MIRAGES ET FOLIES AUGMENTÉES

France – 1966 / 2020
Genre : Science-fiction, Fantastique
Scénaristes : Philippe Druillet, Jean-Pierre Dionnet, Gotlib
Illustrateurs : Philippe Druillet, Picotto, Serge Bihannic, Alexis
Nombre de pages : 368
Editeur : Glénat
Date de Sortie : 09 décembre 2020
LE PITCH
Créateur des mythiques aventures de Lone Sloane, Philippe Druillet est l’auteur d’une œuvre dense et protéiforme. Si certains de ses récits ont marqué l’histoire de la bande dessinée de leur empreinte, il en est d’autres, œuvres de jeunesse ou expérimentations artistiques, qui sont restés dans l’ombre. Les éditions Glénat qui, depuis plusieurs années, rééditent l’intégralité de l’œuvre de Druillet dans des ouvrages de qualité, sont fières de vous proposer aujourd’hui un recueil de ces récits qui donnent à voir une facette méconnue de son talent et offrent le portrait d’une époque (Metal Hurlant, Pilote, etc.).
« Bordel de foutre pictural »
Ayant totalement réintégré la bibliographie de Philippe Druillet dans son catalogue, Glénat s’attaque ici au volume anthologique Mirages, album mouvant déjà édité par deux fois chez Les Humanoïdes associés, puis par Dargaud, avec à chaque fois, comme ici, de nouveaux trésors ajoutés.
Salammbô, Lone Sloane, La Nuit, Vuzz… Avec quelques sagas, Philippe Druillet aura transformé le paysage de la bande dessiné mondiale, bousculant les perspectives et les esthétiques jusque chez les artistes de comics ou de manga. Une petite révolution entamée du coté de Pilote, aux côtés de quelques copains avec qui il deviendra l’une des figures de proue de la revue culte Métal Hurlant. En plus de 350 pages, cette quatrième édition de Mirages offre ainsi une transversale généreuse et richement illustrée de ces premières années. En marge des séries phares qui l’on fait connaître, l’album regroupe des tonnes de planches beaucoup moins célébrées, entre premières ébauches d’un futur Lone Sloane qui ressemble encore beaucoup à son modèle Flash Gordon, auto-parodies, variations madmaxiennes, peintures conceptuelles et planches expérimentales et libératrices, mais qui justement traversent comme jamais ces débuts plus que prometteurs. Les 8 pages de La Ville, sorte d’apocalypse cathartique en noir et blanc, résument à elles seules toute l’œuvre graphique et pessimiste du maître, tandis que ses toiles hommages à H.P. Lovecraft (qui furent utilisées pour certaines pour les couvertures en poche chez J’ai lu) dévoilent des contours plus organiques et moins rudes qu’à l’accoutumé…
Branle mort !
Et le volume de bifurquer sans prévenir vers le terrifiant et sordide Le Garage à vélos, fait divers scabreux dans une banlieue bien française qui tourne au cauchemar civilisationnel. Du coq à l’âne, du sérieux impassible aux gags cosmiques imaginés par le poto Jean-Pierre Dionnet, Mirages est constamment porté par cette énergie brute, cette furieuse puissance créatrice dont l’ami Gotlib se moque gentiment, et avec son génie potache, dans les quatre dernières planches. L’occasion de rappeler que malgré sa signature solitaire, Druillet était aussi un homme de collaborations et un découvreur de talents. Longtemps introuvable, les récits complets Firaz et la ville fleur (illustré par Picotto) et ses accents de Fantasy morbide, Le Mage Acrylic (gravé par un fascinant Serge Bihannic) qui n’est jamais loin de Terry Pratchett et enfin le culotté Les Aventures d’Yrris somptueusement dessiné par Alexis, forment un dernier tiers incontournable et plus que réjouissant.
Des visages de Druillet que l’on ne connaît plus, écrasés sous les véhémences de Sloane et ses structures de marbre errant dans un espace mythologique et cataclysmique, où le noir, le nihilisme et la férocité laissent place à des notes d’humour, à de l’aventure plus légère et rocambolesque. Des tonnes de (re)découvertes qui accompagnent aussi un style graphique qui ne cesse d’évoluer, de s’affirmer, au grès des pages et des démonstrations, et viennent parachever idéalement une collection toute d’argent vêtue.




