SATANIE

France – 2016
Genre : Aventure, Fantastique
Scénariste : Fabien Vehlmann
Illustrateur : Kerascoet
Nombre de pages : 128
Editeur : Soleil Editions
Date de Sortie : 15 octobre 2025
LE PITCH
Charlotte – alias Charlie – une jolie rousse, organise une expédition afin de retrouver son frère. Ce jeune scientifique, qui a disparu sous terre depuis plusieurs mois, affirmait– au plus grand étonnement de tous – pouvoir prouver l’existence de l’Enfer en s’appuyant sur la théorie de l’évolution de Darwin ! Le petit groupe conduit par Charlie s’enfonce donc sous terre et découvre au fur et à mesure de sa progression que les entrailles de notre planète pourraient bien abriter une autre forme de vie pour le moins inattendue…
La nymphe et la caverne
Parfois les voyages prennent des détours imprévisibles, comme celui de Voyage en Satanie qui fit ses débuts en 2011chez Dargaud avait d’être tout simplement annulé au bout d’un unique tome. Heureusement Soleil et sa belle collection Métamorphose est passée par là, afin de retracer tout ce périple fantastique en un seul et très beau volume en 2016. Preuve que cela valait le détour, puisque le volume est réédité presque dix ans après.
Et l’arrivée dans cette collection extrêmement graphique et luxueuse est tout à fait logique tant le travail effectué par le duo Kerascoet (Beauté) est une fois encore époustouflant de richesses et d’inventions. L’idée du voyage au centre de la terre à beau être une vielle marotte du récit d’aventure et des illustrateurs, Satanie surprend constamment par ses trouvailles étonnantes transformant la quête d’une utopie souterraine en explorations de reliefs infernaux, de géographies malléables, dangereuses, peuplées par des créatures improbables géantes ou minuscules. Le fond des pages est désormais noir (contre blanc sur la première édition) et permet de creuser plus encore les sensations d’enfermements et de faire rejaillir avec une vivacité nouvelle les couleurs vives (souvent rouge) et la fragilité des dessins. Malgré des réflexions tout à fait adultes, le trait enfantin et naïf de Karascoet, ravive la poésie nostalgique de ces voyages en profondeur, ici mélangeant allégrement les descriptions charmantes et surannées de Jules Vernes aux délires démoniaques de L’Enfer de Dante.
Petits diables
Mais sur ce canevas visuel enivrant, Fabien Vehlmann, auteur emballant de Seuls ou des derniers Spirou et Fantasio, ne joue pas seulement la carte de l’aventure rocambolesque, des rencontres avec cultures et bestioles bizarroïdes, mais bien la quête intérieure. Accompagnée de quelques acolytes qui vont se révéler bien vite volontairement schématiques, symboliques, la charmante Charlotte entreprend véritablement un voyage vers elle-même. La mise en parallèle n’est d’ailleurs jamais lourde, toujours apportée avec délicatesse, et brosse le portrait accrocheur d’une jeune femme qui ne peut craindre les démons qui l’attendent puisqu’elle doit d’abord gérer ceux qui la hantent. Un frère trop idéalisé, un modèle matriarcal envahissant et honteux, entre moral et pulsion, Charlotte va se construire de case en case, tout d’abord simple suiveuse, puis actrice et enfin véritable force de l’album. Après la lecture du premier album en mode inachevé, on pensait que c’était là un versant fantaisiste de la spéléologie, que le fameux Constantin reviendrait sur le devant de la scène, faisant le passeur entre les hommes de la surface et cette branche idéalisé d’une évolution parallèle. Avec cette lecture d’un seul tenant, on apprécie clairement la logique bien plus originale des auteurs et leur déplacement efficace des enjeux.
Aussi métaphorique et bigarré qu’Alice au pays des merveilles, Satanie est un voyage exotique et surprenant dans un imaginaire chaleureux, parfois légèrement inquiétant, mais surtout charnel, sensuel et puissamment féminin.




