ROBOCOP VERSUS THE TERMINATOR

Robocop versus The Terminator #1-4 – États-Unis – 1992
Genre : Science-Fiction
Scénariste : Frank Miller
Illustrateur : Walter Simonson
Nombre de pages : 144
Éditeur : Vestron Comics
Date de Sortie : 11 décembre 2020
LE PITCH
Venu d’un futur dans lequel les machines dominent le monde, un soldat de la Résistance cherche à éliminer le responsable de la suprématie de Skynet : RoboCop. Des Terminators interviennent pour empêcher l’avenir de s’altérer… mais quelque part dans le temps, Alex Murphy s’engage dans une bataille contre les cyborgs meurtriers et les humains qui veulent le tuer…
50 % Homme, 150 % Machine, 200 % culte
Étonnamment resté inédit en France jusqu’à aujourd’hui, Robocop Versus The Terminator n’est pas que la rencontre au sommet entre deux monstres robotiques du cinéma des années 80 mais aussi celle de deux artistes, Frank Miller et Walt Simonson, qui venaient, chacun de leur côté, de secouer violemment le petit monde des comics.
S’il est sans doute inutile de rappeler le choc que provoqua la découverte des premières créations de Frank Miller pour les lecteurs de l’époque enchaînant Daredevil, The Dark Knight Returns ou Ronin, il faut sans doute aussi rappeler que les planches proposées par Walt Simonson dans Star Slammers, son adaptation d’Alien ou le long run cosmique dédié à Thor, participèrent tout autant à la modernisation de la BD américaine. Avec chacun une patte inimitable, ils se rapprochent par un trait souvent anguleux, un peu brut et vif, et une faculté à embarquer des univers archiconnus vers des frontières inédites voir osées. Seule collaboration entre les deux noms, le crossover Robocop versus The Terminator peut ressembler de l’extérieur à une simple commande, à un chèque vite récolté. Il n’en est rien. En ce début des années 90, la société Dark Horse est en train de changer la donne à sa manière et a démontré par ses explorations d’Aliens, Predator et Star Wars que les publications sous licence pouvaient devenir de véritables compléments, voir des extensions brillantes aux grandes sagas cinématographiques, tout en offrant une liberté créative encore trop rare dans le milieu. De quoi attirer Miller et Simonson… et en particulier le premier qui vient de connaître une première confrontation difficile avec le joyeux monde Hollywood à l’occasion de scripts de Robocop 2 et 3 largement sabrés par les producteurs. Certaines visions se retrouvent alors ici, en particulier dans la description futuriste d’un John Murphy dont la conscience semble désormais à même de s’envoler dans les réseaux virtuels, où lorsque ce cher Robocop se décide à se transformer en Rocketeer rutilant.
La Loi de l’acier
Miller connaît et respecte les codes hérités du film de Verhoeven, et aborde celles du film de James Cameron avec autant de déférence… et d’audace. Car il n’est pas ici simplement question d’un combat au sommet, d’une bagarre interminable entre l’homme-machine et la machine humanoïde, mais bien d’entrelacer leurs origines. Skynet n’est plus qu’une simple AI devenue allergique à l’humanité, mais bel et bien la finalité d’un Robocop débarrassé de toute humanité et créant son armée à son image. Mis en garde par la dernière représentante d’une résistance dévastée, Alex Murphy devient alors l’enjeu d’un affrontement pour le futur. Un postulat déjà excitant, mais que le scénariste ne cesse de repousser toujours plus loin multipliant les voyages dans le temps d’un camp ou de l’autre, les mutations de lignes temporelles à chaque fois qu’une conclusion pourrait être atteinte… jusqu’à embarquer tout le monde dans un futur qui deviendra le théâtre d’une guerre entre terminatorS et robocopS. Complètement furieux, surdimensionné, mais incroyablement cohérent et spectaculaire, la minisérie est aussi l’occasion pour Walt Simonson de délivrer une performance redoutable. Si les premières planches sont relativement (relativement) sobres pour mieux s’ancrer dans la mise en scène des films modèles, rapidement l’énergie de son trait, le dynamisme de ses personnages et la puissance de ses compositions prennent le dessus offrant des affrontements titanesques, des toiles apocalyptiques démentielles, sans une once de sérieux mal placé.
Sans limites, ou presque, Robocop versus The Terminator est certainement l’un des meilleurs dérivés de blockbuster en BD et clairement la meilleure prestation papier de Robocop… et Terminator. Immanquable.




