TARZAN T.1 : SEIGNEUR DE LA JUNGLE

France – 2021
Genre : Aventure
Scénariste : Christophe Bec
Illustrateur : Stevan Subic
Pages : 84
Éditeur : Delcourt
Date de Sortie : 24 avril 2021
LE PITCH
XIXe siècle. Partis en bateau depuis l’Angleterre, Lord John et Lady Alice Greystoke s’échouent sur les côtes de l’Afrique équatoriale. Alice donne peu après naissance à un fils. A la mort de ses parents, il sera élevé par les grands singes et deviendra Tarzan. Le jeune homme sera partagé entre la vie brutale de la jungle et les codes stricts de l’aristocratie anglaise…
La jungle nue
Très loin des dernières apparitions hollywoodiennes (le Disney, le film de super-héros de la Warner…), le grand Tarzan revient conquérir les terres sauvages dans une nouvelle adaptation en BD signée Christophe Bec & Stevan Subic : «oh-iih-oh-iih-ooooh-iih-oh-iih-ooooh».
Figure plus qu’incontournable de la culture populaire depuis sa (re)création par Edgar Rice Burrough dans son célèbre roman datant de 1912, Tarzan a depuis connu nombres d’aventures souvent de plus en plus fantaisistes, et plus encore d’adaptation plus ou moins libres et autres copies et parodies. Dire que le brave homme singe n’en est pas à une variation près est certainement un euphémisme, mais dans le petit monde de la BD, peut-être plus qu’ailleurs, le pari semble extrêmement risqué tant les légendaires Russ Manning, Burne Hogarth et Joe Kubert y ont apposé une marque indélébile, une posture, une dynamique et un esprit qui font références. Scénariste prolifique, amoureux des pulps que l’on connaît pour ses participations à la collection Flesh & Bones, sa relecture du Monde perdu et dont on attend le volume de Conan Le Cimmerien et une relance de Bob Morane, Christophe Bec est loin de s’effrayer pour si peu. La preuve donc avec cette énième adaptation du roman original qui se veut effectivement assez fidèle au matériau d’origine et pas encore envahi par les civilisations perdues et autres amazones qui deviendront le ressort du feuilleton littéraire.
Lord of the Apes
Le scénariste reste rivé à la tonalité initiale. Celle d’un roman d’aventure plutôt réaliste contant les premières années du jeune fils Greystoke élevé par un peuple de grand singe, sa difficulté à y trouver sa place et sa rencontre avec une expédition européenne et en particulier la belle Jane Porter. Une plongée dans un monde mystérieux et sauvage, dangereux et hostile, largement accentué par le travail graphique de Stevan Subic (M.O.R.I.A.R.T.Y, L’Ombre d’antan), mettant largement en avant l’animalité du personnage, la violence à laquelle il est constamment confronté (les singes dévorés par la panthère, l’affrontement contre le grand mâle…) mais aussi l’aspect primitif et inquiétant de la jungle elle-même. Un décor rarement lumineux, le plus souvent plongé dans une pénombre menaçante où les traces d’humanité dénotent plus que jamais. Les pires menaces sont bien entendu les grands prédateurs du règne animal, mais aussi l’homme lui-même que ce soit la tribu cannibale des hommes gris ou les colons débarquant comme s’ils étaient en terrain conquis. Bec en profite d’ailleurs pour offrir un regard légèrement plus moderne à la naissance de Tarzan, questionnant régulièrement le rapport biaisé de l’homme à la nature, sa suprématie auto-déclaré. Autres ajouts permis par la distance des années, l’auteur et son illustrateur ont glissés quelques emprunts à certaines des meilleures adaptations de Tarzan au cinéma, soit Greystoke La Légende de Tarzan et le bijou Tarzan et sa compagne avec Johnny Weissmuller et Maureen O’Sullivan. Une œuvre de connaisseur assurément, un bel hommage et un bel album.