THE CROW : ÉDITION DÉFINITIVE

Etats-Unis – 1989 / 2010
Genre : Fantastique, Action
Scénariste : James O’Barr
Illustrateur : James O’Barr
Nombre de pages : 272
Editeur : Delcourt
Date de Sortie : 24 septembre 2025
LE PITCH
Éric et Shelly sont follement amoureux et sur le point de se marier. Rien ne semble pouvoir troubler leur bonheur, jusqu’à ce soir d’horreur où ils sont arrêtés par un gang de truands. Éric reçoit une balle mortelle, qui lui laisse juste le temps d’assister au calvaire de sa compagne. Un an après son décès, Éric revient parmi les vivants pour venger Shelly.
Serendipité
Devenu un film culte signé Alex Proyas (et marqué par la mort de Brandon Lee), mais aussi quelques suites cinéma oubliables, une série laborieuse et quelques extensions BD courageuses, The Crow est surtout un comics fondateur. Une œuvre tragique et puissante qui a marqué par sa poésie macabre toute l’esthétique moderne du gothique.
Une inspiration telle que ce pauvre Eric Draven est devenu une icone presque rabâchée, dont le maquillage excessif (le sourire redessiné, le mascara sur les yeux comme un clown titre ou un Joker sans humour) fait systématiquement fureur à chaque halloween ou orne les t-shirt délavés de vieux ados. Pourtant au départ The Crow est véritablement une œuvre personnelle, une BD presque underground publiée par un éditeur balbutiant dans des conditions presque artisanale. Jeune artiste en devenir, James O’Barr a ainsi crée sa série uniquement dans le but d’exprimer ses peurs, ses angoisses et surtout sa colère, prisonnière en lui depuis la mort tragique de sa petite amie. Deux destins brisés, beaucoup de culpabilité, qui se transforme par un romantisme exacerbé dans le récit d’une vengeance d’outre-tombe : un fantôme fardé qui élimine un à un la petite bande de truands et toxicos qui l’ont assassiné lui et sa fiancée.
In a lonely place
En découle une rage furieuse, cruelle et rare qui rejaillit sur la plupart des pages, faisant travailler le trait de l’artiste avec des lignes encrées puissantes, épaisses, des personnages aux visages volontairement moches, pathétiques et crasseux qui se perdent dans une citée puante et écrasante. Pas d’espoir, pas de lumières, ces séquences urbaines laissent y apparaitre un véritable ange de mort, au designs aussi classieux qu’inquiétant, aux méthodes aussi violentes et expéditives que remarquable par un détachement dandy. Pour qui n’a jusqu’ici vu que son adaptation cinématographique, cette barbarie étalée, ce nihilisme dévastateur à de quoi surprendre, l’icône du gothisme empruntée coupant à coup de sabre les têtes et les jambes de ses ennemis, leurs enfonçant des seringues dans le corps ou leur éclatant directement la cervelle sur mur. Un véritable ange de l’apocalypse sans pitié, qui représente toutes les ténèbres bouillonnantes dans la cervelle de O’Barr. Mais loin d’être un comics violent et primaire, il démontre aussi de ce besoin évident qu’à son auteur de guérir, d’y trouver une nouvelle voie plus lumineuse.
Can’t rain all the time
Puisant dans la mélancolie de grands poètes (Rimbaud…), il fait contraster cet exorcisme impudique avec des chapitres poétiques, visuellement esquissés et doux, où il se remémore quelques instant intimes vécus avec sa belle, mais où peut s’inviter un symbolisme touchant. Beau, puissant, déchirant, The Crow faisait l’effet d’une bombe en 1989, et à aujourd’hui garder toute sa force, sa sincérité qui fait totalement oublier les petites maladresses graphiques des premières pages, la naïveté presque adolescente avec laquelle l’auteur mélange ses pulsions de morts avec des emprunts à Iggy Pop ou The Cure, ou la brutalité aveugle d’un rape & revenge sans discernement.
Nommé Édition Définitive et proposé désormais avec une couverture solide, le volume en présence qui réparait en 2012 une longue absence éditoriale, inclue quelques planches légèrement arrangées par son créateur, d’autres réintégrées et surtout deux séquences oniriques totalement inédites : un dialogue adorable échangé entre Eric et Shelly dans leur sale de bain et surtout une fin moins fermée, laissant espérer une rédemption possible. Signe que James O’Barr (comme il le dit en substance dans sa préface) a depuis fait un bon bout de chemin. Des petits changements qui n’ont rien du révisionnisme stupide, mais ne font qu’étoffer encore la profondeur de ce monde en noir et blanc scarifié, la sensibilité gothique (dans le bon sens du terme) d’un comic inoubliable.




