ÇA : BIENVENUE À DERRY SAISON 1

IT : Welcome to Derry – Etats-Unis – 2025
Genre : Horreur, Série TV
Réalisateurs : Andy Muschietti, Andrew Bernstein, Emmanuel Osei-Kuffour, Jamie Travis
Acteurs : Jovan Adepo, Bill Skarsgård, Taylour Paige, Stephen Rider, Matilda Lawler, Amanda Christine, Clara Stack, Blake Cameron James, Arian S. Cartaya, Chris Chalk, James Remar, Madeleine Stowe, Peter Outerbridge, Kimberly Guerrero…
Musique : Benjamin Wallfisch
Durée : 8×60 minutes (environ)
Distributeur : HBO Max
Date de sortie : 15 décembre 2025
LE PITCH
Des événements étranges se déroulent dans la ville de Derry dans les années 1960 liés à Pennywise le clown, un personnage mystérieux qui hante Derry.
Une petite ville si charmante
Prolongement inattendu du diptyque Ça d’Andy Muschietti datant de 2017/2019, Bienvenue à Derry plonge durant huit épisodes dans les racines du mal… Mais aussi dans celles de l’univers de Stephen King. Un programme qui pousse tous les curseurs au max et qui, forcément, n’a pas finit de faire du bruit.
Belle surprise que celle de la seconde adaptation du roman phare de Stephen King (sans doute le meilleur même) qui réussissait à ne pas souffrir de l’ombre de la mini-série plutôt réussie des années 90 (avec en particulier un Tim Curry inoubliable) et à moderniser même légèrement les évènements décrits dans le bouquin. Dans le blockbuster horrifique de la Warner l’action se déroulait désormais dans le monde contemporain et les flashbacks dans les années 80, décalant dès lors d’un cycle le contexte général. Bienvenue à Derry toujours essentiellement concocté par les mêmes équipes créatrices, s’intéresse lui au cycle précédant, se déroulant quelques 27 ans plus tôt soit durant les années 60. La série complète la boucle et vient donc finalement aborder frontalement les mêmes sujets que le roman, soit ceux qui bouleversaient l’Amérique de ces années-là avec en ligne de mire le racisme systémique, l’engouement patriotique (pour ne pas dire nationaliste) et les craintes liées à la Guerre Froide et la bombe atomique.
Plus que jamais la petite ville idéale de Derry sert de catalyseur à un mal sous-jacent mais suintant dans les regards noirs, les portes fermées, les discours abjectes et les injustices imposées par le monde des adultes. Bien souvent, les épisodes se révèlent même bien plus proches du texte de King que ne l’était le film lui-même. Il faut dire que Andy Muschietti (ici réalisateur des deux premiers et deux derniers épisodes, mais aussi producteur) accentue encore plus l’aspect central du récit de Ça en multipliant les liens, les allusions et les contacts avec d’autres romans comme Shining (le personnage Dick Halloran), Les Évadés (la prison de Shawshank), La Tour sombre (la tortue, la cosmogonie naissante…) ou The Mist (tout le dernier épisodes)… pour les plus évidents. Les fans de l’auteur, et de ses multiples adaptations, sont forcément aux anges, scrutant les interconnexions et les indices, bien présents, qui évoquent tour à tour les évènements à venir dans les deux films, tout autant qu’un nouveau retour en arrière de la série dans une prochaine saison plus qu’annoncée.
Le cirque des horreur
Un programme décidément ambitieux qui profite autant de son format pour se donner parfois des airs de série chorale en multipliant les trames parallèles et en s’intéressant non plus uniquement à une bande de gamins en plein cauchemar, mais aussi aux dangers rencontrés par certains de leurs parents, d’étranges opérations militaires en périphérie, la présence de protecteurs amérindiens et même un éclairage sur les origines de la silhouette de Pennywise. Cela fait parfois beaucoup et si le sentiment d’apocalypse grandissante est particulièrement prégnante, le rythme de certains épisodes y perd certainement de son efficacité. A trop vouloir tout expliquer aussi, Bienvenue à Derry oublie régulièrement que la force de ce type de récit réside dans ses parts d’ombres, dans l’insaisissable, l’intangible. La série est donc moins une histoire d’ambiance et de peur lancinante, qu’une virée dans des montagnes russes ou une maison de l’horreur façon vieille fête foraine, enchainant les lentes montées avant de balancer une chute qui retourne l’estomac et des tonnes de jaillissements grotesques dans tous les sens.
De ce côté-là Muschietti fait encore pus fort que dans les longs métrages avec des séquences particulièrement graphiques et choquantes, abordant les massacres d’enfants et les visions gores avec une générosité on ne peut plus étonnante pour une série télévisée. Conçu comme une note d’intention qui frappe fort, le premier épisode avec en ouverture un atroce cauchemar en voiture pour un pauvre petit fugueur et un carnage absolu dans une salle de cinéma en conclusion qui élimine les 2/3 de ce qu’on pensait être le casting principal fait forcément très mal. Même l’abus d’image de synthèse n’arrive jamais vraiment à gommer les idées les plus malsaines du programme. Véritable star de la série, Bill Skarsgård achève d’imposer sa version de la créature, burlesque et prédatrice, mais il faut aussi louer les charmes d’une jeune troupe d’acteurs définitivement sympathique avec en particulier Arian S. Cartaya et Matilda Lawler qui transforment leurs personnages de « faire-valoir » Rich Santos et Marge Truman, en véritable odyssée émotionnelle.
Beaucoup de bonnes choses dans Bienvenue à Derry, complément particulièrement solide à l’univers de Ça et qui pourrait même s’avérer plus excitant encore dans les années à venir : « Vous savez, personne ne meurt jamais vraiment à Derry… »








