PACIFIC RIM

Etats-Unis – 2013
Genre : Science-Fiction
Réalisateur : Guillermo Del Toro
Acteurs : Charlie Hunnam, Idris Elba, Rinko Kikuchi, Ron Perlman, Charlie Day, Max Martini, Clifton Collins Jr.
Musique : Ramin Djawadi
Durée : 130 minutes
Distributeur : Warner Bros. France
Sortie : 17 juillet 2013
LE PITCH
Pour combattre les Kaijūs, des créatures monstrueuses sorties du fond des mers en août 2013, un nouveau genre d’arme a été conçu : des robots géants, appelés les Jaegers, qui sont contrôlés en simultané par deux pilotes dont les esprits sont reliés par un pont neurologique. À la veille de la défaite, les forces qui défendent l’humanité n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers deux héros improbables : un ancien pilote, Raleigh Becket et une recrue, Mako Mori qui n’est jamais allée sur le terrain…
Titan’s Fall
Cinq ans après l’échec commercial d’Hellboy 2 et de nombreux projets infructueux, Guillermo Del Toro quitte sa confortable place de producteur pour reconquérir Hollywood. Une tâche difficile, quasiment perdue d’avance même, si l’on en croit les chiffres désastreux du box-office américain. Et, toute la puissance et le gigantisme de son univers et des monstres qui le peuplent ne seront alors pas de trop pour y arriver. En tout cas, une chose est sure, quel que soit le succès public du film et quel que soit ses menus défauts, Del Toro a réussi avec Pacific Rim un véritable tour de force, celui de nous proposer une expérience cinématographique sans égale, un blockbuster généreux et profond à vous en décoller la mâchoire.
Dès son incroyable prologue, Pacific Rim donne le ton. Dans la bouche de Charlie Hunnan, l’un des héros de ce blockbuster surpuissant, le cinéaste s’adresse au spectateur, l’invite à regarder dans la bonne direction et à se détourner de ces blockbuster science-fictionnels inintéressants et dénués d’ampleur qui s’évertuent à emprunter une voie perdue d’avance à grands coups d’invasions extraterrestres et d’adaptations médiocres. Pacific Rim, lui, nous conduit au fond de l’océan Pacifique, le prologue servant de lien avec notre monde au même titre que la brèche sert de passerelle avec celui des Kaijus. Comme à son habitude, Del Toro met en place son récit au moyen d’un « Il était une fois », ne cherchant jamais à justifier son univers par un sous texte politique nébuleux ou une quelconque quête de réalisme esthétique, mais simplement en appelant à l’imagination du spectateur. Il lui impose sa vision du monde et le plonge dans un univers aussi riche que novateur. On y découvre un avenir fantastique, un monde fantasmatique crée de toute pièce par l’imagination débordante de Guillermo Del Toro et son amour sans limite pour tout un pan de la culture populaire, où des créatures lovecraftiennes côtoient les monstres d’Ishirō Honda et où des mechas géants, inspirés d’Evangelion, traversent des zones urbaines toutes droites sorties de Blade Runner, le tout sublimé par une esthétique onirique particulièrement évocatrice. Plus que ça, le film propulse le spectateur dans un monde violent, vivant ses derniers instants et ce sans pour autant y coller toutes les obsessions purement américaines des blockbusters et autres films catastrophes modernes, où politique et traumatismes post-11 septembre dictent les thématiques et l’esthétique de l’œuvre. Seul compte la découverte de cette société construite sur ls carcasses gigantesques de ces montres, partie intégrante de leur histoire et de leur société (économie basée sur le trafic d’organes de Kaijus).
Monster Squad
Et pourtant, en substance, Pacific Rim ressemble à bon nombre de blockbusters modernes, avec son histoire aussi prévisible qu’artificielle et ses personnages archétypaux. Le talent de Del Toro est ainsi mis à rude épreuve. Toutefois, le film s’en tire avec les honneurs en donnant une ampleur inespérée à ces éléments quelque peu simplistes, en les gonflant d’une poésie à couper le souffle. Si l’histoire, en apparence, semble classique et pour le moins prévisible, c’est d’abord en raison des ambitions « fabuleuses » du cinéaste, de son amour pour les contes, ceux-là même qu’il chérissait déjà dans ses précédents films. Pacific Rim prend ainsi la forme d’un conte chevaleresque (le Jaegger n’est ni plus ni moins qu’une armure et les Kaijus des dragons), relatant les quêtes initiatiques de différents héros, tous déchus ou meurtris, à travers une magistrale aventure qui non seulement sublime toutes les thématiques du cinéaste, mais rend également hommage à la naïveté des grandes fables héroïques classiques. A l’instar d’Avatar de James Cameron, la simplicité et l’efficacité d’une telle intrigue laisse alors la place à un univers d’une ampleur incroyable, avec ses propres codes esthétiques, sa propre histoire, sa propre mythologie. Quant aux personnages, très simplement caractérisés et entretenant des relations pour le moins artificielles, ils sont eux construis autour de séquences d’une telle puissance qu’ils en deviennent fascinants. Le traumatisme du personnage de Charlie Hunnan au début du film, ou encore la relation père/fille, au centre du film, sont en effet structurés par des confrontations avec des Kaijus d’une telle beauté, d’une telle intensité (le flash-back de Mako est une des plus belles séquences de cinéma de ces dix dernières années), que ces personnages quelconques deviennent des figures héroïques de grande ampleur.
The Trip
Dommage alors que le jeu de ce presque intégralement composé de « Rookie » soit parfois si affligeant (notamment Idris Elba qui, à force de charisme, en devient caricatural) et saccagent non seulement toutes les scènes dialoguées mais aussi toute empathie du spectateur pour les personnages. Et, ce n’est malheureusement pas l’horrible score de Ramin Djawadi qui va arranger les choses. Totalement dénué de thème, mais aussi et surtout de véritables morceaux épiques la musique ne parvient jamais à égaler la puissance visuelle du film et atténue presque la force de ses séquences d’action, presque. Dès l’annonce du projet, il était clair que le cœur de Pacific Rim résiderait dans ses titanesque combats opposant Jaeggers et Kaijus, mais rien n’avait préparé le spectateur à une telle maestria, repoussant les limites du spectaculaire offert par les nombreux blockbusters de ces dernières années. Grand enfant, Guillermo Del Toro joue avec toutes ses références, avec son amour pour le genre et y fait même quelques clins d’œil (le double hommage à Jaws et à Godzilla lors de la séquence d’introduction où un Kaiju surgis des eaux devant un bateau de pêche), livrant des séquences aussi jouissives que virtuoses. Une retombée en enfance disent certains, mais pas seulement, car c’est l’objectif de tout bon récit d’aventure qui se respecte de titiller l’enfant en nous, de l’émerveiller. Ici Guillermo Del Toro façonne de purs moments de jouissance à travers de vraies propositions de cinéma, sublimées par le nec plus ultra de la technologie, mais aussi et surtout par une direction artistique absolument incroyable. Du Kaiju requin, au gigantesque oiseau en passant par le Jaegger russe, chaque élément du bestiaire et des décors révèle un design impressionnant, crédible et la générosité à toute épreuve du film, jusqu’à cette fameuse séquence presque onirique à Hong-Kong. Et quel film d’action moderne peut se targuer d’en faire autant ?