat rapproché et à la conduite automobile, c’est un homme que rien ne semble pouvoir arrêter qui part sur le chemin ombrageux de la vengeance, …
Le Grand Silence
John Woo est de retour aux USA ! Vingt ans après le mésestime Paycheck et en préambule du remake de The Killer qu’il prépare chez Universal (avec Omar Sy dans le rôle jadis tenu par Chow-Yun Fat !?!), le cinéaste hong-kongais nous livre SA version d’un vigilante movie. Western urbain dépourvu du moindre dialogue et d’une noirceur surprenante, Silent Night convoque dans le sang et les larmes les spectres de Sergio Corbucci et de Sam Peckinpah et risque fort de décevoir tous ceux qui s’attendent à un film d’action pétaradant, lyrique et virtuose.
Mais d’abord, une question toute bête. Qu’est-il arrivé à John Woo depuis son départ d’Hollywood en 2004 ? Désabusé par le traitement réservé à Windtalkers et Paycheck et la mise au rebut d’un épisode pilote pour une nouvelle version de Perdus dans l’espace, le réalisateur et son producteur et associé Terence Chang cèdent aux sirènes de la Chine pour concrétiser de nouveaux projets. Fresque historique monumentale de près de 5 heures réalisée en 2008 (on oublie le montage international qui en réduit la durée de moitié, merci bien), Les Trois Royaumes retrouve les faveurs du public et de la critique et se veut la promesse d’une nouvelle carrière pleine de promesses pour le réalisateur de 62 ans. Sa parenthèse hollywoodienne définitivement refermée, Woo prête d’abord main forte au débutant Su Chao-Pin sur le wu xia pan Reign of Assassins puis enchaîne en 2014 avec un nouveau film épique en deux parties, The Crossing, mélodrame à grand spectacle autour du naufrage du Taiping en 1949 et avec un casting glamour qui rassemble Zhang Ziyi et Takeshi Kaneshiro. Échec sans appel au box-office chinois, The Crossing coule (!) la société de production de Woo et Chang, Lion Rock Productions et se retrouve totalement privé d’une large portion de sa distribution à l’étranger. Remake d’un film japonais de 1976 réalisé par Junya Sâto et mené par Ken Takakura, Manhunt tente bien de faire amende honorable et de renouer avec le succès et les figures de style de The Killer mais est un nouveau flop. Celui de trop.
Son aura quelque peu terni par une décennie difficile et ingrate, John Woo accepte donc l’invitation de Basil Iwanyk, patron de Thunder Road Films et producteur heureux de la franchise John Wick, pour mettre en scène Silent Night, série B à petit budget (11 millions) et sans la moindre star en tête d’affiche. Un retour en catimini, déjà traité avec dédain depuis sa sortie par une vaste majorité de la presse ciné et par des spectateurs frustrés de ne pas pouvoir s’empiffrer tranquillement un nouvel ersatz de John Wick, et le cri de rage d’un « jeune » cinéaste de 77 ans qui n’en fait qu’à sa tête et refuse de servir la soupe à un public lobotomisé.
Une balle dans la tête
Finies les envolées de colombes, les chevaliers voltigeant aux cadres coins du cadre, flingues en pogne et dézinguant du bad guy par paquet de cent dans de longues fusillades chorégraphiées au poil de cul et transcendées par les effets de montage de David Wu. S’il conserve les ralentis, Silent Night n’a plus grand chose à voir avec les grands opéras d’antan. Et c’est tant mieux, car là n’est pas le sujet d’un film aux allures de veillée funèbre. Sans l’appui de dialogues qui n’auraient de toute façon servi à rien, John Woo filme avec une vraie tristesse la descente aux enfers d’un père consumé par sa soif de vengeance. Brian Godlock (Joel Kinnaman, très touchant) a pour ainsi dire déjà un pied dans la tombe et s’il survit à la balle dans la gorge qu’il reçoit lors de la scène d’ouverture, il n’est plus qu’un mort en sursis. Sa femme le quitte, son foyer se vide de toute lumière et il est littéralement hanté par les visions de son fils mort sous les balles d’un gang de latinos. Woo refuse de mettre en scène la croisade nihiliste de ce pauvre monsieur tout-le-monde comme une catharsis ou la solution à la violence qui nous entoure déjà. À la moindre occasion, il ramène Brian à sa maladresse, à son aveuglement et à sa mortalité. Tout l’opposé d’un John Wick, donc. Isolé, le héros se transforme en tueur en suivant des tutos sur Youtube et sa première action de vigilante dérape méchamment, se concluant par un mano a mano où il se blesse avant même de pouvoir se lancer dans sa grande opération de nettoyage. Et lorsque le dît climax survient enfin, Brian multiplie les maladresses (il provoque une guerre des gangs dont le contrôle lui échappe, causant la mort de plusieurs policiers) et le renfort que lui apporte un inspecteur/justicier est tué dans l’œuf par les rafales de mitrailleuses d’une misérable junkie. La lettre de Brian à son ex-femme sonne comme une note de suicide et la conclusion ne propose aucune victoire, seulement des morts.
Si l’on excuse une poignée de CGI moches et voyants (Woo et le numérique, ce n’est pas encore ça) et des méchants qui semblent sortir d’un DTV avec Steven Seagal, Silent Night s’affirme comme une leçon de mise en scène où se distinguent des raccords audacieux (cette larme qui se transforme en balle!) et un découpage d’une précision surnaturelle. On pense pêle-mêle au Grand Silence de Corbucci, aux Chiens de Paille de Peckinpah et à Un justicier dans la ville de Michael Winner et on remercie le maestro de Hong Kong de nous avoir offert un vrai beau moment de cinéma … que l’on ne verra malheureusement pas au cinéma. Snif.