PICSOU ET LES BIT-COINCOINS

France – 2025
Genre : Comédie
Dessinateur : Nicolas Keramidas
Scénariste : Jul
Nombre de pages : 48 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 8 octobre 2025
LE PITCH
Cryptomonnaies, nouvelles technologies, réseaux sociaux : assis sur son tas d’or, Balthazar Picsou semble dépassé par son époque… Mais quand il apprend que le titre de « canard le plus riche du monde » lui est volé par le mystérieux Carsten, nouvelle fortune de la tech, son sang de canard ne fait qu’un tour. Épaulé par le génial Géo Trouvetou, et ses neveux devenus influenceurs, il se lance à corps perdu dans la modernité : monnaies virtuelles, followers et selfies façon « duckface ». Mais Carsten, épaulé par les Rapetou, parvient à siphonner les comptes de Picsou dans une perfide cyberattaque !
L’as du like
Le partenariat créatif entre l’américain Disney et le français Glénat continue de délivrer ses bonnes surprises et ses modernisations libres. Après Mickey et Donald, c’est au tour de Picsou « le plus grand Boss de toute la ville » de passer au format BD sous la plume de Jul (Silex and the City) et les pinceaux de Keramidas (Alice au pays des singes, Donjon Monsters…) Et pas question de se reposer sur ses lauriers car la cryptomonnaie frappe Donalville de plein fouet !
Très inspiré par le Scrooge du fameux conte de noël de Charles Dickens, Balthazar Picsou, grand-oncle de Donald et surtout milliardaire rapiat mais aventureux, pourrait sembler aujourd’hui un peu daté dans son approche du capitalisme triomphant. Imaginé en 1947 par Carl Barks, il a immédiatement reflété une certaine parodie de la réussite à l’américaine, petite caricature moqueuse des grands de ce monde « qui se sont fait tout seuls ». 80 ans plus loin ce ne sont plus les billets verts et les coffres géants qui font rêver mais bien les nouvelles technologies et la cryptomonnaie. Et notre brave canard va l’apprendre à ses dépends puisqu’il découvre du jour au lendemain qu’il a dégringolé dans le classement des grandes fortunes du monde, détrôné par un certain Carsten Duck, nouveau riche et mégalomane obnubilé par son image, qui lui a très bien compris l’intérêt de cette monnaie virtuelle. A ce petit jeu de la concurrence, Picsou va y laisser quelques plumes, mais ce n’est pas la première fois qu’il connait une concurrence de haute stature et il finira bien entendu par retrouver sa fortune, sa place, son statut… Quitte à gagner en cours de route une Palme d’or plus solidement plantée dans la modernité. Comme pour ses Lucky Luke ou ses Iznogoud, Jul montre qu’il sait parfaitement se réapproprier une longue histoire éditoriale archi-connue, en reprendre les grandes lignes, les codes, tout en y apportant un petit décalage ironique et tout à fait contemporain.
La fortune sourit aux audacieux
Car le plus dur ici pour Picsou n’est pas de refaire sa fortune (il en a vu d’autres) mais bien de réussir à comprendre comment fonctionnent ces satanés téléphones portables, ces réseaux sociaux, ces vidéos si tendances, et redevenir populaire pour faire exploser sa cote de confiance. Et il ne va pas rechigner à un duck face près ! L’auteur multiplie les jeux de mots et les allusions, embarque le héros avec Donald et ses neveux, désormais influenceurs et renommés Re-Reel, Wififi et Loo-Look, sur le chemin du cinéma indépendant et des marches cannoises. On se demanderait presque parfois si cet album ne contient pas trois grandes aventures compressées en une et si le potentiel de certaines situations n’est pas un peu trop rapidement évacué, mais l’humour et la petite critique sociétale fonctionnent plutôt bien et donnent un bon petit coup de fouet à un personnage que l’on pourrait trouver un peu ronronnant dans les pages de Picsou Magazine depuis quelques décennies. Et question modernité, Nicolas Keramidas se pose là. Signature incontournable des albums survoltés de Donjon Parade et déjà ordonnateur des débridés Mickey’s Craziest Adventures et Donald’s Happiest Adventures, il offre un coup de crayon particulièrement vif, débarrassé de certaines rondeurs disneyiennes, qui verse alors plus volontiers du coté de la BD humoristique plutôt que l’aventure colorée. On peut trouver que les planches manquent parfois un peu de détails (surtout par rapport aux autres albums Disney du même auteur), mais cela creuse de la même manière le décalage audacieux entre ce Picsou et celui des publications totalement officielles.
Un bon petit coup de jeune, sans lifting ou collagène, qui replace le vieillard increvable dans sa nouvelle époque. Et malin comme un singe (surtout quand il est question d’argent), il s’en tire avec les honneurs… et quelques biftons supplémentaires : « Il vaut des milliards, en or, en bitcoins… » !




