SANG BARBARE

Sangre Barbara – Espagne – 20222
Genre : Fantasy, Action
Dessinateur : Joe Bocardo
Scénariste : El Torres
Nombre de pages : 136 pages
Éditeur : Graph Zeppelin
Date de sortie : 18 juillet 2025
LE PITCH
Le jour approche où le roi Conan devra laisser le trône à son fils. Le prince héritier sous l’ombre de son père, en quête de sa propre saga est partagé entre le sang barbare et le prix de la civilisation qu’il défend en tant que futur monarque. Il porte sur ses épaules le poids du royaume d’Aquilonnie et dans son ventre l’ambition de graver son nom dans les roches de l’Histoire. Il porte surtout une rancœur amère envers son père.
Ça c’est une autre histoire…
Après avoir redonné vie à Solomon Kane dans Le Puritain, El Torres confirme son attraction pour l’œuvre de Robert E. Howard avec Sang Barbare. Et si le titre ne comporte pas son nom, ils ne seront pas nombreux ceux qui n’ont pas compris qui en serait la figure centrale. Crom !
Les textes et personnages crées par Howard étant tombés dans le domaine public en Europe (même si l’utilisation du nom est un peu plus complexe que cela) cela ouvre forcément la porte à de nombreux créateurs qui voudraient en poursuivre les aventures, ou en offrir des perceptions plus personnelles. A l’instar du Barbarian King de Massimo Rosi et Federico De Luca (édité en France chez Reflexions), Sang Barbare renoue donc avec la grande épopée de l’iconique Conan, mais en l’approchant au crépuscule de son règne. Un vieux roi, fatigué par la politique, la gestion du royaume, mais surtout par les murs d’une civilisation qu’il a participé à construire avec sa reine qui n’est plus. Un roi démissionnaire qui a abandonné le trône pour repartir en Cimmérie à la recherche du froid, du calme et d’une liberté barbare perdue. Bien entendu la rencontre avec une jeune femme maltraitée par les jeunes du village d’à côté va rapidement ramener l’ancien héros sur la voie de l’acier. Mais il n’est pas totalement le protagoniste principal de Sang Barbare puisque El Torres choisit de redonner un peu de puissance et d’importance au Prince Conan, son fils, personnage très secondaire du corpus, à peine évoqué, et souvent repris dans des versions pas franchement à son avantage dans les divers extensions littéraires ou comics qui suivirent.
Tu seras un barbare mon fils…
Plus malin, le scénariste l’oppose effectivement encore et toujours à cette figure paternelle écrasante, le guerrier légendaire, le monarque inaccessible, la brute impitoyable… L’un symbolise dès lors cette fragile civilisation, le monde de l’ordre et de l’avenir, l’autre la barbarie d’autrefois mais toujours prompte à venir se rappeler dans le sang. Alors que Conan père creuse à nouveau son sillon misanthrope, le second porte le poids de l’Aquilonie sur les épaules et s’efforce de la protéger contre une nouvelle tentative d’invasion de tribus sauvages, célébrant encore et toujours les forces maléfiques et primitives. Une fresque guerrière épique et particulièrement sanglante sur fond de magie noire et d’avenir en constante réécriture, Sang barbare est aussi une très belle réflexion sur la transmission d’un père à son fils, sur la fiabilité des empires et une lecture passionnante et admirablement fidèle du monde de Conan. El Torres s’empare régulièrement de la prose même du romancier, croise moult sources et interprétations en une seule, tandis que l’illustrateur Joe Bocardo (Phantasmagoria) avec un trait particulièrement sec et vif, pioche discrètement du coté de John Milius (le film est LA référence de l’album), ainsi que dans des décennies de comics sous licence et de couvertures de romans. Il délaisse les rives Fantasy, les montagnes de muscles hypertrophiés, l’exotisme et la magie colorée pour délivrer une prestation assez brute, rugueuse et presque réaliste dans cette omniprésence de la chair, éreintée, et de la mort.
Un récit puissant et inédit dans la large constellation des adaptations, officielles ou non, de Conan qui en plus de livrer une aventure spectaculaire et intense, questionne avec beaucoup de pertinence la nature du personnage et en rappelle cette longue discussion entre le « barbare » et cette civilisation dont il nous a toujours appris à nous méfier. Une lecture incontournable pour les fans de Robert E. Howard.




