SAVANE : LA SAGA DES MUNROE

Les Munroe T.1-4 – France – 2010 / 2013
Genre : Aventure, Drame, Policier
Dessinateur : Baro Pavlovic
Scénariste : Christian Perrissin
Nombre de pages : 200 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 19 mars 2025
LE PITCH
Longtemps les Blancs du Kenya ont fait la pluie et le beau temps dans la vallée du Rift. Aujourd’hui, leurs jours sont comptés. Robert Munroe, aristocrate à la tête d’une plantation de café, doit faire face à une succession de crises dont la cavale de Sean, son fils cadet. Hostile depuis toujours à la communauté blanche ultraconservatrice, Sean ose s’amouracher d’une Kikuyu des bidonvilles de Nairobi. Jugé coupable du meurtre de celle-ci, il cherche à se faire justice. Robert aimerait pouvoir alors compter sur l’aide de son fils aîné et de son unique fille mais Ted est un bon à rien et Karen ne supporte plus son père…
La haine en héritage
Édités entre 2010 et 2013, les quatre tomes de Les Munroe sont réunis ici sous la forme d’un unique volume intégral sous le titre Savane. Sans doute pour rappeler que finalement le personnage principal n’est pas un membre de cette riche famille blanche, mais bien le décor lui-même, le Kenya, exploré ici dans toute sa beauté, sa dangerosité et sa réalité.
De prime abord, le grand récit imaginé par Christian Perrissin (Cap Horn, El Nino…) s’inscrit pleinement dans la tradition littéraire des fresques familiales. Les Munroes sont ainsi issue d’une longue lignée de colons, parfaitement et confortablement installés en Afrique noire, cultivant le café depuis des lustres, exploitant des terres qui ne sont pas vraiment les leurs. Ils ont bon cœur, ou certains en tous cas, et traitent plutôt bien leurs ouvriers (sic). Mais les relations entre les Munroes sont loin d’être au beau-fixe, le père préparant son remariage avec une riche héritière ne semble pas avoir maintenu une grande tendresse envers sa progéniture, la fille à quitté les lieux pour vivre avec sa compagne tétraplégique, le premier fils accumule les mises en dangers et ne semble attendre que l’héritage tandis que le cadet vient de s’échapper du convoi de prisonnier qui devait l’amener à sa nouvelle geôle. Sean est ainsi accusé du meurtre de son amante, noire, et il entend bien retrouver par lui-même le véritable coupable. Rapidement le feuilleton presque bourgeois célébrant la belle demeure au cœur de la savane, s’attardant superbement sur la faune et les paysages sauvages, s’emballe pour la traque, tandis que l’inspecteur Njoya, opiniâtre, est lâché à ses trousses. Traversée du désert, survie face à des animaux plus que dangereux, recherches d’alliés dans la cambrousse, poursuite sur le toit d’un train…
La mort aux trousses
Les grands classiques sont revisités avec une réelle efficacité (la couverture du tome 4 fait même directement référence à Hitchcock), mais le mystère policier s’avère surtout un excellent outil pour plonger dans la terrible réalité du pays, ses profondes inégalités et la haine, d’un coté comme de l’autre, qui n’a cessé de grandir au cours des décennies. Inspiré partiellement d’une véritable affaire judiciaire qui aura fait exploser les tentions raciales dans le pays, et de tout façon très solidement ancrée dans un réalisme aux lisières du journalisme, Savane est surtout une imposante exploration d’une nation sous tension, d’un environnement délétère et exsangue dont les Munroe seraient à la fois le reflet de la cause et l’un des derniers symptômes. Cette course effrénée à la vérité (que la plupart des lecteurs auront perçu assez tôt) ne peut dès lors s’achever que par quelques secrets de famille bien sordides et par une issue inévitablement tragique. Ce fameux parasite qui fait pourrir les plans de café et qui doit être arraché de toute urgence avant que toute la récolte ne soit laminée, n’est-il pas là aussi la métaphore d’un mal qui doit être éliminer à la racine ? Une saga vraiment prenante et éclairante, très fermement illustrée par le camarades récurrent Baro Pavlovic (El Nino, John Tanner, Roxalane…) appuyant sur le réalisme de la peinture du Kenya, autant à l’aise dans les séquences presque cartes postales (façon safari) et la description plus acerbe des bidonvilles et de la pauvreté des autochtones. La chaleur est constamment palpable, tout autant que la poussière. Si son découpage s’avère plutôt classique, digne successeur de l’école franco-belge, il n’en reste pas moins très efficace et impeccablement rythmé, voir tendu.
Léger changement de titre mais pas de qualité pour Les Munroe / Savane, grande aventure sombre et implacable dans un Kenya qui se débarrasse peu à peu de ses clichées et de la chape colonialiste. Entre polar et drame réaliste, ce recueil est toujours une valeur sure.