THRILLERVILLE

Canada – 2025
Genre : Comédie, Horreur
Dessinateur : Alex Puvilland
Scénariste : Lerenard
Nombre de pages : 224 pages
Éditeur : Daniel Maghen Editions
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Il se passe des choses étranges dans la petite bourgade isolée de Tranquilleville. Tellement que le patelin est plutôt connu sous le doux sobriquet de Thrillerville. Sa forêt abrite une créature haute de deux mètres aimant croquer les chasseurs ; les profondeurs du lac renferment un secret monstrueux ; et plusieurs habitants développent des pouvoirs carrément surhumains. Ajoutez à cela l’évasion d’un prolifique tueur en série, originaire du coin, et il n’en faudra pas plus pour que le shérif et son équipe, ainsi qu’une poignée de courageux villageois, vivent la nuit la plus folle de leur vie.
Canada Dry
Un saquatch, une créature marine et un serial killer s’invitent dans une petite bourgade québécoise qui n’a rapidement plus rien de bien tranquille. Un point de départ digne d’une mauvaise blague pour une comédie noire et farfelue en forme de polar fantastique sanglant et bis à souhait.
Autrefois nommée TranquilleVille, ce charmant patelin logé entre montagne, forêt et immense lac placide avait été renommé Thrillerville quelques années plus tôt suite aux découvertes macabres faites dans la demeure du serial killer local « La Machine ». Échappé de prison, ce tueur épris de justice entend bien se venger, mais la région est déjà habitée par d’autres monstres tout aussi dangereux : un saquatch (ou abominable femme des neiges) qui dévore les touristes aventureux et pique les bières de la supérette et une sorte de Nessie rose bonbon qui bouffe tous les poissons du lac pollué aux déchets toxiques. Du coté des humains, c’est pas mal coloré aussi avec sheriff qui garde un lourd secret, un Maire forcément véreux, un chasseur en quête d’un ancien amour de jeunesse, une animatrice radio immortelle et sa meilleurs cop’s championne de bras de fer, un pécheur inuit qui culpabilise d’avoir élevée la bestiole rose susmentionnée, une mamie « qui n’en veut », un vétéran « qui n’en veut plus » et une chêvre qui brille la nuit. Voilà seulement une petite partie de la large galerie de portraits imaginée par Lerenard, nouveau venu dans la BD, qui s’inspire généreusement des codes de la série tv américaine façon récit chorale pour s’amuser, avec une bonne dose de références horrifiques et polar à l’ancienne.
C’est le fun !
Les petites histoires de chacun se télescopent dans un théâtre à la Twin Peaks où pas un seul individu ne semble véritablement « normal », multipliant les dialogues tranchés et les scènes incongrues et absurdes. Tandis que les victimes trucidées par les uns ou boulotées par les autres s’accumulent, les vieux secrets inavouables remontent à la surface et les flashbacks viennent éclairer l’origines de monstres certes terriblement dangereux mais qui peuvent aussi cacher un petit cœur tendre. Tout y est bien entendu à prendre au second, troisième voir quatrième degré dans ce joyeux bordel bis, sanglant souvent, mais tout autant cartoon, sans que jamais la vraisemblance ou l’ennui ne point le bout de leur nez. Une BD bien secouée en somme et qui comme étrangeté supplémentaire préserve ses dialogues québécois et ses nombreuses expressions tout à fait exotiques pour un lecteur français : dépaysement total ! Collaborateur technique et visuels dans le monde de l’animation américaine chez Dreamworks depuis la fin des années 90 (du Prince d’Égypte à Les Bad Guys 2), Alex Puvilland passe lui aussi pour la première fois la barrière de la bande dessinée mais déjà avec un style bien typé. Un contour cartoon, mais jamais très loin non plus de la fébrilité de la bande à Donjon, le dessinateur impose très efficacement les ambiances bucoliques vaguement inquiétantes, accompagne avec distance le petit quotidien frappé des lieux et use de designs vifs et marqués pour déployer un découpage autant à l’aise dans les massacres de masse et les poursuites nawak, tout autant que les images foncièrement ridicules comme notre brave saquatch qui s’essaye aux joies du quad.
Deux cents pages de plaisir et de comédie noire bien allumée et décomplexée pour ce bel album ThrillerVille qui d’ailleurs détonne un peu dans le catalogue de l’éditeur Daniel Maghen plus souvent tourné vers les propositions plus sérieuses, élégantes et graphiquement chiadées. Le style change, mais la qualité est toujours la même.



