THE PAINTED CRIME

France – 2026
Genre : Policier
Dessinateur et Scénariste : Stefano Martino
Nombre de pages : 88
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 11 février 2026
LE PITCH
Los Angeles, hiver 1947. Peter Graham, vétéran désabusé devenu détective privé et peintre à ses heures perdues, pensait n’enquêter que sur des adultères et des fraudes à l’assurance. Mais en décidant de retrouver le frère d’un ancien camarade tombé au combat, les choses se compliquent. Peter veut honorer une promesse faite sur le front et remettre une trompette à Clark Brown, musicien de jazz noir…
Les disparus
Artiste d’origine italienne, Stefano Martino est surtout connu en France pour ses nombreuses planches fantasy livrées pour des sagas comme La Geste des Chevaliers Dragons, Orcs et gobelins ou Les Chroniques d’Atlantide. Il opère ici un sacré virage pour proposer sa création la plus personnelle : The Painted Crime. Soit un polar, un vrai, à l’ancienne, noir jusqu’au cœur.
L’auteur affirme clairement son amour au roman noir classiques et aux grands films du Hollywood des années 40/50. Il offre d’ailleurs une petite liste non exhaustive de ses incontournables en fin d’album, revient sur sa découverte du genre avec son père en postface et délivre d’emblée une superbe couverte, pulp et stylisée, en échos aux affiches d’autrefois. Naturellement, en dehors de quelques touches de couleurs apportées sur les toiles peintes par le protagoniste, les planches intérieures s’étalent en noir et blanc, classique même si on aurait aimé parfois plus tranché, réhaussé de variations de gris en lavis. Cadrages, profondeurs des champs, jeux des ombres, décors réalistes et pages grands formats jouent admirablement avec ces ambiances intrigantes, inquiétantes et parfois même étouffantes du roman noir. Martino renoue, heureux, avec une esthétique et une grammaire ancienne qu’il traite avec un mélange équilibré de respect et de modernité. Le scénario en lui-même repose d’ailleurs sur le même cheminement en équilibre, évoquant par exemple bien plus ouvertement la question des couples interraciaux, les perversités cachés de certains grands noms du cinéma ou les traumas d’un vétéran de guerre que dans les productions hollywoodiennes initiales, mais il en préserve la structure.
Monochromes
Il suit ainsi son détective blasé et casse-cou dans une enquête qui lui tombe sur la tronche, s’enfonçant de plus en plus profondément dans les ruelles sinueuses et puantes de Los Angeles au risque d’y perdre sa vie. Tout part d’une simple promesse envers un anciens compagnon d’armes tombé au combat et The Painted Crime se transforme en recherche d’un frère disparu et une succession de révélations entre vieilles affaires étouffées, flics fermant les yeux, producteurs douteux et membres de la mafia. L’ensemble est solidement construit, plutôt prenant et maitrisé, mais avec une énergie qui est directement insufflé par la personnalité de ce Peter Graham. Un ancien soldat donc, incapable de se débarrasser de ses cauchemars et de ses désespoirs, habituellement plus occupé par les prises de photos d’adultères que par les véritables affaires policières. Entre deux-trois tentatives de renouer avec son anciennes compagne (qui s’est remariée) et d’éviter de replonger jusqu’au goulot dans l’alcool, il ne se contente jamais que de poser quelques questions et n’hésite pas à se muer en cambrioleur d’une nuit en quête d’indices voir même à se lancer, avec un ami journaliste, dans un assaut digne d’un barbouze. Il n’a pas peur de la mort. Il semble même l’appeler en quête d’une paix à laquelle il ne semble plus croire depuis longtemps. Le noir est partout dans The Painted Crime, même dans l’âme de ce peintre détective… mais pas dans ses tableaux.


