SHANGHAI RED

Shanghai Red #1-5 – Etats-Unis – 2018
Genre : Action
Scénariste : Chris Sebela
Illustrateur : Joshua Hixson
Editeur : Hi Comics
Pages : 160
Date de Sortie : 21 avril 2021
LE PITCH
XIXe siècle, Portland, Oregon. Red n’a jamais eu peur de travailler dur. Depuis l’enfance, elle endosse les responsabilités et l’apparence d’un homme pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais le plus cruel restait à venir: droguée et kidnappée, elle est enrôlée de force sur un navire en partance pour Shanghai, comme tant d’autres à cette époque. Des années de servitude en mer qui se soldent par une rébellion sanglante, et le désir implacable de se venger de ceux qui l’ont arrachée à sa famille. De retour à Portland, Red n’a qu’une obsession: retrouver les siens et traquer les hommes qui l’ont vendue.
Black Flag
Nouvelle découverte de taille du coté de Hi Comics qui après nous avoir enivré avec These Savage Shores, débusque une mini-série Image produite en 2018 : Shanghai Red. Un récit de vengeance sanguinaire, bien ancré dans la réalité d’un Boston sordide de la fin du XIXe siècle.
L’album complet s’ouvre sur un vieux grément où croupissent une poignée d’hommes au bout de leur force après trois ans de travaux forcés en pleine mer. De pauvres hères enrôlés de force, souvent après une bonne nuit de cuite, et qui apprennent que la fin de leur contrat implique soit d’être laissés à leur sort dans les rues de Hongkong soit d’embarquer désormais pour un service payé. Fou de rage, Jack entre dans une folie meurtrière, massacrant froidement les membres d’équipage et s’emparant du navire. Sa destination ? Boston et une vengeance destructrice. Particularité, Jack est une femme, Red, qui avait pris l’habitude de se travestir pour subvenir aux besoins de sa famille. Une histoire de survie dans l’ère du temps où viennent se mêler une illustration sociale sans fard, une évocation cruelle de la condition humaine et de la place toujours réjouissante de la femme. Un récit mêlant à la fois les atours d’un pur récit de genre et les détails crédibilisant de véritables faits historiques. Ceux des tunnels qui traversent le sous-sol de Boston, à la fois lieu d’échanges de toutes les criminalités, chemins de fuite pour les truands et surtout monde parallèle où cohabitaient bordels croupissants et fumeries d’opium. La légende urbaine voudrait aussi que ce soit par là que des milliers d’hommes auraient été « shanghaïsés » et évanouis sur des galères, vendus pour quelques pièces.
Réseaux et impasses
Un réseau que Jack / Red entend bien démanteler et détruire, transformée en véritable masse de rage aveugle. Le réalisme est sur ce bord tout aussi présent avec des affrontements dont elle est toujours loin de se sortir indemne, et qui se finissent en général dans un bain de sang, un couteau planté dans la tempe ou dans un incendie plus spectaculaire. Artiste encore assez rare, Joshua Hixson (The Plot) en compose un tableau non pas ultra réaliste, mais plus subtilement impressionniste, flirtant avec le roman noir et parfois même les atmosphères obscures de l’horreur. Pratiquant les couleurs lui-même il plonge son trait sec et minimaliste sous un encrage lourd et des masses de rouges et de noirs étouffantes et désespérées, accompagnant moins l’éveil d’une civilisation que les ombres qu’elle recèle. L’artiste et le scénariste Chris Sebela (Auteur de la version comics d’Escape from New York), semblent constamment être eux même emportés par les démons de leur héroïne, mais aussi sa volonté indéfectible rêvant de transformer sa tragédie en réappropriation d’une liberté perdue, celle de son corps et de son identité profonde. Toujours hantée par ses victimes, mais aussi confrontée à un monde au système bien rodé, elle devient peu à peu, aidée par sa sœur retrouvée, symbole d’une révolte des laissés pour compte, des reclus et des petites gens face à une citée qui a fait sa fortune sur l’exploitation de l’autre.
On n’est jamais bien loin ici du rape & revenge, mais doté d’une certaine sophistication derrière la violence affiche, développant avec ferveur ses personnages, explorant leurs motivations et brossant le portrait d’une époque, celle de la naissance de l’Amérique moderne. Boston est surnommé « The Cradle of liberty » (Le berceau de la liberté), ce qui n’est pas sans une certaine ironie.