PANORAMA

Etats-Unis – 2012/2020
Genre : Fantastique
Scénariste : Michel Fiffe
Illustrateur : Michel Fiffe
Pages : 128
Editeur : Delirium
Date de Sortie : 09 avril 2021
LE PITCH
PANORAMA décrit les aventures d’un jeune couple, Kim et Augustus, fugueurs à la fois en quête d’amour et d’identité. Confrontés à un monde adulte brutal dans lequel il va rapidement leur falloir apprendre à survivre, ils sont également soumis à un pouvoir étrange qui les amène à subir des métamorphoses incontrôlables…
BDodrome
Créateur de la série culte Copra (bientôt en français chez Delirium), Michel Fiffe est un auteur né dans les méandres de l’autopublication online. Parmi ses premiers travaux, on trouve Panorama, récit d’une mutation entre body-horror et chronique sentimentale.
Pas totalement inconnu dans les publications mainstream et même en France, Michel Fiffe a été bien entendu dragué par les grandes sociétés d’édition devant le succès grandissant de Copra, version punk moderne des Suicide Squad. Un partenariat avec Images Comices, un détour sur la licence G.I. Joe, quelques épisodes peu mémorables des All-New Ultimates… Comme si finalement l’art du monsieur ne se prêtait que très peu aux codes rigoureux de l’industrie. Ressorti des cartons en 2020 par Dark Horse Comics, Panorama remonte aux premières publications de l’artiste, et marque justement déjà cette approche atypique du comics, voir d’une certaine façon de la figure du super-héros. Car de son propre aveu il s’agit bien là d’un super-héros, mais sans costume, sans mission, comme si l’un de ces fameux nouveaux mutants se retrouvait seul à se débattre à un pouvoir mutagène. Une sorte de Mister Fantastic schizoïde croqué par Edika en plein orgasme.
Bodycount
Marqué par des artistes comme Miller, Ditko ou Simonson, Fiffe n’en a pas forcément encore la beauté du trait, la perfection des lignes, mais combine ses illustrations fragiles (en particulier sur les personnages), parfois un poil légères (sur les décors), avec un sens de la déformation, de chairs qui explosent façon slime et s’entremêlent dans un chaos organique, dont le contraste en est d’autant plus frappant. Un récit parfois outrageusement monstrueux, où le corps même trahit implacablement les pulsions et le désarrois psychologiques du jeune homme qui sert de héros, comme une version teenage d’un film de Cronenberg. Car sous les excroissances corporelles, il est toujours question de sentiments, d’intime, de quête existentielle et de relations amoureuses. L’écho d’une incertitude qui se transmet tel un virus (Cronenberg encore) séparant et réunissant d’un même mouvement Kim et Augustus, découvrant la sexualité d’une manière des plus spectaculaires, redéfinissant à la fois le concept de symbiose du couple et les sensations primitives exacerbées de la pénétration. Le voyage d’Augustus à la fois dans la dureté du monde, dans sa propre corporalité et dans sa vie amoureuse (ou comment s’extraire d’un contrôle trop maternant voir castrateur), prend parfois des détours chaotiques, connait les petits flottement de la première œuvre, mais marque effectivement la naissance d’un artiste foisonnant.