RITUEL ROMAIN

Roman Ritual – Espagne – 2023
Genre : Horreur
Dessinateur : Jaime Martinz
Scénariste : El Torres
Nombre de pages : 128 pages
Éditeur : Graph Zeppelin
Date de sortie : 18 juillet 2025
LE PITCH
Le meurtre d’un cardinal ébranle le Vatican. Mais ce meurtre est si cruel et si vicieux qu’il va bien au-delà de tout crime ou complot ayant jamais eu lieu au Saint-Siège. Le père John Brennan, connu comme l’exorciste le plus audacieux de l’Église, est rappelé à Rome. Sa mission est de lutter contre le Mal… un mal qui pourrait bien entraîner la destruction totale de l’Église catholique.
L’ultime malédiction
Quatrième album imaginé par El Torres chez Graph Zeppelin en ce mois de juillet. Le scénariste star de la BD espagnole s’attaque à nouveau à un gros morceau de l’imaginaire « horreur » avec un terrifiant cas de possession qui remonte jusque dans les murs du Vatican. Le Père Karras n’a qu’à bien se tenir !
Sacré pari que de s’attaquer en effet au sujet de l’exorcisme, ultra rabâché et terriblement casse-gueule (il suffit de visionner la pléthore de films navrants sur le sujet) et définitivement écrasé sous le poids indéboulonnable du classique de William Friedkin ! El Torres, qui connait ses classiques sur le bout des doigts, sait heureusement marier une certaine déférence (le film est directement cité dans l’action) et prendre une bonne distance avec la sacro-sainte structure. D’ailleurs le personnage principal de Rituel romain est justement réputé pour l’efficacité et la rapidité spectaculaire de ses exorcismes. La première séquence rejoue en version express le grand final de L’Exorciste (avec gamine la tête à l’envers et tout le toutim) pour mieux se débarrasser de cette ombre et passer ensuite à un récit qui ne scrute pas le mal qui se dissimule en chacun de nous, mais celui qui habite l’église elle-même. Prêtre un peu trop rock’n’roll et surtout remisé au placard car accusé d’avoir poussé un collègue au suicide (les choses sont bien entendu un peu plus compliquées que cela), John Brennan est rappelé au Vatican pour opérer dans le plus grand secret un exorcisme sur… le pape !
Morts les innocents
Son face-à-face avec celui-ci, portant de manière évidente les traits de Benoit XVI, vaut son pesant de cacahouète et permet de manière assez maline d’incorporer le récit dans une réalité historique proche de nous (l’abdication du Pape justement), mais aussi de renvoyer à une image dévoyée de l’Église Catholique. Si les différentes confrontations avec le (ou les) démons fonctionnent à plein, jouant sur les échanges sacrilèges et les images choquantes déversant tous les fluides possibles sur le sol, Rituel romain va surtout plus loin que ces scènes incontournables, prenant presque des airs d’une enquête ésotérique sur fond de scandale d’état. Comme toujours avec El Torres c’est parfaitement orchestré, solidement charpenté, s’engouffrant gracieusement dans tous les excès attendus de la série B bien crados et un poil gore, mais n’oubliant jamais d’y ajouter autant un certain niveau de sophistication (les questions morales, les enjeux politiques, la psychologie succincte mais suffisante…) qu’une atmosphère lourde et délétère qui accroche plus qu’efficacement le lecteur. Certes quelque-uns verront arriver de loin les ultimes révélations de l’album, appuyées par des appendices pas forcément nécessaires, mais la tension reste palpable et les lourdes planches de Jaime Martinez plantent un décor sombre, angoissant, un univers proche mais presque apocalyptique par moments, avec un trait réaliste épais, creusé et donc forcément cruel.
El Torres est décidément un auteur qui méritait largement de s’extraire enfin des frontières espagnols. Après l’épouvante victorienne et les relectures barbares, il montre avec Rituel Romain une nouvelle étendue de son talent et de sa maitrise de l’horreur sous toutes ses formes.



