KAAMELOTT DEUXIÈME VOLET PARTIE 1

France – 2025
Genre : Aventures
Réalisateur : Alexandre Astier
Acteurs : Alexandre Astier, Anne Girouard, Jean-Christophe Hembert, Lionnel Astier, Joelle Sevilla, Clovis Cornillac, Thomas Cousseau…
Musique : Alexandre Astier
Durée : 139 minutes
Distributeur : SND Films
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Les Dieux sont en colère contre Arthur Pendragon ! Après la destruction de la forteresse de Kaamelott, son refus obstiné de tuer Lancelot précipite le Royaume de Logres à sa perte. Il réunit alors ses Chevaliers, novices téméraires et vétérans désabusés, autour de la Nouvelle Table Ronde et les envoie prouver leur valeur aux quatre coins du Monde, des Marais Orcaniens aux terres glacées du Dragon Opalescent, …
« On en a gros! »
Critiques mitigées et box-office en berne (moins d’un million d’entrées en bout de course), polémique sur l’absence de Frank « Perceval » Pitiot au casting : il faut bien se l’avouer et en dépit d’une promotion menée tambour battant par Alexandre Astier himself, ce deuxième film Kaamelott est une déception d’envergure et qui laisse planer de gros nuages sombres au-dessus d’un troisième volet (en réalité la deuxième moitié du précédent, mais nous y reviendrons) dont la sortie est déjà calée pour novembre 2026. Un peu dommage dans la mesure où ce nouvel effort ne méritait assurément pas un tel sort.
Une fois n’est pas coutume, intéressons-nous d’abord à ce qui plombe un peu le bilan pas si honteux de ce deuxième volet et demi. Il n’est évidemment pas nouveau de voir un cinéaste couper une histoire en deux et la répartir équitablement pour éviter de se retrouver avec un film de cinq heures ou davantage. Le problème, c’est que, contrairement à Harry Potter et Les Reliques de la Mort 1ère Partie ou Kill Bill, vol.1 qui s’achevaient chacun sur un cliffhanger passionnant, Astier est malheureusement infoutu de trouver une conclusion de mi-parcours à peu près satisfaisante à son aventure et se contente de nous laisser choir comme une paire de vieilles chaussettes moisies en plein milieu d’une scène aux enjeux mal posés. Ce qui nous amène donc au défaut principal de Kaamelott – Deuxième Volet (Partie 1) : son montage. On sait le sieur Astier attaché à son étiquette d’homme-orchestre mais le montage est manifestement son talon d’Achille. Le premier film souffrait déjà d’un non-rythme et d’un entrelacement de scènes qui aboutissait à une narration en stop & go, en contradiction avec une histoire pourtant limpide et assez bien découpée sur le papier. Le constat est ici le même, avec un dernier tiers qui frise le n’importe quoi dans sa gestion de la temporalité. Le besoin de contrôle d’Astier est louable (« si vous n’aimez pas le film, ce sera entièrement de ma faute (…) » aura-t-il ainsi souvent répété en interview) mais la musicalité de son univers bute violemment sur sa méconnaissance de la discipline du montage.
L’abondance de nouveaux personnages n’est pas forcément non plus une bonne idée. Exception faîte de Goffanan (un Thomas VDB, égale à lui-même en looser maltraité), du magicien Conle le Fameux (un Daniel Mesguich savoureux mais sous-employé) et du jeune chevalier rancunier Trevor (James Astier, le seul des enfants du cinéaste qui sache VRAIMENT jouer), le reste ne parvient jamais à se hisser au niveau des vétérans de la série
À l’Aventure, Compagnon !
Malgré des défauts qu’il est difficile de cacher sous le tapis avec le reste de la poussière et des repas de midi, Kaamelott – Deuxième Volet (Partie 1) livre un spectacle largement réjouissant. Sans se présenter comme un prodige de la mise en scène pour le grand écran, il est assez plaisant de voir qu’Alexandre Astier commence à muscler son jeu et à donner de l’ampleur à son univers. Les promesses de cinéma épique que laissent échapper un très beau score symphonique commencent enfin à pointer le bout de leur nez, bien aidées en cela par une photo et une direction artistique soignée. On soulignera aussi quelques beaux effets spéciaux et notamment l’apparition du démon Ssabernock dont le design fera verser quelques larmichettes de plaisir aux rôlistes les plus assidus.
Célébré (à juste titre) pour ses talents de dialoguistes et pour son humour féroce, Astier retrouve la forme des grands jours et enchaîne les joutes verbales désopilantes et pittoresques avec un appétit jouissif, en particulier lors de l’excursion en Orcanie avec le trio Clovis Cornillac / Guillaume Gallienne / Redouane Bougheraba où la perfidie et l’hypocrisie de chacun confinent au virtuose. Quand bien même notre bon roi se prendrait un peu les pieds dans le tapis avec une bonne portion de ses nouveaux aventuriers, il n’oublie pas de faire honneur aux anciens. À une exception près … et même si. Redoutée, l’absence de cette andouille de Perceval est très adroitement gérée par le biais de missives foutraques et hilarantes et qui permettent au personnage d’exister sans jamais être à l’écran. Certes, la magouille ne pourra pas tenir un film de plus (surtout lorsque l’on connaît l’importance et le destin de Perceval dans la mythologie du Roi Arthur) mais Astier s’est offert un répit qu’il pourra mettre – on l’espère – à profit pour la suite.
Avec une démarche parfaitement similaire à celle d’un George Lucas avec la prélogie Star Wars (et on s’en secoue les noix de garder nos proportions !), Alexandre Astier fait évoluer sa création à sa guise et ne se laisse nullement guider par les ronchonneries et les espoirs des fans. Par ce qu’il exploite et travaille la matière sans se soucier de l’avis de quiconque, Astier n’a pas à rougir du résultat. Il y a de la cohérence, de la passion dans l’artisanat et une saine envie de surprendre, quitte à décevoir. Et c’est assez rare pour qu’on le souligne.







