TOMIE T.1

富江 – Japon – 1987
Genre : Horreur
Dessinateur : Junji Ito
Scénariste : Junji Ito
Nombre de pages : 240 pages
Éditeur : Mangetsu
Date de sortie : 25 juin 2025
LE PITCH
Tomie est le mal incarné. Reconnaissable entre mille grâce à ses cheveux longs et son grain de beauté sous l’œil gauche, elle attise les passions chez tous les hommes qui croisent son regard. Ses victimes, déchirées entre amour et folie, sombrent peu à peu jusqu’à commettre l’indicible et l’assassiner dans d’atroces souffrances. Mais le monde ne pourra jamais se débarrasser de Tomie. Pire, son pouvoir s’accroît inexorablement à chacune de ses renaissances.
Femme fatale
Première publication professionnelle du jeune Junji Ito ; premier chef d’œuvre de l’horreur en manga ; première figure iconique qui a depuis infusée dans la J-Horror et l’inconscient collectif, Tomie se doit, par nature, de constamment revenir. Voici donc une nouvelle édition de la série culte cette fois-ci au format souple Tankobon, plus accessible… plus dangereux ?
Junji Ito, jeune prothésiste dentaire, mais grand passionné de mangas d’horreur depuis son enfance, propose sa première véritable nouvelle au concours de jeunes talents de la revue Monthly Halloween en 1987. Une drôle d’histoire, au style graphique encore quelque peu maladroit, mais qui gagne tout de même le prix Umezu (son idole) avec mention honorable lui ouvrant alors de nouvelles perspectives professionnelles et artistiques. Une carrière est lancée, un auteur est né et tout cela grâce à Tomie. La jolie adolescente japonaise par excellence, le visage fin, la bouche presque pulpeuse mais pas trop, le regard doux mais assuré et ultime coquetterie un grain de beauté sous l’œil gauche. Les garçons ne rêvent que d’elle, les filles la jalousent, tout le monde l’admire mais son pouvoir de séduction et sa main mise sur la gent masculine semblent aussi provoquer une forme de haine destructrice qui va aboutir par sa mort accidentelle… et son démembrement par toute sa classe et son professeur ! Mais en grande héritières des malédictions des onryō, cette figure féminine énigmatique ne peut que revenir et provoquer mort et effroi autour d’elle.
La fille qui ne voulait pas mourir
Toute l’essence du personnage est déjà parfaitement définie dans ces premières pages, annonçant clairement l’arrivée de sa loingtaine sœur Sadako (Ring) quelques années plus tard et cette notion terrifiante d’une contamination exponentielle et de plus en plus monstrueuse. Junji Ito aime à confronter dans le même cadre et dans le même corps la plus gracile des beautés et là plus infâme des horreurs, transformant rapidement Tomie en symbole d’un body horror reposant autant sur la sensation constante d’inéluctabilité qui frappe tout ceux qui ont le malheur de croiser et de tomber sous son charme, que sur ses multiples métamorphoses et renaissances souvent terriblement graphiques. Grande prêtresse de l’amour et du désir le plus enfouis, déesse tentatrice, vampire aux visages multiples, mais aussi victime première de cette attirance et ce besoin de possessivité qu’elle fait naitre dans le regard des autres, et en particulier dans celui des hommes japonais, elle est autant victime que bourreau. Junji Ito s’en défend souvent, mais il est évident que la place ambiguë, complexe et pourtant spectaculaire que détient Tomie peut faire d’elle une symbolique frappante de la place de la jeune femme dans la société japonaise, à la fois célébrée et instrumentalisée, adulée et rabaissée.
Une figure absolument fascinante et puissante à laquelle son créateur ne cessera lui aussi de revenir au cours d’une vingtaines de chapitres étalés sur environ dix ans (et il n’a toujours pas fermé la porte à un potentiel retour) lui offrant comme dans ce premier tome un détour par un hôpital aux expériences particulièrement douteuses, de nombreuses romances, des multiplications à outrance et des transformations toujours plus mémorables. En cours de route d’un style plus axée sur la dynamique, le mouvement et les grands aplats de noirs, son coup de crayon va largement se peaufiner et se préciser prenant la forme qu’on lui connait aujourd’hui, Tomie accompagnant telle une muse toutes ces transformations. Un titre incontournable, cela va sans dire.




