SQUAD

Etats-Unis – 2021
Genre : Fantastique
Dessinateur : Lisa Sterle
Scénariste : Maggie Tokuda-Hall
Nombre de pages : 224 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 11 juin 2025
LE PITCH
Quand Becca est transférée dans un lycée des beaux quartiers de la banlieue de San Francisco, elle n’a qu’une peur : ne pas s’intégrer. C’est avec surprise que les trois filles les plus populaires de l’école vont l’accueillir à bras ouverts au sein de leur groupe. En apparence parfaite, les nouvelles amies de Becca cachent pourtant un lourd secret qui ne se révèlera qu’à la pleine lune.
Louves
Au sein de la jeunes collection typée et young adult Waves, Delcourt propose le one-shot épais Squad, chronique adolescente faite de sororité, de romance, de besoin d’acceptation, de garçons trop insistants et… de loups-garous. Présenté comme un mix entre les séries Pretty Little Liar et Teen Wolf, ce comic intensément féminin fait preuve d’un bon esprit, malin et mordant.
On connait la chanson : Becca vient d’être transféré dans un nouveau lycée suite au divorce de ses parents, et si son regard se porte rapidement vers une camarade tout aussi peu intégrée qu’elle, elle se fait rapidement alpaguée par les trois filles les plus populaires (et riches) du bahut. Une amitié un peu forcée, mais qui lui permet, du moins le croit-elle, de trouver enfin sa place, acceptant un relooking extrême et même de plier sa véritable nature à la leur. Depuis bien longtemps, de Buffy contre les vampires à Dangereuse alliance, le fantastique est toujours un bon moyen de parler des errances et recherches identitaires de l’adolescence et bien entendu des explosions hormonales. Ici les demoiselles ne sont pas seulement des fashion victims, tendance un poil garces, mais aussi une petite meute de lycanthrope avec laquelle l’héroïne va signer un pacte de sororité. Le loup-garou est en effet idéal pour parler des métamorphoses du corps, de la prise de conscience de son pouvoir de fascination sur les autres, tout autant que l’acceptation de règles presque tribales d’appartenance, mais l’autrice Maggie Tokuda-Hall (romancière inédite en France) en profite aussi pour régler quelques comptes avec la misogynie ambiante.
Hurlements
Les demoiselles doivent naturellement se nourrir et s’en prendre à des victimes humaines, mais elles choisissent consciemment de prendre au piège quelques jeunes prédateurs sexuels, petits cons persuadés d’avoir le dessus sur le sexe faible et pouvoir tout se permettre. De quoi rendre le groupe de fille plus sympathique encore, même si après une (pleine) lune de miel, les choses vont forcément se gâter un peu et la camaraderie s’effriter face à la menace d’être découverte. On reconnait pleinement autant les grands succès à la mode de ces dernières années qu’une certaine atmosphère des 90’s, jusque dans la palette de couleurs flashy choisie par l’illustratrice Lisa Sterle (Witchblood, Long Lost…), mais aussi et surtout une certaine justesse dans la manière d’écrire et de reconstituer l’esprit de ces gamines, pas encore tout à fait adultes, leur environnement (les scènes avec la mère de Becca sont parfaites) et leurs interactions. Pas une once de caricature ici, mais une peinture très attachante d’un âge incertain, dont les très légers éléments horrifiques ou de thriller, ne servent que de catharsis à des réflexions tout à fait réelles et contemporaines. Un mélange des genres qui de manque pas de délicatesse et où peut donc alors naitre une romance tout en douceur et en fraicheur, résonnant comme une véritable émancipation et un premier pas vers la liberté d’être.
Finalement assez joyeux et charmant, Squad aurait peut-être mérité alors un habillage visuel un peu plus percutant. Si Lisa Sterle retranscrit très efficacement ses ambiances et dote ses personnages d’une certaine personnalité, son coup de crayon toujours un peu brouillon, vif mais mal maitrisé, donne quelques planches trop confuses ou les visages et les silhouettes se mélangent… et les transformations en loup-garou manquent clairement d’impact et de sauvagerie. Trop gentillets dans ses dessins, mais heureusement tout à fait pertinent dans le fond.



