SONATA T.1 : LA VALLÉE DES DIEUX

Sonata #1-6 – Etats-Unis – 2019
Genre : Aventure, Fantasy
Scénariste : David Hine
Illustrateur : Brian Haberlin
Nombre de pages : 192
Éditeur : Delcourt
Date de Sortie : 09 septembre 2020
LE PITCH
Deux peuples et deux cultures s’affrontent sur une planète que chacun croit être sa terre promise. Les Rans sont un peuple épris de paix en phase avec la nature, mais les Tayans sont une race de guerriers qui cherchent à coloniser, à contrôler et à détruire. Les mystérieux géants endormis habitent aussi cet endroit, mais personne ne sait s’ils sont des monstres ou des Dieux de la légende. Au milieu de tout cela, une jeune femme nommée Sonata est prête à enfreindre toutes les règles pour trouver sa place au sein de ce monde…
Le grand fossé
Échappé des pages de la saga Spawn, le duo David Hine / Brian Haberline délaisse les super-héros méphitiques pour donner naissance à une saga de fantasy bien plus personnelle. Un monde sauvage où deux peuples s’affrontent pour le contrôle d’une planète habitée par des dieux géants… Prometteur.
Les lecteurs de Spawn se souviennent certainement du passage de ces deux auteurs et artistes, sans doute plus encore de la palette graphique très particulière de Brian Haberline pratiquant l’illustration entièrement numérique, les modélisations 3D et les textures infographiques. Un style qui peut ne pas plaire à tout le monde, surtout lorsqu’il aborde un univers vaste et naturel dont il entend offrir toute la richesse de l’écologie. Sous influence Steampunk, Sonata décrit cependant une terre relativement aride, presque ferreuse, où même les créatures évoluées déjà présentes, les Lumanis, ont une peau minérale, et les titans endormis, ressemblent à de gigantesques statues de roches et de bois mort. Et cette technique visuelle conditionne alors directement les sensations perçues par le lecteur, constamment face à une réalité relativement aride et sombre, tranchante. Un peu plus expressifs, les personnages humains dont les expressions semblent dessinées à la main, se montrent plus vivants, plus changeants, et focalisent alors bien souvent l’attention de l’œil.
A Tale of Two Cities
On retrouve ici un peu de ce choc premier découvert il y a quelques décennies dans les pages de revues comme Métal Hurlant, et en particulier dans les planches de Richard Corben qui travaillait un relief curieux qui justement donnait véritablement la sensation de débarquer sur une autre planète. Une référence sans doute pas aussi innocente que cela lorsque l’on découvre que Sonata enfourche un drôle de volatile comme le faisait l’héroïne du film d’animation Heavy Metal ou son modèle Arzach de Moebius. Toutes proportions gardées, Sonata détient cette petite étincelle que pouvait effectivement avoir la science-fiction populaire des années 80 (Dark Crystal…) capable de faire émerger de rien, d’une trame presque fondatrice, d’une quête vue mille fois ailleurs, un microcosme complet jusqu’à une cosmogonie qui est aussi ici au centre du scénario imaginé par David Hine. Sur la base d’une grande aventure relativement classique où s’opposent deux peuples colonisateurs aux philosophies antinomiques (les Ran, peuple de la nature et les Tayans guerriers industriels et pollueurs), se greffe une liaison naissante à la Romeo & Juliette et les mystères d’une proto-civilisation oubliées que protègent les lumanis alliés pacifiques au lourd secret. La séquence évoquant toute en dualité la naissance du monde, ou en tout cas de cette autre espèce humaine, résume parfaitement les ambitions de Sonata, et son pied bien ancré dans la quête mythologique.
Un premier album assez riche dans son imaginaire, début d’un voyage qu’on espère encore plein de surprise pour la suite. A découvrir.




