CROSS THE LINE

No Mataras – Espagne – 2020
Genre :Thriller
Réalisateur : David Victori
Acteurs : Mario Casas, Milena Smit, Elisabeth Larena…
Musique : Adrian Foulke, Frederico Jusid
Durée : 96 minutes
Editeur : Wild Side
Date de sortie : 18 février 2021
LE PITCH
Dani est un jeune homme bon mais taciturne, qui a consacré ces dernières années à prendre soin de son père malade. Après la mort de celui-ci, il décide de reprendre le cours de sa vie et achète un billet pour faire un tour du monde. Juste avant partir, il rencontre par hasard Mila, une jeune femme terriblement attirante mais visiblement instable. Ce qui commence comme une nuit d’aventure inattendue se transforme vite en cauchemar éveillé, poussant Dani à des extrêmes qu’il n’aurait jamais pu imaginer…
After After Hours
Second film de David Victori, après El Pacto en 2018, Cross The Lines (No Mataras en VO) s’éloigne de l’horreur fantastique du précédent pour s’aventurer dans le genre du thriller nocturne avec une relecture du After Hours de Scorsese, sous influence de Gaspard Noé.
Le thriller nocturne ou d’errance nocturne (puisqu’il n’y a pas vraiment de terme approprié à ce genre) peut être vu comme un sous-genre du film noir puisqu’il partage avec lui de nombreux points communs. Un personnage principal, souvent perdu dans sa vie, qui va faire une rencontre (homme ou femme) qui va l’emmener dans un voyage au bout de la nuit où il finira surtout par se trouver lui-même. A cela s’ajoute l’aspect nocturne, qui place l’action dans une unité de temps unique (une nuit) et une ambiance qui flirte souvent avec l’onirique. Le spectre est large et peut passer du polar (Collateral), au film catastrophe (Miracle Miles) ou au récit empreint de mythologique (The Warriors).
Cross The Lines suit le parcours de Dani, jeune homme réservé qui vient d’enterrer son père après des années passées à s’occuper de lui et incapable de prendre sa vie en main. Sa rencontre avec Mila, une jeune femme en tout point opposée à lui (mais tout aussi perdue), et la nuit mouvementée qui va s’en suivre va le changer irrémédiablement.
Les Démons de Minuit
Caméra épaule, longue focale, couleurs ternes et plan séquence, le film commence comme un drame intimiste où la mise en scène colle au corps (et à l’esprit) de Dani qui s’isole de plus en plus du monde extérieur, jusqu’à sa rencontre avec Mila, et son monde nocturne, qui va paradoxalement ramener de la couleur et de la vie dans le cadre et subvertir l’esprit (et donc la mise scène) du jeune homme. Le film arrive ainsi à détourner ce qui pourrait facilement devenir une faiblesse, une focale qui ne change pas de tout le film, et qui, si elle est logique dans le principe de représenter la mentalité du personnage principal, risque aussi d’aplatir le visuel et finir par vite faire ressentir un effet de lassitude. David Victori arrive pourtant à créer plusieurs fois des ruptures dans cette monotonie grâce à un très bon travail sur les lieux et leurs lumières qui vont accompagner le voyage de Dani. Du salon de tatouage de Mila, très coloré, à son appartement bleu et rouge, en passant par les rues orangées ou des tunnels verdâtres, les différents environnements gardent l’attention du spectateur intact et tout en traduisant l’état mental des personnages.
État mental qui sera mise à rude épreuve lors du changement de genre brutal du récit. De la première moitié qui semble se diriger vers une histoire d’amour entre deux personnages que tout oppose, le film bascule (pile à sa moitié) dans le cauchemar éveillé et dans un engrenage infernal qui va pousser Dani dans ses derniers retranchements et l’obliger à abattre les barrières qu’il s’était dressé pour se protéger. C’est ainsi que les longs plans-séquence qui accompagnaient Dani dans ses marches silencieuses deviennent, dans la seconde moitié, des courses effrénées contre la montre et que le plan final fonctionne en opposé à l’ouverture. Un dernier plan qui aurait pu tomber dans le ridicule mais qui dure assez longtemps pour permettre aux spectateurs de rester sur une sensation plutôt qu’une interrogation.
Très bonne surprise donc, que ce Cross The Lines, qui se place comme une série B efficace avec tout ce qu’il faut de scènes chocs, une écriture solide et un duo d’acteurs très solides, Mario Casas (habitué à s’en prendre plein la tête chez Alex De La Iglesias) très attachant en pauvre victime des évènements et Milena Smit, dont c’est le premier rôle dans un long métrage, arrive parfaitement à mélanger étrangeté, charme, force et faiblesse, ce qui donne une Mila qu’on pourrait facilement suivre au bout de la nuit, à nos risques et périls.