RED SONJA : LA REINE DES FLÉAUX

Red Sonja Vol 2 #1–6 – États-Unis – 2013
Genre : Fantasy, Action
Scénariste : Gail Simone
Illustrateur : Walter Geovani
Nombre de pages : 168
Editeur : Graph Zeppelin
Date de Sortie : 16 février 2021
LE PITCH
Pour payer une dette de sang au seul homme qui a su gagner son respect, Red Sonja est appelée pour mener une armée désespérée face à la terrible Dark Annisia. Forcée à se soumettre, et à remettre son épée un genou au sol, la Diablesse à l’épée est condamnée à dépérir dans les steppes du Nord. Mais on n’a pas la peau de Red Sonja aussi simplement…
Naissance d’une reine
Nouveau détenteur français de la licence Red Sonja, Graph Zeppelin s’attelle enfin à la traduction du run entamé en 2013 par la célèbre Gail Simone. Une scénariste qui a toujours su manier et célébrer les femmes fortes, même les diablesses.
Si rapidement l’éditeur Dynamic a imposé sa volonté de changer la donne avec l’univers de Red Sonja, de lui redonner de l’étoffe et de la profondeur (si, si) cela s’est aussi accompagné d’une démarche mettant en avant les signatures féminines. Longtemps seule et unique autrice de comics reconnue, Gail Simone vient inaugurer cela en rebootant légèrement le titre pour un run de 18 numéros qui seront ensuite regroupés en trois albums « récits complets » dont La Reine des fléaux est le premier. Créatrice des Birds of Prey et responsable de quelque unes des meilleurs pages de Wonder Woman dans les années 2000, elle sait depuis longtemps comment redonner toute leur gloire et leur panache à des figures féminines souvent reléguées aux seconds rôles. D’ailleurs, sa passion pour l’amazone de DC, et pour la guerrière réinventée par Marvel en 1973 sont allé de pair, et il est effectivement amusant de reconnaître de nombreuses similitudes dans ses révisions, légères, de leurs origines. Car à sa façon, La Reine des fléaux est bien un « origin story » dans laquelle on va découvrir par flashbacks progressifs la transformation d’une petite gamine en guerrière sauvage, en gladiatrice indomptée, dont le destin barbare et la vengeance animale ne sont pas sans rappeler non plus ceux de Conan.
She-devil
Gail Simone épure l’univers sword & sorcery de la rouquine, la redessine avec plus de précision et insiste, sans caricature, sur la place d’une femme de cette trempe dans un monde d’une telle sauvagerie. Un bon moyen de lui donner une personnalité moins binaire que d’habitude, certes toujours aussi portée sur la consommation de choppes de bières et les coups de hache expéditifs, mais avec un petit surplus de psychologie bienvenue, lorsque apparait son ancienne compagne d’infortune devenue générale illuminée et sadique poursuivie par les fantômes de sa culpabilité. L’effet miroir fonctionne parfaitement et le récit n’oublie jamais en cours de route les personnages secondaires assez bien dotés eux aussi. Sans verser dans le roman épique monumentale, Gail Simone entraîne Red Sonja, laissée pour morte à la fin du second chapitre dans une quête de rédemption et de survie, dont elle sortira, naturellement grandie, plus féroce et flamboyante, mais aussi légèrement plus humaine. Pour parfaire le tableau il aurait sans doute fallu un illustrateur de la trempe de John Buscema ou de Robin Recht (plus proche de nous) pour développer plus encore ces ambitions et entraîner l’aventure vers la fresque spectaculaire plutôt que vers les effusions bis (oui c’est assez gore).
Capable, efficace et parfois même plutôt inspiré, le brésilien Walter Geovani affiche ce toujours trop grand classicisme 2000 des publications produites par Dynamite avec cette utilisation abusive de colorisation numérique pas des plus adaptée à ce type d’atmosphères. Surtout que la très belle édition de Graph Zeppelin, propose en bonus quelques couvertures alternatives peintes par Jerry frison, Becky Cloonan ou Fiona Staples qui en mettent pleins les dents.