PRESIDIO

France – 2026
Genre : Thriller
Dessinateur : Guiu Vilanova
Scénariste : Simon Treins
Nombre de pages : 70
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 19 février 2025
LE PITCH
Quand il apprend que la femme de son frère s’est enfuie avec le maigre pécule hérité de leur père, Troy Falconer décide de tout faire pour retrouver l’argent. Débute alors un road trip à travers le Texas. Mais une passagère non déclarée se trouve à l’arrière de leur voiture. Les deux frères ne sont dès lors plus simplement recherchés pour un banal vol de véhicule, mais pour kidnapping.
Au loin, la route
Simon Treins et Guiu Vilanova adaptent en bande dessiné le roman à succès Presidio d’Andy Kennedy. Une revisite du mythe américain du road movie qui malgré une ambiance singulière ne réussit pas tout à fait à nous transporter jusqu’à destination.
La couverture installe le décor. Un paysage américain. Une longue route sans fin. Le sable, le Texas, l’orage qui se prépare et un homme seul prêt à monter dans sa voiture à la moindre alerte. C’est Troy, figure solitaire, devenu un véritable professionnel dans l’art de la fauche sur les aires d’autoroutes, de l’emprunt à long terme de véhicule et dans la survie sans attache, sans règle, sans existence. Ce que la couverture ne dit pas, c’est que ce misanthrope moderne ne sera pas toujours tout seul dans son périple. Le voilà qu’il fait une parenthèse dans sa routine pour aller retrouver un frangin dans le pétrin et l’embarquer sur les traces de cette épouse qui lui a tout voler. Une fratrie aux tensions omniprésentes, aux non-dits constants, mais où déjà pointe une forme de cohésion familiale qui sera relancée lorsqu’en voulant voler un break, les deux compères se retrouvent avec une gamine sur les bras. Ce n’est pas un kidnapping mais une fuite, et le road movie plein de promesse va dès lors emprunter la forme d’une ligne droite. Loin d’une secte aux mœurs aussi puritains que douteux (cela va souvent de pair), vers des retrouvailles avec le père de la petite fille… vers une issue aussi surprenante que brusque.
L’autostoppeuse
L’illustrateur Giui Vilanova (Weird Detective, Raise the Dead) construit ses pages comme d’autres découperaient un story-board, laissant toujours les cadres respirer, les vastes paysages et les hôtels miteux jalonner un voyage aux airs de quête existentielle pour fendre l’armure. Son style plutôt réaliste, aux lignes acérés, souligne les traits fatigués, marqués, des protagonistes, contrastant fortement avec la douceur de la petite Martha, pleine d’esprit, de caractère, mais qui a pourtant déjà tant vécu. Les couleurs de Bertrand Denoulet (Largo Winch, Carthogo…) insistent elle plutôt sur les ambiances sèches, les nuits écrasantes et la mélancolie qui imprègne le récit. Toute une tradition du thriller américain, du polar contemporain, qui était justement au cœur du roman original de Randy Kennedy publié en France en 2019 aux éditions La Croisé. Un rythme lancinant, contemplatif, laissant la violence hors-champs, refusant l’esbroufe et embrassant le rythme de la route pour laisser le temps aux trois personnages de se reconnecter. Malheureusement, malgré ses soixante pages et des poussières, la bande dessinée elle n’arrive pas à imposer le temps nécessaire pour trouver le bon rythme, pour faire naitre naturellement une proximité sensible dans le trio et surtout amener le lecteur vers cette fin, dure, brutale et injuste avec la bonne intensité émotionnelle.
Auteur de Tuez de Gaulle et des deux tomes de Randolph Carter, Simon Treins fait clairement de son mieux mais il s’agit là véritablement d’un souci de format, trop étriqué, pas assez épais, pour véritablement convaincre. La route la plus longue est parfois la meilleure.




