MOTHER’S DAY

Etats-Unis – 1980
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Charles Kaufman
Acteurs : Nancy Hendrickson, Deborah Luce, Tiana Pierce, Holden McGuire, Michael McCleery, Beatrice Pons…
Musique : Phil Gallo, Clem Vicari Jr.
Durée : 90 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Éditions
Date de sortie : 15 octobre 2020
LE PITCH
Trois amies ayant voulu s’isoler à la campagne pour le week-end sont enlevées et séquestrées par deux brutes dégénérées aux ordres d’une mère tyrannique et psychotique…
Partie de campagne
Troma or not Troma ? Petite bande fauchée ayant généré un culte non négligeable aux USA, Mother’s Day n’est pas une production Lloyd Kaufman mais reste un proche parent puisque le film est signé Charles Kaufman, frère cadet du précédent, et s’inscrit dans la même veine satirique et le même mauvais goût qui tâche.
Un prologue hérité du slasher avec twist malsain à la clé, une histoire d’amitié aux contours féministes surprenants, un rape and revenge salé, le tout traversé par un humour franc et décalé générant un malaise bien réel. Plus ambitieux qu’il ne se plaît à l’admettre, Charles Kaufman conçoit Mother’s Day comme un sacré tour de montagnes russes, bien assisté dans œuvre par Warren Leight, co-scénariste et futur pilier de la franchise télé Law & Order.
Sans détour, le scénario est bel et le bien le point fort de Mother’s Day. Quasiment tourné en parallèle du Vendredi 13 de Sean S. Cunningham, le film de Charles Kaufman se détourne de la routine qui, déjà, s’installe dans les mécanismes de l’horreur US. Si la marâtre dérangée qui sévit ici ne ressemble à rien de connu, c’est essentiellement dans la caractérisation de son trio d’héroïnes que Mother’s Day marque sa singularité. Pas d’adolescentes virginales ou à la cuisse facile à l’horizon mais des jeunes trentenaires au vécu crédible, célibataires et résidant aux quatre coins du pays, de la blonde californienne s’ennuyant dans un quotidien bling-bling à la vieille fille s’occupant d’une génitrice alitée en passant par une éternelle romantique collectionnant les relations avec des mâles indélicats. Dans la présence d’un joueur de banjo lors d’une étape dans une station-service de campagne, Kaufman explicite sa principale influence, le Deliverance de John Boorman, dont il livre son pendant féminin. Mais là encore, les apparences sont trompeuses et le virage vers le survival horror nocturne est bref et tourne au film de vengeance pur et dur. Autre idée de génie, la narration ne laisse pas en plan les agresseurs et décrit leur mode de vie avec un changement de point de vue troublant, allant jusqu’à solliciter la sympathie du spectateur à leur encontre. D’autres idées font mouche, comme le piège de la fausse voiture de police (repris tel quel dans le remake de Massacre à la tronçonneuse de Marcus Nispel) ou le personnage fantomatique de Queenie, membre de la famille dont on se demande s’il n’existe pas uniquement dans l’esprit dérangé de « mother » avant de surgir pour un dernier sursaut de terreur lors de l’épilogue, un effet un peu facile mais remarquablement bien négocié.
Joyeuse fête des mères !
En plus de ses qualités d’écritures, Mother’s Day brille par sa satire mordante d’une société de consommation de plus en plus toxique. Tout en vivant dans une demeure délabrée en pleine forêt, « mother » (géniale Beatrice Pons) ne s’interdit pas des virées en ville pour fréquenter des groupes de parole d’une imbécillité crasse où l’individualisme est érigé en valeur cardinale. L’intérieur de sa maison ressemble à un indescriptible bric à brac d’objets modernes que l’on devine volés aux victimes de passage et la télévision n’est pas seulement le seul lien tangible avec la civilisation, c’est une preuve quelque peu vaseuse que sa famille n’a rien à se reprocher. Quand s’abrutir devant un écran qui débite des publicités en permanence permet de se rassurer sur sa place dans la société. Un point de vue qui fait grincer des dents et qui assure au film, 40 ans après sa sortie, une pertinence jamais démentie.
Là où le bât blesse, c’est que Charles Kaufman est un piètre metteur en scène. Ayant abandonné le cinéma pour se reconvertir depuis en boulanger (!), il ne possède de toute évidence pas le même talent pour le 7ème Art que son frangin Lloyd (voir ou revoir Terror Firmer pour s’en convaincre) et ne parvient que difficilement à capitaliser sur une direction d’acteurs pourtant solide. Si on peut excuser le manque de moyens, la mise en image reste fonctionnelle et souvent insipide. Preuve en est l’évasion des héroïnes à mi-parcours, sommet de suspense sur le papier mais handicapé à l’écran par un découpage mou et approximatif, des cadrages sans la moindre dynamique et des effets de maquillages gores aussi Z qu’inutiles. Charles Kaufman assure le minimum syndical et colmate les brèches au montage. Si Mother’s Day reste très plaisant et suffisamment original pour justifier l’engouement de nombreux fans, il loupe le coche de la grande réussite auquel il pouvait prétendre.
Ce qui nous amène au remake de 2010 qui, malgré le pedigree assez rebutant de ses maîtres d’œuvres (Brett Ratner et Darren Lynn Bousman, faut-il en dire plus ?), réussit à faire mieux que Kaufman et transforment un rape & revenge artisanal en home invasion cruel et élégant tout entier dominé par la prestation terrifiante de Rebecca de Mornay et hanté par le contexte économique de la crise des subprimes. Comme quoi, l’original n’est pas forcément meilleur que son descendant friqué et opportuniste.
Image
Un peu trop poussée, la colorimétrie rogne sur l’apport de la haute définition. Un malus regrettable, eu égard à une restauration par ailleurs exemplaire, fidèle aux intentions de Charles Kaufman et de son directeur de la photographie et prenant parfaitement en compte sa source (un tournage en 16mm) et ses textures joliment crapoteuses.
Son
Les techniques de mixage de l’époque, très variables selon les studios, les budgets et les ambitions des cinéastes, ne se pensaient pas forcément pour les installations à domicile d’aujourd’hui et il serait ridicule d’attendre de Mother’s Day une dynamique acoustique digne de ce nom. Pour autant, la propreté est de mise avec des mixages qui ne saturent jamais tout en gardant une « patine » 80’s fort sympathique.
Interactivité
L’essentiel des informations et du recul nécessaire se retrouvent dans un livret rédigé par l’inusable Marc Toullec (cet homme ne dort jamais!) ce qui ne veut pas dire que les bonus vidéo soient totalement oubliés. Sous l’appellation comme souvent abusive de « making-of », on découvre avec bonheur une dizaine de minutes de rushes en super 8, en fait des essais de maquillage, de costumes et des bouts d’auditions, commentées par Charles Kaufman qui nous éclaire sur un tournage bien peu fortuné. Vient ensuite un module de dix minutes tourné au Comic-con de 2010 où Darren Lynn Bousman tape le bout de gras avec Charles Kaufman, une interview improvisée et perturbée à intervalles réguliers par les visites de Lloyd Kaufman. Enfin, c’est le cinéaste et fanboy Eli Roth qui vient déclarer sa flamme à un long-métrage qui a traumatisé sa jeunesse, sa bar-mitzvah et toute sa filmographie à venir, notamment Hostel Chapitre II et la fausse bande-annonce Thanksgiving concoctée pour le double programme Grindhouse de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez. Et lorsque vous lancerez le film pour la première fois, n’oubliez pas l’introduction de Charles Kaufman, quelques minutes potaches dans sa boulangerie de Californie.
Liste des bonus
Making-Of, Introduction de Charles Kaufman, Interview de Eli Roth, Charles Kaufman et Darren Lynn Bousman, Bande-annonce.







