THE BIG BURN

Etats-Unis – 2024 / 2025
Genre : Fantastique
Dessinateur : Lee Garbett
Scénariste : Joe Henderson
Nombre de pages : 168 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 17 septembre 2025
LE PITCH
Owen et Carlie sont les Bonnie et Clyde du XXIe siècle – un duo qui réussit des braquages impossibles. Mais quand la justice les rattrape, ils pensent que tout est fini. Jusqu’à ce que le Diable lui-même leur propose un marché : leur liberté en échange de leurs ÂMES. Mais sans leur âme, l’amour leur manque. Ils décident donc de recruter une équipe de damnés pour le braquage ultime : pénétrer en Enfer et récupérer leurs âmes.
L’aaaamour du risque !
Les couples de braqueurs pleins de charmes et d’attitudes, pas de soucis, on connait. Mais ceux qui s’attaquent directement au coffre-fort de Satan en personne c’est tout de même un peu plus rare. Avec The Big Burn, les auteurs de Skyward imaginent un casse d’enfer !
Joe Henderson est auteur de comics. Mais il est aussi scénariste et producteur sur la série Lucifer dans laquelle on croise une vision du diable très gentleman et séductrice et un décorum urbain des plus contemporains. C’est sans doute quelque part là-dedans que ce dernier a eu l’idée de The Big Burn, dans lequel l’enfer n’est pas un sempiternel lieu de tortures physiques, de jets de flammes et autres visions grotesques, mais un espace mental qui s’adapte aux civilisations humaines, jouant surtout sur l’impossibilité d’assouvir leurs moindres espoirs. Au XXIe siècle donc, l’enfer ressemble à un gigantesque casino, où richesses, libertés et amours sont désespérément inaccessibles. Et c’est dans le bureau du maitre des lieux que se tient le coffret qui renferme toutes les âmes emmagasinées, la collection personnelle du monsieur. Et c’est celui-là même qu’espère pouvoir fracturer Owen après en avoir eu une vision lors d’une expérience de mort imminente, afin de retrouver sa propre âme mais aussi celle de Carlies, celle qui autrefois était l’amour de sa vie. De grands brigands flamboyants, ils sont devenus froids, distants, sans passion, et cet ultime coup est clairement leur dernière chance.
Un coup du diable
De la constitution d’une équipe de personnage tout aussi casse-cou qu’eux, voire pour certains limite dangereux, à la mise en place bien tarabiscotée du plan en lui-même, Joe Henderson montre qu’il connait pleinement ses classiques, mariant efficacement la présentation de personnages stylés et aux destins plutôt tragiques (il faut toujours une bonne motivation) avec des opérations parfaitement pensées en apparence mais qui, forcément, doivent constamment rebondir sur les petits grains de sables qui grippent la machine. Passé une première partie qui place surtout les enjeux et illustre le drame du couple de « héros », The Big Burn embraye rapidement façon Ocean’s Eleven, multipliant les poursuites, les scènes à tension et les cartes planquées dans la manche jusqu’au « prestige » final. Finalement, le contexte fantastique n’est pas tant essentiel que cela, mais il rajoute effectivement un petit surplus de caractère, rehausse les enjeux, et complexifie forcément l’infiltration en terrain ennemie avec un petit hommage à L’Expérience interdite au passage. Elle permet aussi au dessinateur Lee Garbett, vu sur de nombreux titres Marvel et DC (les Batman de Grant Morrison en particulier) de varier les plaisirs entre les épisodes plutôt réalistes, les envolées Hollywoodiennes et les environnements plus intérieurs, reflets des petits troubles et traumas des braqueurs en action. Les couleurs plutôt douces et jamais platement numériques de Lee Loughridge (G.I. Joe) apportent aussi un plus indéniable.
Avec son suspens bien rendu et juste ce qu’il faut d’esbroufe, cette mini-série en trois chapitres séduit par sa décontraction et son efficacité. Rien de nouveau, mais un thriller qui tient toutes ses promesses jusqu’à la dernière page, petite fin faussement ouverte qui sert surtout d’ultime pirouette pour des personnages incapables de passer la main.




