VERSIPELLE – INTÉGRALE

Tome 1&2 – France – 2016 / 2018
Genre : Fantastique
Scénariste : Isabelle Bauthian
Illustratrice : Anne-Catherine Ott
Nombre de pages : 144
Éditeur : Akileos
Date de Sortie : 28 octobre 2020
LE PITCH
Après avoir lâchement assassiné Gunnulf, le meneur de loups, Harding s’empare de sa peau de Versipelle et la revêt, pensant ainsi s’approprier ses facultés. Mais un simple mortel ne saurait maîtriser un tel pouvoir. Rendu fou par la transformation, Harding doit fuir le village, semant la mort sur son passage. Sigfred, fils d’Harding et d’une louve, a qui devait revenir la peau de Versipelle se lance sur les traces de l’usurpateur en compagnie de sa meute et de Randi, une jeune orpheline qui parle aux esprits de la forêt.
Sous la peau
Déjà publiée sous la forme de deux albums séparés par le même éditeur, Versipelle, aventure fantastique en terre viking, revient sous la forme d’une jolie intégrale. Une occasion de redécouverte pour de nombreux lecteurs sans aucun doute.
Des peuples vikings on garde forcément en tête essentiellement cette image de guerriers fiers et superstitieux (« odiiiin! ») venant conquérir le nord de l’Europe en multipliant les rixes et les carnages. Les historiens nous ont démontré depuis longtemps que les choses étaient loin d’être aussi simples, et après la longue et formidable série comics Northlanders de Brian Wood, Versipelle vient à nouveau éclairer une civilisation complexe et des mythes qui ne se résument pas à quelques demi-dieux soiffards. Le Versipelle justement correspond en ce temps-là à un guerrière lycanthrope se revêtant la peau d’un loup pour se transformer en créature sanguinaire. Une magie qui dépasse d’autant plus Harding, qu’il est poursuivi par le fils du meneur de loup à qui il l’a volé, une adorable soigneuse et même un Draugr, fantôme vengeur aux motivations loin d’être honorables. Le récit d’une traque sans pitié à la travers les plaines froides et enneigées dans la première partie, Hivers, et qui va se métamorphoser en quête existentielle dans la seconde, été, alors que la nature reprend ses droits.
Printemps
Admirablement illustré par Anne-Catherine Ott (Havre, Le Cercle de providence), qui y apporte une sérénité et une délicatesse supplémentaire, Versipelle, est donc bien moins un récit guerrier, un western nordique, qu’une aventure fantastique et mythologique où les esprits de ces terres viennent questionner constamment une poignée de personnages en pleine errance. L’opposition des débuts, marquée par un manichéisme voulu et trompeur, se mue alors en rapprochement, reflet et finalement compréhension dans un monde où déjà le poids des conventions conditionne le destin de chacun. Une jeune femme s’amourachant du démon après avoir subie les colères d’un père capable de la hanter même après la mort. Un lâche obligé de devenir monstre pour trouver sa place au sein de la confrérie des guerriers. Une adorable Lœknir amoureuse pratiquant la malédiction comme protection. Et enfin Sigfred fils d’un homme et d’une louve, constamment tiraillé entre sa raison humaine et ses désirs animaux… Chacun est craint, rejeté dès que sa véritable nature apparaît, mais Isabelle Bauthian (croisée sur Midnight Tales et le Kim Trauma de Florent Maudoux) leur offre à chacun une voie de rédemption, un bel espace pour éprouver leurs sentiments et découvrir leur identité.
Un joli voyage entre naturalisme poétique et conte fantastique sur des terres que l’on se plaît toujours autant à traverser.




