L’ŒUF DE L’ANGE

天使のたまご – Japon – 1985
Genre : Fantastique, Animation
Réalisateur : Mamoru Oshii
Acteurs : Mako Hyodo, Jinpachi Nezu…
Musique : Yoshihiro Kanno
Durée : 71 minutes
Distributeur : Eurozoom
Date de sortie : 3 décembre 2025
LE PITCH
Une jeune fille fragile parcourt un monde obscur et dangereux. Sa survie semble dépendre d’un œuf mystérieux qu’elle transporte.
Éclosion
Mesdames et messieurs, réservez vos séances. En cette période cinématographique anémique où les titres sont aussi interchangeables que les équipes techniques, Eurozoom vous propose de rebooster vos mirettes avec le trop rare Œuf de l’ange dans sa version restaurée 4K.
Les chanceux qui ont eu l’occasion de le voir sur grand écran sur la plage de Cannes lors de la dernière session de Cannes Classics vont vous le confirmer. La claque fait encore plus mal sur grand écran ! Le film est devenu mythique avec le temps, 40 ans, c’est un bel âge, mais impossible de le voir dans de bonnes conditions et de manière légale. L’attente, heureusement est enfin révolue.
Film expérimental, onirique, L’œuf de l’ange contient autant d’énigmes que de portes d’entrée. On y suit une jeune fille transportant un mystérieux œuf dans un monde obscur où la lumière est aussi rare que l’humidité présente. Le film se vit, bouscule, entre dans nos mémoires comme un virus organique, le défi est de ne pas l’intellectualiser mais de se le prendre en pleine face. Pour le plaisir de se laisser submerger par les images, la réflexion se fait après la séance. Mamoru Oshii, son réalisateur ne souhaite pas donner de réponse. Rappelez-vous, le cinéaste, véritable pilier du cinéma d’animation a ébloui le média plus d’une fois. Patlabor, Ghost in the shell, Avalon… des titres iconiques flirtant avec les chefs d’œuvres. Et après… mis à part un Sky Crawlers de bonne facture, autant oublier.
L’animation à l’heure de la maturité
Le film est écrit à quatre mains. Outre celle d’Oshii qui se concentre sur l’histoire, on retrouve également à l’écriture Yoshikata Amano. Connu dans le monde vidéoludique pour avoir bossé sur la licence des Final Fantasy, Amano développe, comme pour les jeux, les personnages principaux. L’univers graphique nous plonge dans une ambiance fantasmagorique, un rêve ou plutôt un cauchemar éveillé, où il n’y a pas d’époque définie, où la temporalité semble absente. L’eau y est omniprésente mais la plupart du temps stagnante, en attente d’une nouvelle naissance. Dans ce monde foisonnant de mystères émerge l’histoire de Noé. Comme dans le récit biblique que conte un personnage, on y envoie un oiseau censé ramener un rameau d’olivier prouvant que la terre reprend ses droits. Mais dans L’Oeuf de l’ange, l’oiseau ne revient pas et le monde reste mort. Autant de symbolismes propres au maître d’œuvre Oshii, un cinéaste qui ose, comme ce long plan de deux minutes où les protagonistes immobiles se reposent avant le dernier acte. Une scène assumée prolongeant la langueur du rythme. L’un des élément clé primordial dans la perception des œuvres de Mamoru Oshii est le travail soigné qu’il apporte à la bande son de ses films. Pas encore affilié au génie de Kenji Kawai (qui fera ses plus belles compositions pour Oshii), Yoshihiri Kanno explore différentes pistes sonores qui donneront le relief supplémentaire au film. Indispensable, son travail immerge le spectateur dans une ambiance gothique. Tellement d’éléments primordiaux pour voir et revoir ce chef-d’œuvre. Son héritage se fera ressentir dans la carrière des auteurs et semble inspirer au-delà du cinéma. Le jeu The last Guardian de Fumito Ueda (Shadow of the Colossus) en serait un bel héritage avec son univers délabré et son histoire que le gamer découvre au fil de l’aventure.
L’œuf de l’ange est le Kubrick de l’animation tendance Lynch. Un cinéma adulte cassant la barrière entre dessin animé et film live. Mamoru, arrête de te fourvoyer dans des DTV indignes de toi et reviens à tes amours. Par pitié, tu nous manques !







