SECONDE CHANCE

France, Italie – 2026
Genre : Érotique, Science-Fiction
Dessinatrice & Scénariste : Elena Ominetti
Nombre de pages : 48
Éditeur : Tabou BD
Date de sortie : 5 février 2026
LE PITCH
Dans un pays lointain règne une Reine sur laquelle le temps n’a pas de prise. Au fond de ses geôles croupit Billy Oldman, un vieux magicien accusé de trÉmilie, brillante ingénieure en robotique, conçoit un prototype de poupée contrôlable par un cerveau humain afin de donner plus d’indépendance aux personnes paralysées. Après la phase de conception, elle décide de tester ce dernier sur sa grand-mère, alitée par son âge avancé et qui n’a plus beaucoup de temps à vivre. Cette invention offre à la vieille dame une seconde chance de vivre toutes ses envies de jeunesse.
Nouvelle jeunesse
Sans aucun doute possible, Elena Ominetti est désormais l’une des signatures incontournables du catalogue Tabou et l’une des illustratrices les plus aguichantes de la nouvelle BD érotique. Après avoir collaboré avec quelques collègues scénaristes pour ses albums précédents, la voici désormais auteur complet pour ce Seconde Chance qui louvoie avec la science-fiction.
La douceur du trait et la délicatesse des atmosphères des planches d’Elena Ominetti installent immédiatement une approche toujours aussi originale dans le petit monde de la bande-dessinée dénudée. Si les scènes de sexe attendues ne font jamais les offusquées sur les détails anatomiques des différents personnages et que l’approche libertaire de la sexualité est une fois encore mise en avant, la mise en scène de ces dernières, les angles choisis, le découpage et les matières données par une colorisation pastelle aux pinceaux jouent certainement plus sur la sensualité que sur la pure pornographique. Seconde chance donne à voir, mais aussi à ressentir, les illustrations débordant de sensualité et de chaleurs charnelles. Difficile de résister, que ce soit dans les scènes intimes qui joignent Émilie à son explosive amante, que dans les visites récurrentes d’Anne dans un club libertin (les planches les plus affolantes et torrides sans aucun doute), tout d’abord par erreur puis par passion, en quête d’une redécouverte des sens.
Double-je
Un personnage assez particulier puisqu’il s’agit en fait une personne âgée, très malade, qui a choisi de servir de sujet d’étude à sa petite fille scientifique en projetant son esprit dans le corps artificiel d’une jeune femme. Au départ la promesse de sortir de nombreux personnes de leurs situations d’handicap, mais qu’elle aborde surtout comme une libération de son identité de femme et une occasion de prendre sa revanche sur une histoire amoureuse manquée, une vie maritale subie et une sexualité traditionnelle et triste. Novice, mais motivée, curieuse, ouverte à tous, il lui faut effectivement en passer par ces diverses expériences (coup d’un soir, onanisme, voyeurisme, échangisme…) pour être à nouveau disponible et « vivante ». Un portrait particulièrement touchant et qui doit parler, malheureusement, à de nombreuses femmes des générations passées (mais pas que) et qui d’une certaine façon se suffisait à lui-même. En voulant brosser les trajectoires parallèles d’Anne et d’Émilie, s’enfermant peu à peu dans une relation toxique, Ominetti perd un peu de la limpidité de son histoire et de son efficacité, là où il aurait sans doute fallu mieux creuser les hésitations de cette femme d’expérience dans un corps à nouveau des plus désirables et crédibiliser un peu plus des éléments de science-fiction un peu trop vite oubliés, avant de rebondir sur un dernier chapitre aux romantisme certes rafraichissant, mais un peu sorti de nulle-part.
Un très bel album à nouveau, célébrant l’amour et le sexe à toutes les pages, valorisant les explorations féminines et la liberté de pratiques, mais dont on pourra regretter un scénario un peu trop maladroit. Mais comme on se doute que tous les lecteurs ne sont pas venus pour l’histoire…



