TERRES D’YNUMA T.1 : SAMOURAÏ ROUGE

France – 2025
Genre : Fantasy
Dessinateur : Vax
Scénariste : Nicolas Jarry
Nombre de pages : 176 pages
Éditeur : Editions Soleil
Date de sortie : 24 septembre 2025
LE PITCH
Au fil des saisons, Mei-Jen et Zhao traquent les esprits tourmentés qui franchissent le Voile. De l’automne aux marais hantés, à l’hiver glacial des montagnes d’Onna, en passant par les brumes perfides du printemps, leur quête les mène aux confins d’Ynuma. Mais sous la chaleur implacable de l’été, Zhao devra affronter un ennemi plus redoutable encore : son propre passé.
Le pays de l’orc levant
Initié en 2017 avec Orcs et Gobelins l’univers Fantasy du Monde d’Aquilon n’a depuis eu de cesse de se développer. Dernier né de la collection, Terres d’Ynuma annonce une nouvelle série de cinq albums one-shot explorant le versant oriental de cette terre étendue.
Retour donc dans ces vastes contrés peuplées de gobelins, de mages, d’elfes, de nains et de multiplies héros plus ou moins interconnectés dans des séries de BDs qui se répondent et dont les évènements se répercutent parfois d’un titre à l’autre. Le Monde d’Aquilon donc, qui après être longtemps resté finalement assez collé aux règles initiées par J.R.R Tolkien il y a bien longtemps de cela, avait fini avec Terres d’Ogon à s’ouvrir vers un continent plus exotique, écho à notre Afrique autant dans sa géographie que dans sa réinvention de mythes et de figures. Terres d’Ynuma propose plus ou moins la même chose mais en se tournant désormais vers la culture asiatique, historique mais aussi fantastique. On y croise dans ce premier tome encore et toujours d’imposants orcs (rouge ici donc), quelques gobelins, de vieux restes d’elfes (ils auraient été repoussés après quelques siècles d’occupation) mais aussi et avant tout de nombreux esprits, yokai, oni et des effluves de magies typiques du Japon. Il y avait un grand risque qu’après autant d’albums, Terres d’Ynuma ressemble surtout à un petit coup de maquillage esthétique servant à recycler des récits déjà bien connus et des ressorts archi-traités.
La quête du sabre
Pourtant, Nicolas Jarry auteur historique sur cette gamme, n’hésite pas à remodeler sa narration et proposer un livre qui n’est pas cette fois-ci une seule histoire mais bien une succession de missions, chapitrées et entrecoupées de haiku, reflétant le quotidien du colosse Zhao et de la prêtresse Mei-Jen, traversant le pays pour répondre à différents appels à l’aide. Une créature vengeresse qui noie les belles jouvencelles, une curieuse épidémie de possessions qui frappe un monastère, une créature du brouillard qui ravage les troupeaux de chèvre et un titan aquatique qui se nourrie de la mémoire des marins, permettent tous de démontrer les talents extraordinaires de nos héros, mais aussi servent de canevas à une évocation en filigranes de leurs personnalités, bien tranchées, de leurs passés et d’une relation amicale (mais est-ce tout ?) qui se met progressivement en place. Une très bonne entrée en matière vers ces nouveaux horizons accompagnée d’une écriture solide, de dialogues efficaces et d’un bestiaire Heroic Fantasy japonisant qui fonctionne parfaitement. Il faut dire que le travail de Vax (La geste des Chevaliers Dragons, Terres d’Ogan, Empires…) est une fois encore particulièrement fin et impressionnant. Le genre n’a plus de secret pour lui et si Zhao a effectivement des petits airs d’Hellboy, ces planches recherchent plus la démonstration foisonnante et le réalisme des détails que l’épure des contours et des matières. Les diverses créatures marient habilement le sublime et les déformations horrifiques, les paysages sont habités d’un certain souffle et, il faut bien le dire, la délicatesse des traits de Mei-Jen ne laisse certainement pas indifférent.
Encore une belle proposition à ajouter aux Monde d’Aquilon qui préserve les fondamentaux et les qualités de l’ensemble du tableau tout en lui offrant quelques nouvelles teintes et de nouveau panoramas. Ce tome inaugural apporte aussi avec lui deux personnages particulièrement charismatiques qui fonctionnent parfaitement comme premiers guides sur les routes d’Ynuma. On ne serait pas contre les recroiser sous peu dans un des tomes à venir.




