UN FLIC SOUS L’OCCUPATION T.1 : PROFIT GARANTI

France – 2025
Genre : Policier, Historique
Dessinateur : Jean-Michel Beuriot
Scénariste : Philippe Richelle
Nombre de pages : 56 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 1 octobre 2025
LE PITCH
Dans le Paris occupé des années 1940, les inspecteurs Marsac, Brunet et Mercadier enquêtent sur un double meurtre sordide. Les victimes : un couple de personnes âgées cambriolées et abattues froidement. Les circonstances de ce crime rappellent étrangement à Marsac le mode opératoire d’un tueur, Lucien Grenier, qu’il avait arrêté avant la guerre. Il ne tarde pas à découvrir que Grenier, libéré par les Allemands, mène une vie confortable à Neuilly en travaillant pour le compte de l’Occupant…
Ticket de rationnement
Après avoir parachevé leur fresque sur les coulisses du conflit entamé en 1997, Amours fragiles, Philippe Richelle et Jean-Michel Beuriot reviennent dans le théâtre de la France occupée pour une nouvelle série toujours aussi juste et documentée : Un Flic sous l’occupation.
Comme l’annonce le titre et la composition de la couverture, cette nouvelle création revient effectivement sur les heures sombres de la Seconde Guerre Mondiale, mais cette fois-ci plus particulièrement par le biais du récit policier. Le protagoniste de l’album est donc désormais un inspecteur de police, Marsac, directement sur les traces d’un criminel bien connu des services, Lucien Grenier, de nouveau suspecté d’être le responsable d’un double meurtre avec braquage. Soucis, ce dernier est sous la protection de l’armée Allemande qui n’avait d’ailleurs pas hésité à le faire sortir de prison afin de profiter de son savoir-faire du coté du marché noir. Comment réussir à avancer dans l’enquête sans se faire remarquer par l’occupant ? Comment survivre dans un pays en pleine crise et peu à peu privé de toute liberté ? Le héros de l’histoire, décidément très intéressé aussi par l’ancienne petite amie de sa cible, accessoirement témoin, va dès lors jouer un double jeu particulièrement dangereux qui le fait se rapprocher des milieux les moins recommandables et de l’attention allemande.
Laissez-passer
Une fois encore Philippe Richelle brosse avec forts détails et une importante véracité le paysage délétère de la France de ces années-là où les derniers hommes d’une certaine honnêteté sont inévitablement pris en étaux entre la kommandantur et les petits collaborateurs de tous les jours, acceptant peu à peu l’inacceptable par peur et conforts personnels. L’époque est parfaitement dépeinte, que ce soit dans son réagencement social et économique, l’impact de l’invasion sur les petites gens mais aussi sur les administrations et les milieux moins fréquentables, mais la partie policière proprement dite, après un départ plutôt prometteur, s’essouffle quelque-peu et semble passer légèrement au second plan. Peut-être par manque de clarté, partiellement éclipsé par les aspects romantiques et romanesques qui se mettent un peu laborieusement en place, la trame par elle-même peine à passionner. Dommage, les angles du polar noir étaient parfaitement en place et les personnages bien campés, mais la tension est trop en retrait. Même Jean-Michel Beuriot, excellent illustrateur et fier descendant de la fameuse ligne clair d’Hergé, ne dévie pas vraiment de ses habitudes, accompagnant avec précision le réalisme du récit, capturant les personnages et les décors en quelques coups de crayons et encrages bien placés, mais reste souvent dans une trop grande limpidité, trop grande évidence pour ce type de récit. La colorisation plus variée et atmosphérique que sur Amours fragiles souligne elle plus ouvertement le potentiel moins franc de ce type d’histoire.
Un bon document historique, toujours aussi authentique dans sa description de l’époque, si particulière, mais qui ne réussit pas totalement à nous emporter dans ses élans policiers, aux enjeux encore trop sages, aux dangers encore trop timides.




