SKINWALKER

France – 2025
Genre : Western, Horreur
Dessinateur : Steven Dhondt
Scénariste : Gabriel Katz
Nombre de pages : 96 pages
Éditeur : Drakoo
Date de sortie : 27 août 2025
LE PITCH
1870.Star déchue de l’Opéra, Diane Mc Lane est complètement ruinée quand un héritage providentiel lui offre un manoir dans les lointaines forêts du Montana. Escortée par un porte-flingue à la retraite et sa nièce surdouée de la gâchette, elle se lance dans un dangereux voyage vers les terres inhospitalières de l’Ouest.Dans le décor glacé des Rocheuses, le trio va affronter un étrange groupe de gangsters mené par un chef illuminé. Leur objectif : un sanatorium abandonné, au sommet de la montagne.
Double peau
Après un Wanted Portrait de sang qui maniait déjà western et fantastique, l’illustrateur belge Steven Dhont revient dans les contrées américaines avec Skinwalker, plus porté encore sur les lisières de l’horreur, en compagnie cette fois-ci du romancier Gabriel Katz (Le Puits des mémoires, Aeternia, La Part des ombres…).
Dessinateur de la trilogie Obscurcia, de Fils de sorcières ou L’enfant océan, Steven Dhont a déjà démontré à plusieurs reprises que la rondeur de son trait, très marquée justement par l’école franco-belge traditionnelle pouvait aisément se marier avec des univers plus sombres et moins classiques. Avec le western en particulier où l’approche semi-réaliste, les personnages entre la caricature douce façon Les Tuniques bleues et les cendres du Bouncer de Boucq et les petites notes d’humour (mais pas de gag), n’empêchent certainement pas d’installer une ambiance particulièrement des plus inquiétantes… Et même d’une certaine violence, directe et oppressante. Ici donc, au fin fond des montagnes du Montana une ancienne chanteuse d’opéra et ses deux « gardes du corps », l’un vieillissant et romantique, l’autre débutante mais douée, découvre que le généreux héritage que lui a légué un vieux fan tient clairement plus de la vengeance bien méchante : les montagnes sont habitées par d’étranges créatures, sortes de loups-garous échappés des mythes amérindiens.
Cowboys & werewolves
Une nouvelle visite de la figure du lycanthrope qui joue forcément la carte du survival à l’ancienne mais que Gabriel Katz, qui s’était déjà essayé à la BD précédemment avec La Pierre du chaos, nourrit constamment de très belles qualités d’écriture. Sur les personnages tout d’abord, maniant souvent une belle ironie pulp dans leurs dialogues et déjouant régulièrement les premières impressions et les clichés (comme ce porte-flingue qui se révèle des plus honorables), mais aussi dans l’élaboration d’un arrière-plan plus que convaincant retrouvant quelques effluves de vengeance gothique mariés à des échos historiques et écologiques et de véritables croyances autochtones. L’histoire ne manque jamais de consistance et sait d’ailleurs amener tranquillement le lecteur à la situation attendue, lui faisant suivre le périple des personnages principaux, lui laissant le temps de mettre en place une certaine dynamique avant de tout menacer lorsque les cadavres commencent à joncher le sol d’un vieux sanatorium délabré. Le western classique opérant alors une bifurcation réussie vers le Rio Bravo d’épouvante. Comme attendu les méchants ne sont pas forcément ceux que l’on attendait et le happy end total n’est pas loin, assurant que Skinwalker soit à la fois une petite série B western sans fausse pudeur et une aventure très accessible même aux âmes sensibles. Le découpage est réussi, le rythme rondement mené et l’album tout à fait efficace et indéniablement fun.




