MORT BLANCHE

France – 2026
Genre : Guerre, Drame
Dessinateur : Iñaki Holgado
Scénariste : Kid Toussaint
Nombre de pages : 64
Éditeur : Grand Angle
Date de sortie : 4 mars 2026
LE PITCH
Au nord de la Finlande, un fantôme rôde sur les lacs gelés. Riku, surnommé « Mort Blanche », traque en silence, marqué par des années de guerre et par des traits indélébiles sur son visage, vestiges de son enfance brutale. Dressé à ne jamais cligner des yeux, il a grandi entre la violence de son père et la douceur de Lümi, la voisine, qui lui a appris à observer la vie plutôt qu’à tuer. En 1939, l’invasion soviétique le précipite dans une guerre où il devient un tireur invisible, effaçant ses traces et semant la peur dans les forêts enneigées…
Cible émouvante
Les tensions frontalières entre la Russie et la Finlande ne datent pas d’hier. Mort Blanche prend cadre dans l’une des plus terribles confrontations entre ces deux nations durant laquelle va apparaitre un soldat insaisissable, un tueur froid et implacable : Mort Blanche.
A l’orée de la Seconde Guerre Mondiale, craignant que la Finlande ne devienne une province de l’Allemagne Nazi et entame une guerre de conquête sur son territoire, l’URSS lance l’offensive. C’est le début de la Guerre de l’hiver. En Finlande, de nombreux jeunes gens décident de prendre les armes pour défendre leurs proche et leur pays, comme Riku, adolescent trop doux qui justement était incapable de tuer quelques animaux que ce soient quand son père l’emmenait lui et ses frères à la chasse. Acculé, témoin du massacre de sa troupe, il va cependant se révéler être un tireur d’élite et un survivant de premier ordre. Et plus les missions se succède, plus Riku se perd dans le conflit, dans la guerre et la mort, et devient celui que les Russes appellent Mort Blanche. Une silhouette solitaire qui n’apparait plus que comme fantomatique, laissant derrière lui les cadavres russes, allemands, voir même potentiellement alliés… Une trajectoire dramatique impeccablement construite par Kid Toussaint (Brûlez Moscou… mais aussi créateur d’Animal Jack pour les plus jeunes) qui décrit progressivement la prise de distance avec les autres, le glissement vers la paranoïa, l’effacement de l’humanité et la perte de tous repères avec une réalité qui semble s’écouler désormais loin de lui.
« Envole toi petit oiseau »
Le récit est d’autant plus douloureux que l’auteur a su prendre le temps de présenter le monde d’avant, celui de la paix, des premiers rapprochements avec la jolie Lümi, tout autant qu’une éducation à la dure, et dans une violence qui ne demande qu’à resurgir. Le nombre de morts s’accumule, sadiquement énumérés à même les pages, et le lecteur s’interroge sur le devenir de ces jeunes-là, partis la fleur au fusil avec les meilleurs intentions du monde et revenus (ou pas) traumatisés, perdus, à cause des actes irrémédiables qu’ils ont dû commettre. Le final, déchirant, est sans doute d’autant plus douloureux quand on sait que Mort Blanche est certes une fiction, mais que sont cadre est parfaitement réel et que les évènements décrits sont largement inspirés du « héros » de guerre finlandais Simo Häyhä, ainsi que du japonais Hiroo Onoda qui n’apprit que son pays était en pays que 30 ans après l’abdication.
Ce qui touche aussi beaucoup à la lecture de Mort Blanche ce sont les planches de Iñaki Holgado. Après avoir ressuscité le film perdu de Marcel Pagnol, La Prière aux étoiles, il apporte son trait délicat et doux, ses lignes précises, légèrement naïves, à une histoire qui s’avère essentiellement désespérée et qui peut même apparaitre particulièrement crue dans son illustration des carnages. Le contraste entre la finesse des dessins, l’omniprésence d’une neige immaculée et les explosions de chairs et de morts, rendent les émotions plus puissantes encore. Un album de très grandes qualités.




