SHAREHOUSE NILE T.1

シェアハウス・ナイル – Japon – 2022
Genre : Fantastique, Comédie romantique
Dessinateur : Megumi Dorokawa
Scénariste : Hiroo Nakamichi
Nombre de pages : 192 pages
Éditeur : Mangetsu
Date de sortie : 4 février 2026
LE PITCH
Une maison en apparence ordinaire, au coeur de Tokyo…
C’est dans la résidence Nile que cohabitent des personnages emblématiques de l’Histoire revenus à la vie. Le nouveau colocataire a tout pour faire fondre le coeur de Marie-Antoinette, jusqu’à ce qu’elle découvre son passé ! L’amour est-il possible entre eux, malgré leurs valeurs diamétralement opposées ?
L’amour et la lutte
Rien ne fait plus frémir les romantiques qu’une belle histoire d’amour impossible. Deux êtres que rien ne disposait à se rencontrer ou même à se plaire et qui au-delà de leurs différences vont finalement devoir s’avouer leurs sentiments… Peut-être que pousser le concept jusqu’à Marie-Antoinette et Che Guevara, c’était un peu too much en revanche.
Voilà une idée bien saugrenue venue à l’esprit de Hiroo Nakamichi, connu en France pour être l’auteur du manga After School Dice Club, qui imagine donc que certaines des grandes figures historiques de notre passé sont revenues à la vie dans notre monde moderne. Pas d’explication, pas de cause ni de raison sur le choix des heureux élus dont certain se retrouvent au Japon, réunis dans une même collocation afin de favoriser l’entraide. Au Sharehouse Nile il s’agit donc de Pablo Picasso, Jeanne d’Arc, Takeru Yamato (célèbre fils de l’empereur Chuai), Yang Guifei (courtisane connue comme l’une des plus grandes beautés de l’histoire chinoise) et une Marie-Antoine qui a bien du mal à oublier son traumatisme passé et à accepter de vivre parmi la plèbe. Un personnage frivole et décalé dont le seul rêve est de trouver l’amour. Bien entendu celui-ci viendra par un chemin inattendu, un beau brun doux et légèrement ténébreux qui s’avère être Che Guevara, icône révolutionnaire. Partagée entre son attirance sentimentale et son rejet de tout ce qui lui rappelle son destin tragique en France, la demoiselle va devoir apprendre à revoir sa vision du monde et à oublier ses vieux privilèges. Un sujet tout à fait improbable mais qui, en filigrane, peut effectivement s’avérer une extrapolation de relations beaucoup plus classiques et finalement pas si rares dans la comédie romantique, où la différence de classe vient s’inviter au diner au chandelle.
La révolution n’aura pas lieu
Mais les ressorts de la romcom ne travaillent pour l’instant que des arguments extrêmement classiques, l’héroïne naïve tombant en pâmoison puis repoussant inlassablement son love interest tandis que celui-ci fait de son mieux pour rester disponible et compréhensif. Un croisement surprise à la sortie du bain dans le plus simple appareil pour monsieur, une scène de diner où Marie-Antoinette tente très maladroitement de cuisiner sans se trancher les doigts, une visite à la plage où le nouveau chevalier servant prend son rôle à cœur… Rien de bien neuf sous le soleil du shojo, joliment dessiné par Megumi Dorokawa justement une spécialiste du genre, et même finalement l’argument principal du manga semble pour l’instant très mal exploité. En dehors de Marie-Antoine dont on pourrait reconnaitre l’image capricieuse et déconnectée de la réalité, les autres ne tissent quasiment aucun lien avec leurs illustres noms. Picasso est un sympathique hôte qui sert de liant au sein de la petite communauté, Yang se contente de jouer les grandes séductrices, Jeanne et Takeru font office de figurants et le Che est un beau jeune homme, doux et attentionné qui a manifestement totalement oublié la lutte et le renversement de l’ordre mondial en cours de route. Pas sûr que le véritable Guevarra aurait apprécié d’être réduit au rôle de bellâtre de service.
Plutôt intriguant sur le papier, promettant quelques séquences délirantes et une histoire d’amour totalement hors normes, Sharehouse Nile passe dans ce premier volume totalement à coté de son potentiel. Les épidermiques aux cours d’Histoire n’y verront que du feu et trouveront peut-être la promenade légère et agréable, les autres trouveront la lecture bien trop fade.





